‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 32 sur 457 · Statut d'Estouteville déjà cité · texte numérisé non relu

Statut d'Estouteville déjà cité

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la pierre! ». S'agit-il d'une cérémonie, d’un divertissement ou d’une imposition quelconque? Nous n’avons trouvé nulle explication à ce sujet?. Nous savons seulement, et par le même auteur, que pour prendre la pierre il en coûtait un écu d’or. Ignace, à raison de sa pauvreté, hésita longtemps à faire cette dépense; il ne s’y décida que sur le conseil de Jean de Peña son maitre. Sa conduite fut blâmée par quelques-uns de ses compatriotes, qui épiaient et critiquaient tous ses actes et eussent aussi bien trouvé à redire s’il avait agi d’une autre manière; mais peu lui importait la vaine opinion des hommes. Il fut reçu bachelier avant Pâques de l’année 1532.

Un an plus tard, il se présentait, pour obtenir la licence, à de nouvelles épreuves plus difficiles et surtout plus solennelles. Seuls le chancelier de Notre-Dame et celui de Sainte-Geneviève avaient le pouvoir de conférer ce grade. On n’y était pas admis avant d’avoir suivi pendant une année, depuis le baccalauréat, Les cours et les disputes de l’Université sur la dialectique, la géométrie et l'astronomie #. Il fallait alors subir deux examens : l’un privé ou in cameris suivi de l’acte quodlibetarius dans l’église Saint-Julien ; l’autre public, à Notre-Dame ou à Sainte-Geneviève, devant des examinateurs choisis par les Nations sous la présidence du chancelier. Le résultat était ensuite proclamé aux Mathurins, puis à une date déterminée par le Recteur, les candidats reçus se réunissaient vêtus du costume de cérémonie 6 et étaient conduits au

1. « Pigliano una pietra, che loro dicono » (Acta P. Ign., n. 84).

2. Ni Du Cange ni La Curne de Saïnte-Palaye ne donnent l'expression accipere ou capere petram employée par Gonzalvès. On ne la trouve pas davantage dans le carlulaire de Denifle, ni dans les Séatuts des Universilés françaises de Fournier. Une charte de Charles VI fait allusion à un jeu qu'on appelait éraire la pierre, mais sans dire en quoi il consistait (Archiv. nat., JJ, 137, n. 34). Par ailleurs, il nous parait difficile d’assimiler ce passage de Gonzalvès à celui où Ribadeneira prétend que l’examen pour la maîtrise s'appelait de pierre à cause de sa difficulté. La phrase du P. Gonzalvès indique un acte distinct de l’examen, et qu'on reprocha à Ignace à cause de la dépense qu'il entrainait. Au moyen âge les déterminants devaient donner deux banquets, l’un au commencement et l’autre à la fin de leur déferminance (Statut de la Faculté des arts, 1275, art. 3, dans Du Boulay, t. II, p. 420). Le cardinal d'Estouteville, dans son statut de réforme, prohibe les dépenses exagérées à l’occasion des déterminances : « Statuimus ne determinantes, in suis determinationibus, convivia faciant nisi admodum modesta et temperata. Inhibemus etiam excessivas expensas fieri in disputationibus praedictis ne scolares graventur quoque modo » (Denifle, Chartul., t. IV, p. 730).

3. L'examen de N.-D. s'appelait examen inferius ; l'autre examen superius (Slatut de la Faculté des arts, février 1278, dans Du Boulay, t. IIL, p. 447).

4. Reformatio Facultatis artium (Du Boulay, t. IV, p. 390). — Statut de 1444 (Ibid. t. V, p. 529).

5. Ainsi nommé sans doute parce qu’on devait argumenter sur n'importe quelle question. — 6. « Cappali et ornati » (Du Boulay, t. V, p. 858, 859. De conseculionce graduum in artlibus).

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chancelier qui leur donnait, avec « la licence », la bénédiction apostolique. Ignace de Loyola obtint la licence du chancelier de Sainte-Geneviève, le 13 mars 15331.

Cette promotion avait obligé le pauvre étudiant à des dépenses? qui épuisèrent ses maigres ressources. [l dut recourir à la générosité d’une de ses bienfaitrices d’Espagne, Inés Pascual, à laquelle il écrivit le 13 juin 1533 : « J'ai recu, ce carême, le titre : de maitre et J'ai été forcé de dépenser en cette circonstance plus que je ne voulais et pouvais, de sorte que je suis tombé par là dans un grand embarras; il est tout à fait nécessaire que Dieu Notre-Seigneur vienne à notre secours?. »

Bien que tous les licenciés fassent appelés maitres ès arts, cependant l’Université ne reconnaissait ce titre et n’en accordaït les privilèges qu'à ceux qui se faisaient agréer par la corporation des maitres dans un acte solennel nommé nceptiot. Au jour fixé, le récipiendaire, qui avait préalablement prêté serment de respecter les droits, statuts et libertés de la Faculté et de sa Nation, se rendait en grande pompe aux écoles de la rue du Fouarre ; il soutenait une argumentation semblable à celle de la licence, puis, après une harangue du maitre sous lequel il avait été licencié, il recevait le bonnet, insigne de la maîtrise ÿ. Le plus souvent, les licenciés passaient cet acte dans le courant mème de l’année scolaire où ils avaient été admis; mais Ignace attendit plus d’un an,

{. Un catalogue contenant les foms des licenciés de cette époque tomba par hasard entre les mains du P. Petau, un jour qu'il était allé dire la messe à l'abbaye Sainte- Geneviève. Sur cette liste, reproduite par les Bollandistes, nous trouvons la mention suivante que nous traduisons du latin : « Nation de France, Sainte-Barbe, Ignace de Loyola, 13 mars de l'an du Seigneur 1532/3 » (Acta SS., 2 XVII, n. 170, 171, p. 452).

2. Au moyen âge tel était l’excès de ces dépenses que les plus hautes autorités durent intervenir. Dans une constitution de Clément V (1311) il est dit que le candidat devra jurer de ne pas dépenser plus de « trium millium turonensium argenteorum » (Du Boulay, t. II, p. 142). En 1562, dans son plan de réforme de l'Université, Ramus se plaint encore des frais d’études et d'examens, et dit que de son temps il en coûtait 56 livres, 16 sols, pour parvenir à la maîtrise ès-arts (Avertissement de Ramus, 1562, cité par Crevier, Hist. de l’Univ., t. VI, p. 91).

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