Acta P. Ign., p. 82. Polanco, p
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dait les aptitudes nécessaires à l'étude des sciences!. Il entra alors comme pensionnaire à Sainte-Barbe, où il partagea avec Pierre Le Fèvre et François Xavier la même chambre dans le corps de logis qui donnait sur la rue Saint-Symphorien. Ce collège, fondé en 1460 pour des étudiants de tous pays, était fréquenté de préférence par les Espagnols. Placé depuis 1526 sous le patronage de Jean IL, roi de Portugal, qui y entretenait un grand nombre de jeunes gens, il était à ce moment dirigé par le docteur portugais Jacques de Govéa?, homme très capable, vigilant et intègre, qui savait entretenir une vigoureuse discipline et une louable émulation parmi la turbulente jeunesse des écoles.
Singulière coïncidence ! Les mêmes collèges abritèrent le fondateur de la Compagnie de Jésus et le fondateur du protestantisme francais. Calvin, entré à Sainte-Barbe en 1523, à l’âge de quatorze ans, y avait fait toutes ses études, sauf la philosophie qu'il étudia à Montaigu; après un court séjour aux écoles de droit d'Orléans et de Bourges, il était revenu à Paris, au collège du . Fortet, qu’il habita toute l’année 1533 et une partie de l’année suivante. Ignace dut parfois le rencontrer dans l’intérieur de Sainte-Barbe, car le novateur avait de fréquentes entrevues avec un professeur de la maison, le docteur Kopp, qu'il parvint à pervertir®.
Pierre Le Fèvre, l’un des compagnons de chambre d’'Ignace, avait subi brillamment l’année précédente l'examen de licence en philosophie. Volontiers il se mit à la disposition du nouvel étudiant pour lui expliquer en particulier les leçons les plus difficiles'. Cet exercice fut très utile à l’un et à l’autre : à Le Fèvre en lui ravivant le souvenir de ce qu’il avait appris, à Ignace en lui facilitant l'intelligence des leçons publiques. Il arriva surtout que, dans ce commerce journalier, le répétiteur et le disci- “ple ne tardèrent pas à se mieux connaître et par suite à s'estimer et à s'aimer. Le disciple dans la science humaine devint bientôt le maître dans la philosophie divine : « Comme nous vivions dans la même chambre, raconte Le Fèvre, que nous avions même table et même bourse, Ignace fut mon maitre dans les choses spirituelles. L'union entre lui et moi devint si grande que nous
1. Statul du C‘! d'Estouteville (1452) dans Denifle, Chartul., t. IV, p. 713-733.
9. Ce docteur était connu sous le nom de Govéa l’ancien, pour le distinguer d'un neveu adjoint à sa charge.
3. Voir Quicherat, Hist. de Sainte-Barbe, X, p. 205. — 4. Polanco, p. 48.
n'étions plus qu’un cœur et qu’une âme!. » Afin de mieux réussir dans un travail qu'il jugeait nécessaire, et de n'être point distrait de ses occupations intellectuelles par son penchant à la vie intérieure, Ignace s’engagea par une promesse formelle à suivre assidûment le cours de son professeur. De plus il convint avec Le Fèvre de ne point parler aux heures d'étude des choses de Dieu?; car s’il leur arrivait d'engager un colloque spirituel, ils s'y lançaient à pleines voiles, non sans dommage pour la philosophie. Il supprima même quelques-uns de ses exercices de piété, mais 1l resta toujours fidèle à l'examen particulier de sa conscience qu'il faisait régulièrement pour dompter de plus en plus ses inclinations naturelles, au saint sacrifice de la messe qu'il entendait chaque jour, à la confession hebdomadaire et à la communion de tous les dimanches’. On peut croire aussi qu’il n'abandonna point la lecture de l’?mitation dont il goùta toujours et « sut si bien faire passer dans sa vie la solide doctrine ».
En dehors de là, il s’efforçait d’éloigner de son esprit toute occupation étrangère à l’étude. Ce n’est qu'en 1532 qu'il adressa sa première lettre à son frère aîné, Martin Garcia de Oñaz, seigneur de Loyola. Celui-ci ayant répondu, le 20 juin, en demandant des conseils, Ignace lui écrivit une seconde fois l’engageant à envoyer son fils terminer ses études à Paris. L'opinion d’Ignace à ce sujet vaut d'être connue. « Je crois, disaïit-il, qu’en aucun lieu de la chrétienté, il ne faut autant de ressources que dans cette Université pour l'entretien, les honoraires des maitres et autres exigences de la vie d'étudiant, mais j'estime qu'il suffit par an de cinquante ducats bien assurés. Je pense que vous ne voudriez pas que votre fils, dans un pays étranger, sous un climat si différent et très froid, souffrit quelque nécessité qui pourrait nuire à ses progrès. À mon avis, si vous considérez les frais, ils seront cependant moindres dans cette Université, parce qu’on y profite plus en quatre ans que dans telle autre que je sais en six ans... » Il prévenait ensuite son frère que le jeune homme devait arriver avant le 1° octobre « pour commencer le cours des arts, s’il était assez fort en grammaire »; puis il terminait par ce passage où parait l'étendue de son renoncement au monde et l'élévation surnaturelle de son amour pour les siens : « Vous me dites que vous avez eu grande joie à me voir rompre le si-
1. B. P. Fabri, Memor., p. 7. — 2. De actis S. Ignatii a Ribadencira, dans Mon. Ignat., s. 4, t. I, p. 385. — 3. Polanco, p. 44 4. C’est le témoignage de Ribadeneira (Acta SS., Vita altera, n. 82, p. 681).
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lence que je gardais envers vous. Que ma conduite ne vous étonne point... Je vous aurais écrit plus souvent, depuis cinq ou six ans environ, si deux choses ne m'en avaient empêché : d’abord l’étude et de nombreuses relations qui n'avaient rien de mondain, puis le peu de probabilité que mes lettres servissent à la gloire de Dieu Notre-Seigneur et au bien de mes parents selon la chair, et nous rendissent également alliés selon l'esprit pour nous aider mutuellement en ce qui est éternel. Vraiment je ne saurais aimer une personne en cette vie, qu'autant qu'elle fait - tout son possible pour servir et louer Dieu de tout son cœur; car celui-là n’aime point Dieu de tout son cœur, qui aime quelque chose pour soi et non pour Dieu... Je désire avec ardeur que la vraie charité devienne parfaite en vous, mes parents et amis, et que vous consacriez toutes vos forces au service et à la gloire de Dieu, afin que je puisse vous aimer et vous servir davantage, puisque servir les serviteurs de mon maitre est mon triomphe et ma gloire!. »
7. Ignace poursuivit son cours de philosophie ? avec l'énergie qu'il savait dépenser à toute œuvre entreprise pour le service de son divin Maître. IL l’acheva avec succès. À l’Université de Paris, l'étudiant de troisième année désireux d’arriver aux grades devait subir l'examen de baccalauréat, qui portait à l'origine le nom de déterminance. Les candidats, après avoir justifié de leur temps d'étude par des certificats de leurs professeurs attestant qu'ils avaient suivi pendant deux ans un cours de logique, subissaient ensuite, sur cette science et sur la grammaire“, diverses épreuves : c'était, entre la Saint-Martin et Noël, une série de disputes pendant un mois, puis un examen qui avait lieu vers la fin de janvier”, et enfin de nouvelles argumentations pendant Le carème 6. Une coutume du temps, si l’on en croit un passage fort obscur du P. Gonzalvès, obligeait le futur bachelier à « prendre
1. Lettre à Martin Garcia de Oñaz. (Mon. Ignat., ser. 1, t. I, p. 78).
2. En vue des examens à passer et pour jouir des privilèges de l'Université, Ignace se fit inscrire sur ses registres sous le rectorat de Landeric Maciot, entre le 16 décembre 1531 et le 24 mars 1532 (Acéa Recloria Univ. Paris., Bibl. nat., mss. latins, 9,952, fol. 141”).
3. Determinare quæstionem, c'est-à-dire conclure une argumentation (Cf. Denifle, Chartul., t. II, p. 673, n. 2). A cette époque, l'argumentation était la principale épreuve de l'examen.
4. Statut du Card. d’Estouteville, 1452 (Denifle, Chartul., t. IV, 713-733).
. Statut de la Facullé des arts, 4 nov. 1476 (Du Boulay, t. V, p. 723, 724).