SITUATION DU COLLÈGE DE TOULOUSE
premier janvier 1559. Antoine Clary n'ayant encore rien versé en 1565, un différend s’éleva entre lui et Jehan de Bernuy. Le 10 juillet 1566, il vendit le palais à noble Jehan de Gamoy, ancien capiloul, qui paya, le 12 juillet, la somme de huit mille livres au vicomte de Lautrec!. En possession du palais de Bernuy, Jehan de Gamoy résolut, de concert avec deux notables bourgeois de Toulouse, MM. Pierre de Madron et Pierre Delpech, anciens capitouls comme lui, de donner ce bel édifice aux Jésuites ?. Le 18 août 1566, ils se rendirent à l'hôtel de ville et exposèrent leur projet au conseil qui saisit avec empressement cette occasion d’établir convenablement le collège de la Compagnie, Dans une de leurs délibérations, les capitouls assignèrent aux Jésuites douze cents livres qui restaient des collèges de Verdalle et de Montlezun, lesquels avec le monastère des Augustines furent échangés contre le palais de Bernuy“.
Quand la mesure prise par la municipalité fut connue, les protestants, encore nombreux à Toulouse, ne virent pas sans dépit que Les Jésuites allaient être établis solidement dans la ville. Ils murmurèrent d'abord sourdement, puis laissèrent éclater leurs plaintes : les magistrats, disaient-ils, ne devaient pas disposer en faveur de quelques particuliers d’une maison achetée des deniers publics. Ils en écrivirent même à la cour où ils formèrent opposition, et l'affaire fut évoquée au conseil du roi. Jaloux de maintenir leurs droits, les capitouls décidèrent d'envoyer des députés à Paris pour informer le conseil et obtenir confirmation des actes déjà passés. Ils prièrent le P. Auger d'accompagner la députation, espérant que, par son crédit, on arriverait plus heureusement au règlement de cette affaire.
Leur attente ne fut point trompée. Bien qu’on eût à vaincre de fortes résistances de la part de grands personnages très affectionnés au parti calviniste, le P. Émond sut gagner l'appui du roi et la recommandation de la reine-mère. Lorsque la cause fut appelée au conseil, le cardinal de Bourbon prit avec chaleur la défense des Jésuites : « Une des meilleures preuves de la justice de leur cause, dit-il vertement à une personne de distinction
1. Archiv. comm. de Toulouse. AA, 15, no 307. - -2. Lettres du P. Auger, 20 juillet et 31 août 4566 (Gall. Epist., t. III, f. 149, 151). 3. Contrat de fondation (Archiv. comm., AA, 14, n° 98, fol. 156-159; BB, 12, fol.
4. Lettres des capitouls au P. Général et au Pape (Archiv. comm., AA, 14, fol. 97, :
113; BB, 176, fol. 51). Lettre du P. Général aux capitouls, 28 déc. 1566 (Gall., Epist. Gen., t. IN).
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qui s'était déclarée contre eux, c'est qu’on la voit attaquée par les hérétiques. » Le conseil rendit un arrêt favorable, et la translation du collège de la Compagnie au palais de Bernuy fut confirmée par lettres patentes du roi, vérifiées au Parlement le 9 janvier 1567, et par une bulle du Pape Pie V. Le P. Annibal du Coudret fut mis en possession du nouveau domicile par M. Pierre Sabatier, conseiller en la cour du Parlement de Toulouse, le 21 janvier 1567!.
2, Dès la première année de la nouvelle installation, le collège plus fréquenté dut accroitre le nombre de ses régents. Cependant, comme il n’était pas assez doté, le conseil de ville délibéra sur les moyens de pourvoir à l'entretien du personnel et en confia le soin aux capitouls?. Ceux-ci recoururent à la bienveillance du cardinal d'Armagnac, alors à Avignon, et lui exposèrent la détresse d’un établissement qu'il avait contribué à fonder. Non seulement il ne jouit d'aucun revenu, lui écrivirent-ils, mais il est endetté de plus de deux mille livres, et la ville, par suite de « la calamité du temps » et « fraiz insupportables des guerres », ne peut efficacement venir à son secours. Ils le supplièrent donc de vouloir bien, comme il l'avait promis, s'occuper de « l’entretènement » du collège de Toulouse, s'engageant de leur côté à faire tout leur possible pour lui venir en aide*. Peu de temps après, grâce sans doute à la puissante intervention du cardinal, les collèges de Verdalle, de Montlezun et de la Tour-Saint-Vincent furent « unis et incorporés » à celui des Jésuites par autorisation du Saint-Siège et permission du roi“.
Cette union ne fut guère profitable au collège, car la ville, pour faire face à ses besoins, s'était emparée des revenus. Le P. Annibal du Coudret, réduit à la dernière extrémité, se vit contraint de déclarer que les régents quitteraient le collège et la ville, si l’on n’avisait à leur trouver des ressources suffisantes. En conséquence le conseil des Seize prit, le 3 décembre 1570, la résolution suivante : « Quant au faict des Jhésuictes, veu que la ville n’a aucungs deniers, et pour leur donner moyen de vivre, a esté ordonné que à chascun capitoullat seront depputés deux personnaiges qui auront charge de faire quester au nom desdicts Jhésuictes, et encore seront priés les recteurs et vic-
1. Procès-verbal d'installation des Jésuites (Archiv. comm., AA, 16, n. 118, 119). 2. Délib. du 23 août 1568 (Archiv. comm., BB, 12, fol. 140, 141).