‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 347 sur 457 · VI. Archives de la Province de France · texte numérisé non relu

VI. Archives de la Province de France

Sources imprimées : Archiv. historiques de la Gironde. — Barckhausen, Statuts et règlements de l'ancienne Université de Bordeaux. — Ribadeneira, Vita del P. Fr. Borgia.

1. L'année même où s’ouvrit le collège de Nevers, la Province de France! en acquit un autre à Bordeaux, mais dans des conditions toutes différentes de celles auxquelles on avait d’abord songé. En 1569, en effet, il avait été question de céder à la Compagnie l’ancien collège de Guyenne. Cet établissement fondé au quinzième siècle par les jurats?, avait été restauré par André de Govéa, ancien Principal de Sainte-Barbe à Paris, avec la collaboration de professeurs hérétiques tels que Buchanan et Grouchy. Dans la suite, la religion n’y fleurit pas autant que les belleslettres, et, même au regard de celles-ci, il ne tarda pas à déchoir de sa passagère splendeur. Afin de lui rendre la vie et la prospérité les habitants résolurent de le confier aux Jésuites, et le Parlement offrit des revenus annuels pour leur entretien’. Le Père

1. Le collège de Bordeaux ne passa à la Province d'Aquitaine qu'en 1582.

2. Nom que portaient les échevins de Bordeaux. 3. Lettre du P. Auger au P. Général, 22 oct. 1569 (Gall, Epist., t. IV, fol, 150).

Edmond Hay, chargé par le P. François de Borgia de traiter cette importante affaire, se rendit à Bordeaux, et à son retour à Paris écrivit au P. Général une longue lettre sur l’état où il avait trouvé le collège de Guyenne, un des plus célèbres du xvr° siècle : « Ce collège, disait-il, occupe un vaste terrain non loin de la cathédrale… La ville l’a doté d’un revenu annuel de douze cents livres tournois, versé en une seule fois ou par quartiers au gré du Principal. Celui-ci a coutume de prélever sur cette somme le traitement des professeurs: du reste, 1l ne lui est pas interdit d'exiger des écoliers une certaine contribution, chaque mois, et de tirer des pensionnnaires tous Les bénéfices qu'il peut; il exerce, à son tour, la charge de Recteur de l'Université qui lui rapporte encore quelque profit. Sachant que nous n'acceptons pas d’honoraires et que nous ne réclamons rien des élèves, les habitants de Bordeaux, conformément à l'ordonnance d'Orléans, ont l'intention de nous assigner deux prébendes de deux églises collégiales de la ville. Leurs revenus, joints aux précédents, monteraient facilement à deux mille livres tournois. Il y à ordinairement, dans ce collège, huit professeurs pour les humanités et même davantage; mais on laissera le nombre des classes et des régents à notre discrétion. 11 ÿY à aussi un cours de philosophie, quelques leçons de grec et d'hébreu, à des heures spéciales. Aucun cours de théologie n’a encore été fondé : nous aurons la facilité d'en gratifier la population. »

Dans la suite de sa lettre, le P. Hay examine les difficultés qui semblent s'opposer à ce nouvel établissement de la Compagnie : la modicité des revenus pour un personnel considérable, et pardessus tout le petit nombre des sujets disponibles dans la Province : « D'ailleurs, ajoute-t-il, je ne connais pas de lieu dans toute la France qui soit plus propre que la ville de Bordeaux aux travaux apostoliques. C’est une cité célèbre: en temps paisible, son Université compte jusqu’à quatre mille et même cinq mille étudiants. De plus, le pays a grand besoin d'hommes honnêtes, soit pour instruire le peuple du haut de la chaire, soit pour élever la jeunesse dans la piété, les bonnes mœurs et les lettres. Les troubles qui l'ont bouleversé et les malheurs qui en ont été la suite sont attribués, en grande partie, aux régents des écoles; sous prétexte de bellesl-ettres, ils répandaient parmi les enfants et les hommes de tout âge l’hérésie et l’impiété !. »

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