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premier supérieur de la Compagnie, le P. Provincial ne lui cacha point son avis personnel : « l'importance de cette ville » semblait mériter un accommodement et il n’y avait pas d’autre moyen « de se réconcilier les Lionois! ».
11. Les ennemis des Jésuites profitèrent des difficultés provoquées par la suppression du pensionnat, pour essayer de soulever contre eux toute la ville. Les choses en arrivèrent bientôt à ce point que le gouverneur crut nécessaire de s'occuper luimême de l'affaire, et de convoquer une assemblée à la seule fin de l’examiner. Le compte rendu des délibérations nous en à été conservé?; quelques extraits nous montreront que, malgré les exagérations et les calomnies, les meilleurs esprits restaient toujours attachés à la Compagnie de Jésus :
« Se trouvèrent présens en ceste assemblée M. l’Archevesque, M. de Mandelot, gouverneur, M. le président de la justice avec plusieurs conseillers, MM. les généraulx des Finances, MM. les eschevins de la ville nos fondateurs, M. l’advocat du roy, M. de Rubis conseiller, advocat et procureur de MM. de la ville, et ee autres notables.
« M. de Rubis commença, sans ". requis de dire, et sans our licence ou permission de MM. de la lle. » Il déclara que les Pères, après avoir fait de belles promesses, n'avaient pas été fidèles à l'observation du contrat : « Ils se sont advisés, dit-il, à faire des congrégations de femmes jésuites et des hommes en nostre collège, lequel a esté fondé par nos prédécesseurs pour y nourrir nostre jeunesse »; et ils ont chassé nos enfants pensionnaires én occupant la maison qui leur était destinée; ils avaient promis quelque « bon prescheur » pour la ville et les villages d’alentour, et ils n’ont donné personne.
— Non seulement nous avons tenu nos promesses, répondit le P. Creytton, mais nous les avons dépassées. Outre les quatre régents de grammaire et le maitre des abécédaires obligatoires d’après le contrat”, le collège possède depuis l’année dernière
. Lettre au P. Général, 31 octobre 1575 (Galliae Epist., t. IX, f. 166).
2. « Récit du faict et succès de l’Assemblée tenue en la maison de M. de Mandelot, gouverneur du Lyonnois, pour les affaires de la Compagnie de Jésus au dict Lion, le 23 mars 1576 » (Lugdun., Fundat. collegior., t. V, n° 46). C’est sans doute le récit composé et envoyé par le P. Creytton au P. Général et dont il lui écrivait le 2 avril : « Contexui discursum eorum quae gesta sunt in coetu coacto 23 mart., quem judicavi ad P. V. mittendum » (Galliae Epist., t. X, fol. 65).
8. Le P. Creytton doit comprendre ici les ‘humanités et la rhétorique dans les classes
de grammaire, car le contrat de 1571 exigeait outre les abécédaires deux classes de grammaire, une d’humanités et une de rhétorique, comme nous l’avons dit plus haut.
un professeur de philosophie, un autre de théologie et un préfet des études. De plus, il y a toujours des Pères prêts à remplacer les professeurs malades, en sorte que les cours ne sont Jamais interrompus. Telle est d’ailleurs la confiance des familles, que cette année nous comptons cinq cents écoliers. — Le P. Crevytton énuméra ensuite toutes Les églises de la ville et des environs où il y avait eu des prédicateurs jésuites. Pour ce qui est des congrégations de femmes, elles sont inconnues au collège. Des femmes de toute qualité viennent en très grand nombre, il est vrai, recevoir les sacrements dans notre église; si on leur donne le nom de « congrégations de jésuites » c’est pour « se moucquer et se broucarder d’elles ». Quant aux pensionnaires, nous avons eu de bonnes raisons de ne les point garder, raisons approuvées de nos Supérieurs à qui nous devons obéissance. Si nous n’obéissions à notre Père Général, « il ne nous osteroit seulement d’icy, mais il nous envoyeroit à Callicut pour prescher aux perroquetz des Indes! ».
. Donc, conclut le P. Creytton, « qu’il plaise à MM. de la ville de nous passer procuration pour consentir à l’émologation de nos contracts au Parlement de Paris, spécialement du second contract qui contient troys limitations du premier... Qu'il plaise [aussi] à MM. de la ville de nous donner assignations certaines pour retirer la rente de huit cens francs qu’ils nous ont accordée, car le recepveur, après leur mandement, nous respont n'avoir pas d'argent et nous faict courir longtemps après, perdant le temps et presque la patience devant que le recepvoir ».
M. de Casot, premier échevin, prit ensuite la parole « disant beaucoup de louange de la Compagnie... tout le contraire de ce qu'avoit dit M. de Rubis ». Cependant, il ne fut pas d'avis de
1. Le manuscrit porte en cet endroit l'annotation suivante : « Hic scribantur rationes quare demissi sunt pensionistae. » Ces raisons se trouvent énumérées dans un autre document sous ce titre : « De causis cur dimittantur aliqui convictores » (Lugdun. Fundat. collegiorum, t. V, n° 7). Voici les principales : 1° Les parents ne payent pas toujours les pensions, ce qui a déjà occasionné jusqu’à six procès. — 2° La nécessité de lenir les enfants « si court et estroit en discipline » en rend quelques-uns « fins et dissimulateurs ». — 3° La surveillance gêne la régularité religieuse et on est obligé de changer souvent les Pères qui s'occupent d'eux. Il y a autour du collège assez de maisons honnêtes et de bons pédagogues pour les loger ; à Tournon, Toùlouse et Billom, les Pères pour ces mêmes raisons, ont cessé d'avoir des pensionnaires. — 4° Les Pères de Lyon ont pris des pensionnaires du Lemps des huguenots à cause de la difficulté à trouver des pédagogues catholiques, mais maintenant la situation n'est plus la même. — 5° Les Pères ont à peine où se loger eux-mêmes, le nombre de trente personnes étant nécessaires pour remplir les clauses du contrat. Ils ont dû meltre quelques-uns des leurs « dans des cabinets de vieils ais pourris, là où la ver-
mine en été et le froid en hyver ne les laissoit guières se reposer, dont quelques-uns des régents en ont laissé la peau ».
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consentir au second contrat. M. le président de la justice parla en faveur des Jésuites et montra qu’il n’était « pas raisonnable, quand la ville a obtenu ce qu'elle veult de la Compagnie, de lui couper les moyens de s'entretenir et augmenter ». M. le gouverneur approuva la conduite des Jésuites dans l'affaire des pensionnaires. Il serait plus expédient, dit-il, de les mettre à part dans un collège régi par un Principal séculier, que de les tenir dans celui de la Trinité, où la vie est trop austère pour des enfants. De plus, ajouta-t-il, rien ne s'oppose à ce que la Compagnie puisse avoir des rentes et des revenus indépendants du collège et de la ville. — Je suis en effet parfaitement libre, répliqua l’archevêque, de confier la direction d’un séminaire aux Jésuites et de lui unir des bénéfices à ma collation, — L'avocat du roi prit le parti de la ville en distinguant entre le collège et la Société : les sociétés peuvent défaillir, voilà pourquoi il faut avant tout soutenir les « qualitez et privilèges » du collège.
«{ Après tous ces discours, M. le Gouverneur fist La conclusion que MM. les Eschevins se transportassent jusques au collège, et qu'ils regardassent quel moyen il y auroit à l’entour pour dresser un collège de pensionnaires, et que, quant à l'aultre point, qu'ils regardassent entre eux et leur consulat d'accommoder les affaires. Et ainsi fust achevée l'assemblée. Lendemain, de bon matin, s’assemblèrent tous les Eschevins en nostre collège, et après avoir visité nos classes, chambres et tout, et maisons à l'entour, feust arresté de prendre le demeurant de l’isle qu'est contenue avec le demeurant de nostre collège, et là dresser le collège des pensionnaires. Et après que M. le premier Consul, en la présence des aultres, eust faict une arrangue à tous les pédagogues de nous estre obéissans et fréquenter nostre collège, ils se partirent bien contens de nous". »
Après l’édit de Beaulieu, accordant aux protestants l’autorisation d'ouvrir des écoles publiques, la nécessité d’un pensionnat à Lyon s’imposait plus urgente que jamais. Le consulat poursuivit donc son dessein de l’établir dans un bâtiment distinct du collège; mais il demanda aux Pères de faciliter les commurnications d’une maison à l’autre. Le Père Recteur appuya cette requête auprès du P. Mercurian par l'intermédiaire du P. Possevin, alors à Rome et secrétaire de la Compagnie. Il s'agissait
1. L'auteur du compte rendu termine ainsi son récit : « M. de Rubis ne répliquast jamais, sinon deux mots, disant, en faisant allusion au P. Creytton : « Quoy qu'il « die, il nous a joué ung traict de fin Ecossois. »
d'obtenir du P. Général que les élèves du nouveau pensionnat eussent « entrée au collège, pour les lecons seulement, par les degrés par où les [anciens] pensionnaires estoient accoustumés de descendre; autrement, ajoutait le P. Creytton, nous n’aurons pas de paix ni de repos avec ceux de la ville, et par ceste petite incommodité nous apaiserons tous troubles contre nous ! ».
À mesure qu'on regagnait la bienveillance des habitants, en faisant droit à leurs justes réclamations, des libéralités de toutes sortes venaient accroitre les revenus du collège et assurer sa prospérité matérielle ?. Déjà, depuis 1574, une maison de campagne, achetée du côté de Fourvières® et désignée sous le nom de Bellevue, offrait aux malades les moyens de réparer leurs forces et aux professeurs, fatigués de leur travail, le grand air et le repos. Plus tard, Vincent Laureo, évêque de Mondovi, céda les deux prieurés de Dumières et de Sainte-Marie de Tense, qu'il possédait dans le Forez, et que le Pape Grégoire XIII unit au collège de la Trinité par une bulle du 1° mai 1577 4.