‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 348 sur 457 · Lettre du 21 sept. 1569 (Gall. Epist., {, 1V, fol · texte numérisé non relu

Lettre du 21 sept. 1569 (Gall. Epist., {, 1V, fol

2. Les catholiques de Bordeaux auraient vu avec plaisir s’ouvrir, à la rentrée d'octobre, le collège de la Compagnie; mais les troubles civils et les menées des hérétiques retardèrent la réalisation de leurs vœux. Deux années s’écoulèrent, pendant lesquelles il ne fut plus question des projets formés en 1569. Cependant l'erreur continuait à faire de rapides progrès. « Il y avait alors à Bordeaux, si l’on en croit l’ancien annaliste du collège, douze cents familles protestantes, sans parler des domestiques et des étrangers, et les calvinistes propageaient leurs doctrines avec une ardeur digne d’une meilleure cause. Les catholiques étaient en majorité; mais faute de prédicateurs, ou bien par esprit de curiosité, 1ls fréquentaient les prèches et désertaient les églises!. » Tel était le triste état de la religion à Bordeaux lorsque Dieu inspira à un riche conseiller du Parlement, M. Francois de Baulon, qui n'avait point d'enfants, le généreux dessein de consacrer sa fortune à quelque sainte entreprise. Un de ses intimes, gentilhomme portugais, nommé Leythan, homme d’affaires du cardinal Henri de Portugal, lui fit entendre qu’il ne pouvait rien faire de mieux que de procurer à sa patrie un collège foncièrement catholique; et lui montrant la bénédiction du ciel répandue partout sur les œuvres de la nouvelle Compagnie, il l’engagea fort à confier cet établissement aux Jésuites.

M. de Baulon accueillit avec joie cette proposition?. Leythan se rendit à Toulouse, exposa l'affaire au P. Émond Auger et le persuada d'entreprendre le voyage de Bordeaux afin d'examiner la situation ?. La démarche du célèbre prédicateur ne fit que fortifier les désirs des deux amis, car François de Baulon écrivit, le 16 octobre 1571, au P. Général, être « grandement esmeu de dresser. en la ville capitale de la Guyenne, un collège de vingt et cinq hommes » de la Compagnie, « soubs les conditions contenues ès establissements de [ses] aultres collèges. désirant néanmoins, pour la nécessité du païs, un grand personnage qui lira ordinairement ès sainctes lettres ». Pour ce faire il baïllera « assignation asseurée » de deux mille livres de rente. « J'en ay communiqué privément, dit-il, à M. Émond, l’un des principaulx de ladite Société, et faict voir à l'œil deux ou trois lieulx que

1. Brevis historia de initiis Collegii. Roman missa anno 1588 (Francia, Histor. fundat., n. 26).

2. Mémoire pour le procès du collège (Arch. de la Gironde, H, 59).

3. Lettre du P. A. du Coudret au P. Nadal, 10 nov. 1571 (Gall. Epist., t. V, fol. 263).

cuide estre plus propres pour iceluy establir. Ce qu’on acheminera plus commodément et diligemment, s’il vous plaist nous favoriser tant que de commander à M. Émond de prescher ès advens et carèsme en cette ville de Bourdeaulx, laquelle est à présent aultant esbranlée qu'elle à esté aultrefois chrestienne. Si Dieu ne permettoit que M. Émond peult prescher, je vous supplie nous faire cette grâce de commander à M. Annibal [du Coudret] d'y venir, vous asseurant que la plupart des grands sont si détraqués et la jeunesse perdue, qu’il est besoing d'envoyer en ceste ville gens d’éminent savoir, qui aient sang et ongles pour l'augmentation de l'honneur de Dieu et de son Église !. » L'archevèque, M® Prévost de Sansac, très attentif aux besoins de son diocèse, appuya cette chaleureuse demande, et dans une lettre au P. Général réclama lui aussi ? le ministère apostolique du P. Auger. Il était convaincu, non sans raison, que ce serait le plus court moyen de conduire à bonne fin les négociations concernant le futur collège. |

3. Le P. Auger se trouvait encore à Toulouse, où il préchait, quand il reçut du P. Général l’ordre d’aller pour l’avent à Bordeaux. C'était, écrivait-il au P. Nadal, un exprès envoyé à Madrid par l'archevêque qui lui avait rapporté cet avis5. En même temps le prélat l’invitait, dans les termes les plus pressants, à venir sans retard, et lui représentait vivement les malheurs dont son troupeau était menacé par la contagion de l’hérésie, par cette « démangeaison naturelle qu'on se sent pour les nouveautés ».

À peine arrivé à Bordeaux, le P. Auger commenca une série de prédications qui soulevèrent et entrainèrent la foule des fidèles. Il parlait, dit Darnal, « trois fois par jour en diverses églises avec un torrent d’éloquence # ». La multitude des auditeurs, à laquelle se mêlaient beaucoup de protestants, devint si considérable que la vaste nef de la cathédrale ne pouvait les contenir 5. Les fruits de salut, opérés pendant l’avent et le carême, furent prodigieux. Plus de quatre cents pères de famille rentrèrent dans le sein de l’Église avec leurs enfants et leurs domestiques.

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