Litterae annuae 1570 (Franciae Historia, t. 1, n
2. Leltre du P. Général à Maldonat, 24 août 1570 (Gall. Epist. Gen. Vol 4112)
3. Dubois, Opera theologica P. Maldonati, praefalio. — Mémoires apologétiques du P. de la Vie cités par Joly: Remarques sur le dictionnaire de Bayle, p. 511.
4. Trois cents auditeurs, d’après le P. Manare; cinq cents, d’après le P. Mercurian (Gall. Epist., t. V, fol. 41 et fol. 52. Lettres des 14 oct. et 27 nov. 1570). Il est très vraisemblable que l'auditoire ait augmenté dans l’espace d’un mois qui sépare les deux lettres.
de remonter dans cette chaire; car je voyais que mes lecons, où je cherchais uniquement le bien de l’Église et du royaume, ne plaisaient point à ceux dont j’ambitionnais surtout les suffra- Ses. Quoique je voie dans cette enceinte beaucoup de nouveaux auditeurs, quoique vous témoigniez tous le plus vif désir de m’entendre, cependant cette chaire, du haut de laquelle je vous ai parlé si souvent et de choses si diverses, ces bancs, ces murailles, enfin tout ce qui rappelle le passé, effraie ma timidité et m'inspire une répugnance invincible. Mais de graves circonstances, auxquelles je ne m'attendais pas, ont concouru à contrarier mes vœux et à forcer ma volonté. C’est d’abord l’ordre de mes supérieurs, que je ne pouvais décliner sans pécher contre ma règle; ensuite, je savais que, haï de quelques-uns, je jouissais de l'estime d’un plus grand nombre d’autres, non moins distingués par leur probité, leur science, leur prudence, leur dévouement à la chose publique; de plus votre attente, votre affluence, telle que jamais je n’en ai vu de semblable dans les écoles, me faisaient croire que vous retiriez quelque profit de mes leçons, puisque vous les suiviez avec tant de persévérance et d’avidité. J'ai donc fait fléchir ma première résolution, avec d'autant moins de peine que ces considérations étaient plus propres à la vaincre que les autres à me l’inspirer?. »
Par déférence pour la mémoire justement vénérée de Pierre Lombard, Maldonat, de 1565 à 1569, avait pris les Sentences comme texte de son premier cours, sans s’astreindre néanmoins à en suivre rigoureusement l’ordre et la méthode. Son but étant de débarrasser la théologie des questions inutiles ou étrangères, de la ramener à ses véritables sources et de la remettre en harmonie avec les tendances de l'esprit nouveau, il ne crut pas devoir subordonner plus longtemps le plan de ses leçons aux procédés d'un maitre qui avait été, dans des circonstances toutes différentes, l’oracle d’une époque déjà lointaine. Il déclara donc, cette fois, son dessein de s’affranchir d’une autorité qui représentait le passé de l’école, et d'ouvrir à l’enseignement dogmatique une vaste carrière jusque-là fermée.
{. Sans doute, certains docteurs de Sorbonne. Le P. Claude Mathieu écrivait plus tard à Grégoire XIE : « Cœpit Maldonatus, anno 1564, docere.. coeperunt doctores vociferari.. non sequi eamdem rationem qua ipsi in Sorbona tenerent. » Il s'agissait alors de la philosophie, mais nous avons vu que, même pour la théologie, Maldonat inaugura une méthode nouvelle à l'ouverture de ses cours en 1565.
2. Cité par Prat d'après un ms. de la Biblioth. nation. (fonds lat., 313). Cf. Maldonat;
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« Je suis désormais décidé, dit-il à ses auditeurs, à faire ici un cours de théologie plus complet, plus müri que celui que vous avez entendu. Tout m'effrayait avant que je descendisse dans cette arène; maintenant que j'y suis, rien ne sera capable de me détourner de ma course, ni les injures, ni les haïnes, ni les intrigues... Six ans me seront nécessaires pour remplir le plan que je me propose. Si quelqu'un trouve cet espace trop considérable, qu’il se souvienne de ce que j'ai dit si souvent : nulle part la patience n’est plus utile que dans la culture des lettres; comme les plantes, elles ont moins besoin des artifices de l’industrie que de l’action du temps pour se développer, se fortifier, fleurir et porter des fruits... »
Déjà, même lorsque les Sentences servaient de texte à ses leçons, Maldonat s'était vu accusé de s’écarter des anciennes méthodes de la Sorbonne; de quelles malédictions ne devait pas être poursuivie son audacieuse innovation? Et pourtant, le maitre reste fidèle à l'enseignement traditionnel de l’Église. Malgré les dédains d'Érasme et de Ramus, il se déclare toujours partisan de la vraie scolastique, d’une scolastique bien entendue, admirable instrument d'exposition et de défense ; mais il ne l’exalte pas au préjudice de la théologie positive. À son avis, l’une et l’autre ne diffèrent que par le nom et le mode : celle-ci présente les vérités révélées par l'Esprit-Saint et expliquées par les interprètes autorisés; celle-là prouve les mêmes vérités par des arguments puisés aux mêmes sources ou tirés de principes que nous fournit la seule révélation; en sorte que la scolastique et la positive ne sont autre chose que la théologie employée de deux manières diverses et se prêtant un mutuel appui.
Après ces explications préliminaires sur sa méthode, Maldonat exposa les grandes lignes de son nouveau cours. Distribuant toute la théologie en cinq parties principales, il devait traiter successivement de Dieu considéré en lui-même; — des œuvres de Dieu ; — de Dieu dans ses rapports avec ses œuvres; — des choses par lesquelles Dieu conduit généralement l’homme à sa fin dernière, c'est-à-dire des vertus, de leurs devoirs et de leurs effets; — enfin des choses par lesquelles Dieu a spécialement décrété de conduire les chrétiens à leur fin dernière, c'est-à-dire de Jésus- Christ et des sacrements{.
Il enseigna la première partie pendant l’année scolaire 1570 à