‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 304 sur 457 · Acta S. Sedis, p. 57, n. 59. à · texte numérisé non relu

Acta S. Sedis, p. 57, n. 59. à

6. Collegii Camb. origo ac fundatio (Franc., Histor. fundat., n. 37). Cette notice latine s'arrête à l'an 1587 et porte le visa du P, Richeome.

écrire au P. Général, le 21 novembre : « Jay pensé donner consolation à votre Paternité, si je l’avisois de la procédure de ce petit collège; petit, dis-je, en nombre de personnes, mais grand en désir que la gloire de Dieu soit amplifiée signalément en ces quartiers ; à quoy taschons de notre petit pouvoir, gardans nosrègles moyennement, car les garder parfaitement c’est l'œuvre d’un collège accompli en nombre, là où tous les offices sont tellement distribués que chascun peut faire Le sien sans troublement de l’ordre. Ce qui ne se peut bonnement faire là où il y a peu de personnes qui doivent exécuter les offices de plusieurs. Toutes fois, nous taschons que l’ordre des études Romain se garde, et par la grâce de Dieu les escolles vont bien!. »

3. À partir de cette époque, il reste peu d'événements à signaler dans l’histoire de ce collège. D'après les Lettres annuelles, le nombre des élèves"était d'environ cent quarante, en 1572. Les deux années suivantes, il fut plusieurs fois question de transporter le collège à Annecy, à cause de la difficulté qu'on éprouvait toujours à se procurer les ressources nécessaires : « La population, écrivait le P. Athanase, le 25 août 1574, reste peu disposée en notre faveur, parce qu’elle voudrait s'exempter du tribut levé par Son Altesse; chaque fois qu'il lui faut payer, elle en rejette sur nous tout l’odieux. Dans ces conditions, il nous est impossible de lui faire quelque bien. Je ne crois pas que de telles fondations soient selon l'esprit de l'Institut, qui veut que nous enseignions gratuitement ?. »

Cette indisposition des habitants de Chambéry à l'égard du collège disparut un moment, lorsque, au milieu de la disette de 157%, on vit les Pères s’en aller quêter de porte en porte et distribuer les aumônes aux plus nécessiteux. La reconnaissance, hélas! ne fut pas de longue durée. Des ennemis irréconciliables de la Compagnie, dans le dessein d'arrêter ce retour de l'opinion publique, recoururent pour dénigrer les Jésuites à d’absurdes imputations. Sans doute les sénateurs et autres personnes d'autorité méprisaient ces calomnies comme indignes et ridicules; mais le bas peuple, ainsi qu'il arrive toujours, les accueillait sans examen, et avec d'autant plus de crédulité qu’elles étaient plus invraisemblables. Les tribunaux refusant d'enquêter

1. Lettre du P. Avantian au P. Général (Galliae Epist., t. XII, fol. 165). C’est par erreur que cette lettre a été insérée au t. XII; elle est de 1571 et. non de 1578. 2, Lettre au P. Général (Galliae Epist., t. VIII, f. 281).

sur les fausses dénonciations, force fut de recourir au nonce apostolique à la cour de Savoie. Il ne s'agissait pas de poursuivre les calomniateurs, mais simplement de justifier les Jésuites au sujet de l'impôt exigé pour l'entretien de leur collège!. On y arriva enfin, et l’affaire fut terminée, en 1576, par un accord entre le duc de Savoie et la ville de Chambéry. Son Altesse se chargea de pourvoir désormais à tous les besoins de l’établissement, et les habitants furent exemptés de payer cinq cents écus pour la subsistance et l’habitation des Pères?.

Une autre difficulté se présenta bientôt, Madame de Saint-Pierre voulut rentrer en possession de son immeuble au mois d'août; on fut pris au dépourvu, sans aucun espoir de trouver à louer ou à acheter une autre maison assez grande. Grâce à l'intervention du nonce et du président du sénat, on obtint l’autorisation de garder la maison Pobel encore une année #. En 1577, faute de domicile, on ne songeait plus qu’à quitter Chambéry et à disperser les Pères dans d’autres collèges, lorsque l'hôtel de Bressiac fut tout à coup mis en vente. Chose d’autant plus surprenante que le propriétaire, pressenti quelque temps auparavant sur l'achat de sa demeure, s'était montré peu disposé à s’en défaire; ce qui prouve bien que Dieu, qui change les cœurs, voulait conserver dans cette ville une maison de la Compagnie. Ainsi, ce fut seulement douze années après l'ouverture des classes dans une maison d'emprunt, que les Jésuites purent enfin organiser ce collège selon toutes les prescriptions de leur Institut.

L. Au moment où la Compagnie de Jésus s'établissait à Avignon et à Chambéry, la ville de Lyon, elle aussi, lui demandait de prendre la direction de son collège de la Trinité. Toutefois ce n’est pas à cette époque qu’on en eut la première idée; elle remonte beaucoup plus haut. Dès 1556, les amis des Jésuites désiraient les voir s'installer à Fourvières et desservir le sanctuaire de Notre-Dame ?. Trois ans plus tard, le 28 novembre 1559, le P. Louis du Coudret écrivait de Lyon au P. Laïinez : « Monsieur de

1. Leltres du P. Athanase, 10 et 25 août 1574 (Galliae Epist., t. VIII, p. 280, 281). Lettre du P. Creytton, 28 déc. 1574 (Ibid., f. 299). -

2. Lettres patentes, 5 déc. 1576 (Torino, Archiv. di Stato, Chambéry, Jésuites, n° 3, fol. 10, 11).

3. Lettres du P. Athanase, 12 fév., 30 sept. 1576 (Galliae Epist., t. X, fol. 193, 216).

. Papiers de Sacchini (Roma, Bibliot. Vitt. Emman., mss. Gesuitici, n° 1584 (3713).

5. Lettre du P. Chanal à saint Ignace (Æpistol, mixtae, t, V, p. 321).

Montrottier ! m'a dit qu’il s'était entretenu du collège de cette ville avec le gouverneur et le vicaire général de l’archevèque, qu’il leur avait proposé de nous confier le soin des classes, que tous deux avaient bien accueilli ce projet, mais qu'ils voulaient attendre la fin du conclave pour écrire au cardinal de Tournon. Si la chose pouvait réussir, ce serait une occasion de grands fruits de salut, car je ne connais pas de cité plus populeuse et qui ait plus besoin de secours spirituel ?. » L'année suivante, le P. Louis du Coudret eut à Vienne une entrevue avec le cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, et sur son conseil se rendit dans cette dernière ville pour y attendre sa venue et prévoir les moyens d’un établissement. Quand ils furent réunis, le cardinal proposa aux consuls de mettre au collège de la Trinité « certains prestres religieux nommés Jésuites, lesquels, disait-il, sont propres pour instruyre la jeunesse en bonnes mœurs et religion chrestienne, sans prendre aucuns gages ni salaires ». Mais un bail de trois ans liait la ville avec le principal et les régents d’alors, et le consulat déclara qu’il n’avait moyen « d'entretenir lesdits Pères Jésuites audit collège ? ». Les troubles survenus en 1561, et qui continuèrent plusieurs années, ne permirent pas de poursuivre la réalisation de ce projet. Il ne fut cependant pas abandonné. Le P. Auger pendant son séjour à Lyon, en 1563 et 156%, traita plusieurs fois de cette affaire avec le cardinal de Ferrare, Hippolyte d’Este, pour la seconde fois archevêque de Lyon, puis avec Antoine d'Albon, archevêque d’Arles, appelé bientôt à le remplacer #. Dès le commencement de 1565, le nouveau primat des Gaules, préoccupé des besoins de son diocèse, résolut de ne rien négliger pour faire réussir une entreprise chère à tous les catholiques *.

5. Comme il ne s’agit pas d’un collège de fondation nouvelle, il convient de retracer brièvement son histoire depuis son origine jusqu’à la prise de possession par les Pères de la Compagnie de Jésus.

Le collège de Ja Trinité, fondé en 1519 6, devait son nom à

1. Jean de Vaurelles, prieur de Montrottier, Le P. Polanco écrit à tort Montpétrier (Chronicon, t. VI, p. 492).

2. Lettre du 28 novembre 1559 (Galliae Epist., t. I, fol. 47).

3. Registre des délibérations (Archiv. comm., BB, 82, fol. 34).

4. Lettre du P. Auger au P. de Borgia, 30 septembre 1563. Du même au P. Général, 11 fév., 4 juin, 22 mai, 25 sept. 1564 (Galliae Epist., t. II, fol. 196, 202, 215, 218).

5. Registre des délibérations (Archiv. comm., BB, 84, fol. 45").

6. Registre des délibérations (Archiv. comm., BB, 87, fol. 14).

l’une des plus anciennes confréries du royaume. La fête de la Très Sainte Trinité, qu'on célébrait dès le xr1° ou même dès le x° siècle dans quelques églises de France, fut adoptée à Lyon au commencement du xiv°. En 1300, plusieurs habitants, d’une grande piété, s'étant associés afin d’honorer les Trois Personnes divines d’une dévotion particulière, élevèrent près du cimetière de Saint-Nizier une chapelle où ils s’assemblaient régulièrement!. Cette confrérie, enrichie par le Saint-Siège de nombreuses indulgences et devenue, avec le temps, considérable, possédait en 1493, grâce à de généreuses donations, « un grand tènement de maisons, granges et jardins » sur les bords du Rhône, à l'extrémité de la rue Neuve. Ses membres y établirent, en 1519, une sorte de petit collège pour les enfants des ouvriers pauvres. L'enseignement y élait gratuit et élémentaire; il se composait de la lecture, des éléments de la grammaire et de l’arithmétique ?.

Jusqu'au commencement du xvi° siècle, la ville de Lyon n’avait eu que des maîtres d'école. Les jeunes gens qui voulaient étudier les lettres, la philosophie ou les langues, étaient obligés d'aller à Paris, à Montpellier, à Toulouse, à Bourges, même à Pavie ou à Padoue. En 1527, François de Rohan, archevêque de Lyon, Symphorien Champier, médecin, Claude de Bellièvre, avocat du roi et plus tard premier président du Parlement du Dauphimé, furent les principaux promoteurs d’une organisation nouvelle qui devait assurer à la cité les bienfaits de l'instruction. Les douze conseillers échevins s’entendirent avec les courriers de la confrérie de la Trinité, et ceux-ci cédèrent à la ville, en vue de l'érection d'un collège, les granges où se tenaient déjà les petites écoles. L'acte, signé « en l’Hostel-Dieu du pont du Rhône », nous apprend que la cession fut entièrement gratuite : les pieux fondateurs n'imposèrent pour conditions que la prière et l'exercice de la charité chrétienne 5. Le collège confié à des maîtres séculiers ne fut d’abord qu’un externat, où les écoliers étaient admis moyennant la somme de deux sols six deniers par mois. Le 13 décembre 1529, le consulat décida que les enfants pauvres seraient reçus gratuitement. L'installation, défectueuse au début, s’améliora peu à peu. En 1537, on éleva de nouveaux bâtiments « pour la

1. Cette chapelle ayant été démolie en 1562 par les calvinistes, les associés se réunirent ensuite dans l’église Saint-Nizier.

2. Etablissement de la confrérie de la Trinité (Bibl. du Lycée de Lyon, ms.'3054). Cf. Monfalcon, Histoire monumentale de la ville de Lyon.

3. Acte de fondation publié par Charvet dans Étienne Martellange, p, 114.

demourance des maistres, régens et bacheliers, et aussi pour loger les commensaux » ou pensionnaires !. |

On n'avait pas toujours été très heureux dans le choix des Principaux du collège. En 1558, il se trouvait dans un état pitoyable et presque sans écoliers. On résolut alors de mettre à sa tête un homme intelligent, de mœurs irréprochables, et, le 29 septembre, on fit appel au dévouement de Barthélemy Aneau, qui accepta la charge pour quatre années. Il ne devait pas atteindre le terme de son mandat. IL passait pour enclin aux doctrines nouvelles, et cette suspicion lui devint funeste. Le 5 juin 1561, jour de la Fête-Dieu, pendant la procession de la paroisse de Saint-Nizier, un ouvrier de la religion réformée se jeta comme un furieux sur le prêtre qui portait le Saint-Sacrement, le lui arracha des mains et Le foula aux pieds. Le même jour, au moment où la procession de Saint-Pierre sortait de la rue Neuve, une pierre, dit-on, fut lancée d’une fenêtre du collège et frappa un prêtre qui marchait à côté du dais. La populace, indignée de ces outrages, se précipita sur le collège signalé comme foyer de l’hérésie; quand Aneau se présenta pour calmer la foule exaspérée, il fut saisi et impitoyablement massacré ?.

6. Au milieu des douloureux événements dont la ville de Lyon fut le théâtre durant deux années, le collège de La Trinité passa entre les mains des calvinistes. Après la défaite et l'expulsion des huguenots, il ne fit que végéter dans une situation précaire, jusqu'à sa fermeture pendant la peste. Le chapitre, qui avait dans ses attributions la surveillance de l'instruction publique,

1. Comptes du voyer Humbert Gimbre cités par Clerc : Le collège de la Trinité... dans l’Instruction publique à Lyon avant 1789, p. 73. Cf. Charvet, op.-cit., p. 116, Fire

2. « Aneau, dit de Rubys, sentoit mal de la foy. C'estoit luy qui avoit semé l'hérésie à Lyon » (Histoire de Lyon, p. 389). A ce témoignage on pourrait opposer la réponse que fit le consulat au cardinal de Tournon, le 8 octobre 1560 : « Il a esté remonstré au dit S° R° que le principal, qui est présentement au dit collège, est homme de bien, de bonnes mœurs, savant et expérimenté, religieux et catholique, qui instruit si bien la dite jeunesse que tous les habitans de la dite ville, qui ont enfans au dit collège, en ont grand contentement et que ce seroit un dommage grand et irréparable pour la jeunesse qui est à présent au collège de le changer ou y en mettre un autre » (Archiv. commun., BB, 82, fol. 54). D'un autre côté, on trouve aux archives départementales une attestation authentique, de 1574, touchant le collège de la Trinité, dans laquelle il est dit : « Notre jeunesse, qui par longues années, avoit été pervertie et de mœurs et de religion en icelui collège » (Allut, Recherches sur le P. Menestrier, p. 6). Pour nous il n’est pas douteux que les consuls de 1560 ne fussent, comme Aneau, des partisans secrets de l'hérésie. Leur certificat de bon calholique délivré au Principal de la Trinité n'était qu’un moyen d'écarter les Jésuites. Dm di Mano ,

ne pouvait manquer de se préoccuper de la ruine de cet établissement. Mais à qui en confier désormais la direction? Le consulat venait d’être témoin des éminents services rendus à la ville par le P. Auger pendant la dernière peste, et l'archevêque, Antoine d'Albon, se rappela les instances du cardinal de Tournon, son prédécesseur, en faveur des Jésuites. Ils se décidèrent à ouvrir les portes du collège à la Compagnie de Jésus, et à en faire « un arsenal sacré pour la défense de la foy et la confusion des hérétiques ! ». Le 24 janvier 1565, Jean Cyberand, custode de Sainte- Croix et official de la Primatiale, exposa au chapitre, de la part de l'archevêque dont il était aussi le grand vicaire, « qu'il seroit besoing d’establir ung bon colleige dans cette ville et qu'il à esté prié par MM. les eschevins de choisir les Jésuites à cet effet, mais qu'il n’a voulu l’entreprendre à l’insu et sans le vouloir du chapitre? ». Cette demande fut agréée, et le 27 Janvier, d’après une note remise par le P. Auger sur « les charges que font les Jésuites dans les villes et lieux où ils ont des maisons », les chanoines décidèrent qu’un revenu annuel de deux cents livres leur serait accordé. Cette allocation était bien modique pour un collège qui manquait de tout, par suite de l’état de délabrement où 1l se trouvait. Le 30 avril, le P. Auger demanda une augmentation, mais le chapitre répondit « qu'il jugeoit convenable, avant de passer outre, d’en référer au Révérendissime Archevêque # ».

Informés des démarches qui avaient été faites auprès du P. Auger, les calvinistes de Lyon tentèrent de s'opposer de toutes leurs forces au succès de l’entreprise. Le collège, prétendaientils, a été fondé des deniers de la ville et pour le bien public; il doit être commun à tout le monde. Comment donc a-t-on pu concevoir la pensée de le donner aux Jésuites? N'est-ce pas vouloir en exclure nos enfants, que de Le confier à des gens qu’on sait être les adversaires les plus déclarés de la nouvelle réformation? — Malgré les protestations des novateurs, les magistrats de la ville persistèrent dans leur projet, mais avec l'intention de conserver la propriété du collège.

Le 1° mai 1565, à la suite d’une délibération, remplie de

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