‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 29 sur 457 · Acta P. Ign., n · texte numérisé non relu

Acta P. Ign., n

5. 11 y avait alors dans les collèges comme cinq catégories d'étudiants : les boursiers dont la pension (logement et nourriture) était gratuite; — les portionistes ou convicteurs qui payaient une pension pour avoir au collège la chambre et les repas; — les caméristes qui étaient en chambre, mais se nourrissaient à leurs frais; — les exlernes ou Martinets qui assistaient aux classes moyennant un salaire payé aux régents ; — parfois enfin des serviteurs-écoliers, qui, en échange des services domestiques rendus aux professeurs ou à la maison, obtenaient le droit de suivre les cours. — 6. Acta P. Ign., n. 76. Polanco, p. 42,

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Seigneur, pauvre et humilié, mais son travail souffrait de cette extrême nécessité. De plus l'hôpital Saint-Jacques, appelé Saint- Jacques aux Espagnols parce qu’on y admettait surtout les pauvres de cette nation, était très éloigné du collège de Montaigu, où Les lecons, suivant les usages d'alors, commencaient en hiver avant le jour et se poursuivaient Le soir jusqu'à la nuit. Comme les portes de l'hôpital ne s’ouvraient pas avant l'aube et se fermaient au coucher du soleil, Ignace perdait ainsi une bonne partie des cours de ses professeurs !.

Pour éviter ces lacunes regrettables, il songea à se mettre au service de quelque maître qui consentit à lui enseigner en particulier les belles-lettres. Beaucoup d’écoliers pauvres en agissaient ainsi, sans que cet humble emploi nuisit en rien au progrès de leurs études. Le projet d’ailleurs souriait à la piété et à l'humilité d’'Ignace de Loyola. « Je me figurerai, disait-il, que mon maitre est Jésus-Christ; je donnerai le nom de Pierre à l’un des élèves, celui de Jean à un autre et les noms des autres apôtres aux suivants. Si mon maître m'ordonne quelque chose, je recevrai cet ordre comme sortant de la bouche mème de Jésus-Christ, et si un élève me commande, je lui obéirai comme à saint Pierre. » Mais cette place, qu'il souhaitait, en vain chercha-t-il 4 se la procurer; plusieurs de ses amis, le bachelier Jean de Castro, un Père Chartreux et des religieux de Saint-Victor y employèrent aussi tous leurs soins sans parvenir à un meilleur résultat ?.

5. Alors, Ignace s'arrêta, après avoir prié, à un expédient qui devait mieux réussir. Deux années de suite, pendant les vacances scolaires, il partit à pied pour la Flandre où il pouvait recueillir auprès de riches marchands espagnols des aumônes qui lui permettaient de vivre modestement toute une année. Un pareil genre de vie lui attira, de la part de ses compatriotes à Paris, quelques contradictions. L'un d’eux, Jean de Madéra, gentilhomme de la Biscaye, lui reprocha de déshonorer par cette conduite l'illustre maison de Loyola : « Quand on a, lui dit-il, un beau nom et une famille aisée, on ne peut vivre d’aumônes sans offenser Dieu. Vous ferez croire que vos parents ou amis ne peuvent pas ou ne veulent pas vous secourir et qu’ils sont ou bien pauvres ou bien avares. Vous n’avez pas le droit, ajoutait-il en appelant

1. Acta P. Ign., n. 74. Polanco, p. 42. Ribadeneira, 1. II, €. 1. 2. Lettre du P. Lainez dans Mon. Ignatiana, s. 4°, t. 1, p. 110. — De actis S. Ignatii a Ribadeneira (Ibid., p. 385). Polanco, p. 42.

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à sa conscience, de disposer de la réputation des autres et de les livrer au mépris public. » Ignace, lui, n'avait aucun scrupule à persévérer dans une pratique inspirée de Dieu. Cependant, pour vaincre l’entêtement de son compatriote, il consulta par écrit plusieurs docteurs de Sorbonne et leur posa le cas en ces termes : « Un gentilhomme, qui pour l’amour de Dieu a renoncé au monde, peut-il, sans nuire à l'honneur de sa famille, aller en divers pays demander l’aumône? » Tous répondirent par écrit « qu'il n’y avait en cela ni péché, ni ombre de péché ». Cette décision unanime lui fit éprouver une grande joie, car ce n'était pas sa propre cause qu'il avait voulu défendre, mais celle de la pauvreté volontaire ennoblie par Jésus-Christ !.

Sur les séjours d’Ignace en Flandre, les traditions locales nous ont conservé de touchants souvenirs. Parmi les familles espagnoles que les intérêts de leur commerce attiraient à Bruges, celle des Aguilera se distinguait par sa piété comme par ses richesses. Gonzalès, son chef, accueillit l'humble « pèlerin » avec une exquise bienveillance et lui donna dans sa maison une généreuse hospitalité; il conçut même pour lui une si tendre estime que, faisant un voyage d’affaires à Paris, il passa plusieurs mois dans le logis du pauvre étudiant afin de mieux jouir de ses vertueux entretiens ?. On compte aussi parmi les charitables hôtes d'Ignace à Bruges le savant Louis Vivès, qui avait invité le « pèlerin » à sa table, sans autre motif peut-être que de secourir un pauvre de Jésus-Christ. Une fois, — c'était au temps du carème, — la conversation tomba sur le choix des aliments permis par l'Église les jours de jeûne. Vivès soutint que ces aliments n’atteignaient guère le but proposé, la tempérance etla mortification : « Ils ont aussi leur saveur, dit-il, surtout dans ce pays, et l’on s’en nourrit parfois avec délices. » Ignace, croyant entendre dans ces paroles une critique de la tradition ecclésiastique, répliqua sévèrement : «Il se peut que vous, et ceux qui comme vous se nourrissent délicatement, ne trouviez pas dans l’abstinence un moyen d'atteindre la fin que se propose l'Église, mais pour la majeure partie du peuple, qui se nourrit simplement, elle est une bonne occasion de mortification et de pénitence. » Puis il se mit à parler de Dieu et à discourir des choses spirituelles, avec une si rare connaissance et un si profond sentiment que tous les convives

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