Lettre du duc, 22 mars 1565 (Franciae fundat., n
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opérer le recouvrement de porte en porte. On recueillait plus d'insultes que d'argent. Les habitants se déclaraient incapables de pourvoir à l'entretien des Jésuites et de leurs classes. Les uns pensaient que la Compagnie, rebutée de tant de tracas, finirait par renoncer à ses desseins et quitterait la ville; les autres disaient ouvertement qu’il y avait économie à maintenir le collège dans le couvent, et qu’il y devait rester malgré la décision du sénat et les instances du duc réclamant un autre domicile. En somme, beaucoup de donneurs d'avis, mais qui s’en tenaient aux paroles. Les Pères Cordeliers, de leur côté, faisaient entendre des plaintes légitimes. Et, comme résultat des mille embarras causés par l’envie et la pénurie, les classes languissaient, les ministères spirituels eux-mêmes produisaient peu de fruit *.
Dans sa charité pour ses frères et son affection pour les fils de saint François, le P. Général s'était employé en vain de tout son pouvoir à faire cesser une situation de plus en plus pénible? Le P, Louis du Coudret et le P. André Avantian, qui lui avait succédé comme Recteur, n'avaient épargné, depuis l’arrivée de la Compagnie à Chambéry, ni fatigues ni démarches, maïs sans parvenir à la solution désirée ?. En 1571, les Cordeliers commencèrent à regarder l'occupation d’une partie du couvent comme une violation de leurs droits, et les Jésuites se trouvant sans domicile allaient être obligés de quitter la ville.
2, Devant cette situation critique, le duc Emmanuel-Philibert “prit en main plus énergiquement les intérêts du collège; plusieurs de ses officiers imitèrent son exemple, et le P. Général, voulant tenter un suprême effort, envoya à Chambéry le P. Provincial d'Aquitaine, sur la prudence et l’habileté duquel il pouvait compter à bon droit. Son attente ne fut pas déçue. Le P. Auger, arrivé à Chambéry le 3 juin 1571, parut en chaire avec son succès accoutumé: dans ses relations particulières, 1l charma tout le monde: il pressa la conclusion des affaires, et parla si efficacement aux magistrats qu'avant de quitter la ville tout se trouva terminé à la satisfaction des parties. Afin que la communauté ne füt plus à charge à personne, il avait loué pour trois ans la maison Pobel, appartenant à M”° de Saint-Pierre.
1. Origo et progressus collegii. Cf. Epist, P. Nadal, t. IIT, p. 628.
2. Instructions données au P. L. du Coudret (Acta congregat. provinciae). Lettres du due de Savoie au P. Général, 24 février et 3 juillet 1567 (Epistol. princip., t. I).
3. Lettre du P. Général au P. Auger, 21 juin 1568 (Gall., Epist. Gen., t. IV). Lettre du P, Mercurian, 18 juillet 1569 (Gall, Epist., t, IV, fol, 49).
Le 23 juin, les Pères abandonnèrent enfin le couvent des Cordeliers et s’installèrent dans cette demeure, où ils établirent aussi les classes !. La chapelle était petite, sans doute, mais suffisante pour la célébration des saints mystères, et le Père Nicolas Bulger obtint l'autorisation de prêcher dans l'église dominicaine de Saint-Léonard ?. Dès le début de la nouvelle installation, un assez grand nombre d'élèves se présentèrent:; bientôt même on fut obligé d'ajouter une quatrième classe aux trois qui existaient déjà, et quelques drames joués par les écoliers finirent par mettre tout à fait en vogue l'établissement des Jésuites 3.
Malgré ce revirement, l’avenir du collège n'était pas assuré. La Compagnie n'était que locataire de la maison Pobel; les aumônes arrivaient peu abondantes, et la communauté, composée de quatorze ou quinze religieux, ne Jouissait que de huit cents florins par an. Dieu inspira à un protonotaire apostolique, de l'illustre maison des Trivulce de Milan, la pensée de résigner en faveur des Pères son prieuré de Saint-Jean-Ba ptiste de Mégève. Il en obtint la permission du Pape, et ce bénéfice, d’un revenu de quatre cents ducats, fut uni au collège par une bulle de Pie V, du 5 juin 15714. Le même bienfaiteur ayant ajouté à son premier don une somme de trois mille écus pour l'achat d’une maison, la ville de Chambéry put espérer de posséder bientôt un collège parfaitement constitué ?.
Depuis que les classes étaient installées dans la maison de M®° de Saint-Pierre, les études longtemps languissantes avaient repris une nouvelle vie. À la rentrée d'octobre 1571, le président et plusieurs conseillers du sénat de Savoie assistèrent à la séance littéraire et parurent très satisfaits des poésies latines et françaises récitées en leur honneur 6. Les élèves n'étaient pas encore très nombreux, mais ils se distinguaient par leur piété et leur application. Aussi le P. Avantian, Recteur, pouvait-il