‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 284 sur 457 · RUE · texte numérisé non relu

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le dernier soupir entre les bras de ses frères, qui le pleurèrent amèrement : il n'avait que trente-six ans! Sa mort causa une profonde affliction à tous les catholiques de la capitale, qui voyaient disparaître en lui un des plus brillants orateurs de son temps : « Il n’y a eu personne, écrivait un humaniste son contemporain !, à qui l’on pût appliquer plus justement ce qu'Homère dit de Nestor, que son éloquence était plus douce que le miel. » Des poètes célébrèrent sa mémoire en vers grecs et latins, publiés à sa louange. Paul Manuce?, dans une de ses lettres, exprimait d'une manière touchante sa douleur et ses regrets : «Nostre ami Perpinien nous a esté enlevé tout à fait à contretemps, lorsque tout le monde couroit en foule l'entendre expliquer les vérités de nostre sainte foy, lorsqu'il repoussoit les elfforts et les traits de la faction hérétique et qu'il en découvroit tous les pièges. Il nous a, dis-je, esté enlevé à la fleur de l'âge et d'une mort trop prématurée, cet homme qui avoit tant d'esprit, tant d’'habileté, qui estoit déjà si considéré, si estimé de tous les catholiques 5. » Les huguenots, au contraire, ne purent cacher leur joie de la mort d'un adversaire si redoutable; puis, honteux des honneurs décernés à un homme qui s'était acquis tant de renom aux dépens de leur pernicieuse doctrine, ils firent courir plusieurs libelles où ils essayèrent vainement d’étouffer les éloges des admirateurs : en insultant aux larmes des amis de Perpinien ils ne parvinrent pas à ternir sa gloire.

7. C'était déjà la coutume, chez les adversaires de la Compagnie de Jésus, de ne jamais désarmer. Pendant que les uns s’efforçaient de diminuer la mémoire du brillant professeur qu’elle avait perdu, d’autres cherchaient toujours le moyen de ruiner son enseignement. Au mois de décembre 1566, l'Université crut trouver, dans la nomination de son nouveau Recteur, une excellente occasion de rouvrir la lutte. Dès le 18 du même mois, Marguerin de la Bigne fut saisi de la cause des Jésuites avec des instructions spéciales, et il promit de la poursuivre avec vigueur. Après quelques réunions, dans lesquelles on examina les expédients les plus sûrs pour atteindre le but, une assemblée du 11 janvier 1567 arrêta que défense serait encore faite aux écoliers de fréquenter les classes du collège de Clermont. Malgré cette

. Muret, né près de Limoges en 1526, mort à Rome en.1596. Célèbre imprimeur né à Venise en 1512, mort en 1574. 3. Cité par le P, de Saligny dans sa vie de Maldonat (Cf. Prat, Maldonal, app, p. 611).

prohibition formelle les élèves ne furent pas moins nombreux qu'auparavant, et personne ne protesla contre leur persévérante assiduité.

Et, en effet, le bon renom du collège, grâce en partie à ses maîtres, grandissait et s’imposait de plus en plus. Le P. Maldonat jouissait d’une telle considération que des docteurs célèbres de l'Université de Paris s’honoraient de son amitié. Simon Vigor, plus tard archevêque de Narbonne, Gilbert Génébrard, Claude de Sainctes, Claude d’Espence, René Benoît étaient en relation avec lui et Le consultaient sur les questions épineuses de la théologie. Ce qui nous à été conservé de sa correspondance ! nous montre en quelle estime Le tenaient les savants français et étrangers, tels que Jacques Amyot, Gentien Hervet, chanoine de Reims, le cardinal Hosius, Sirlet et le P. François de Torrès, professeur au collège romain. Lorsque, en 1568, Sa Majesté catholique manifesta l'intention de dé‘endre aux jeunes Flamands d’aller étudier hors de leur pays, on ne trouva pas de moyen plus propre à assurer l'exécution de ses ordres que de faire venir à Louvain le P. Maldonat, qui eût été agréé de tous sans conteste. Mais, comme l'écrivait le P. Nadal au P. Général, « une telle mesure aurait causé la ruine du collège de Paris dont Maldonat était le principal soutien; les autres collèges de la Compagnie en France en auraient eux-mêmes souffert, car ils participaient tous à la

renommée dont jouissait le collège de Clermont? »., Le P. Fran-

çois de Borgia approuva ces raisons et le Pape lui-même intervint pour empêcher le départ de l’illustre professeur. Loin done de l'envoyer en Belgique, ses supérieurs songèrent à lui adjoindre un collègue à Paris, afin d’y répandre avec une profusion nouvelle les lumières si utiles alors de la science sacrée“. Ce projet toutefois ne fut réalisé que l’année suivante, quand Maldonat se vit obligé, par motif de santé, d'interrompre ses cours.

Le P. Jean Mariana, son suppléant au collège de Clermont, ne vint à Paris que vers la fin de 1569 °. Il était âgé seulement de trente-quatre ans, et avait enseigné déjà l’Écriture Sainte à Rome et la théologie à Palerme, se faisant admirer par l'étendue de

1. Elle se trouve à la fin des Opera theo/ogica, publiées par Faure et Benoît, Paris, FE P. Nadal, t. II, p. 612, 613.

8. Lettre du P. Général au P. Manare, 30 août 1568 (Gall., Epist. Gen., t. IV).

4. Dès 1568 les supérieurs, conformément au plan de saint Ignace, pensaient à établir au collège de Clermont un scolasticat ou séminaire de la Compagnie (Epist. P.

Nadal, t. II, p. 620).

5. Lettre du P. Manare, 30 déc. 1569 (Gall, Epist., t. IV, fol, 22),

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