‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 356 sur 457 · Patentes du 5 nov. 1574 (Archiv, de la Gironde, H · texte numérisé non relu

Patentes du 5 nov. 1574 (Archiv, de la Gironde, H

6. Nous avons retrouvé des lettres de ses supérieurs au P. Général. Depuis quelque temps, ils avaient à lui reprocher de graves défauts dont il ne se corrigeait pas. Dans une lettre du 2 janvier 1574, le P. Ed. Hay l’accusait d’être « offensioni non tantum domesticis, sed et externis » (Gall: Epist., t. VIIL, n, 6).

cripts'et autres choses dont ses supérieurs l’avoient accomodé ».

Cependant les Pères avant découvert ses projets essayèrent, comme c'était leur devoir, de lui éviter un acte d’apostasie, et firent garder la porte du collège pour empêcher toute tentative d'évasion. Mais, le 21 août 1574, « survindrent lesdits Maire, jurats et plusieurs autres, jusques au nombre de trente sergents et autres gens de guerre: et avec grand scandalle, par force et violence, ravyrent le dict de Saint-Mare dudict collège et des mains de ses dicts supérieurs ». Toute cette troupe était accompagnée d’écoliers, qui réclamaient à grands cris le jeune régent, pour le mener au collège de Guyenne selon sa promesse, « combien, ajoutent les lettres patentes, qu'il leur feust permis l’ouvyr librement et gratuitement dans le collège de ladicte Société. pourvu qu'ils y heussent voullu assister à la messe et faire tout debvoir de bons chrestiens et catholiques, ainsi que font les autres escolliers estudians en icelluy ».

Le gouverneur de Bordeaux, Charles de Montferrant, eut la prudence d’ordonner que Puget de Saint-Marc fût d’abord conduit à l'archevêque, afin de « luy faire bonne et briefve justice ». Le prélat lui assigna son propre palais pour demeure, avec défense d’en sortir, sous peine d’excommunication, et chargea son secrétaire et le théologal de la primatiale d’instruire l'affaire 1.

Mais les maire et jurats ne s’en tinrent pas là. Voulant empécher le cours de la justice ecclésiastique, dont relevait l'acte d’apostasie, ils présentèrent en cour de Parlement piusieurs requêtes pour prendre et retenir la connaissance de la cause. Le 4 octobre, Jehan Puget ayant comparu devant les conseillers rapporteurs, - On lui montra un registre dans lequel se trouvait écrite de sa main la formule des vœux. Il reconnut sa signature et objecta que c'étaient des vœux simples, différents des vœux solennels, ainsi que l’expliquaient les Constitutions de l'Ordre?. Le même Jour, le P. Recteur de la Madeleine fut sommé de présenter en justice les Constitutions de la Compagnie de Jésus. Il s'y refusa : mais déjà un exemplaire se trouvait entre les mains des conseillers rapporteurs. Cet exemplaire, confié autrefois à M. de Baulon, était devenu la propriété de son frère qui, pour se venger des Jésuites qu’il regardait comme les spoliateurs de sa famille, l'avait remis au clerc-secrétaire de la ville. Dans le chapitre 1v de

1. Pièces officielles sur l'affaire Puget Saint-Marc (Archives de la Gironde, H, Jésuites, 59). Mémoire du P. Sager (Zbid.).

2. Interrogatoire de Puget (Jbid., H, Jésuites, n. 6). COMPAGNIE DE JÉSUS. — T, I. 34

la V° partie, le défenseur de Puget, Charles Amussat, crut trouver un argument triomphant en faveur de son client; par malheur, le roi refusa de reconnaître la compétence du Parlement : « La cognoissance, correction et punition dudict de Saint-Mare, déclarait-il, appartient au Général, Provincial ou Supérieur d’icelle societté, ainsi qu'il appert par les Bulles de Notre Sainct-Père le Pape. » En conséquence, Henri II ordonnait qu'aucune poursuite ne serait faite ailleurs « que par devant ledit Général, Provincial et Supérieur, sur peyne de nullité, dommaiges et intérests ». De plus il défendit au maire et aux jurats de s'occuper des affaires de la Compagnie de Jésus, la proclamant « exempte de toute leur auctorité et jurisdiction, comme estans personnes religieuses et ecclésiastiques ! ».

Il n’est pas probable qu'un jugement ait été rendu par les supérieurs de la Compagnie; tout nous porte à croire que Jehan Puget refusa de se soumettre à une procédure canonique. Le 28 août 1575, ilobtint du Parlement de Bordeaux la permission de « lire et enseigner publiquement, tant aux bonnes lettres que en philosophie, ès-collèges de la présente ville ou l’un d'iceux [que bon lui semblera] ». En même temps ilétait « faictinhibition et défence [par la cour], à toutes personnes, de l’empescher ou molester en ladicte lecture, le tout sans préjudice du procès contre ledict Saint-Marce, intenté à la requeste du syndic de la Madeleine ». 11 dut commencer immédiatement ses cours, car le P. Sager écrit, à la date du 2 septembre : « Nostre apostat faict encore rage contre nous... Il est si bien favorisé de la pluspart de ceste cour et peuple que, nonobstant les lettres patentes du roy, nonobstant les comminations et défences de MF" l’Archevêque, il lit au collège de Guyenne, au grand scandale et mescontentement des catholiques et gens de bien, et au grand plaisir et joie des huguenaults qui le supportent?. »

Au dire de M. Gaullieur, l’érudition de Puget était immense et sa mémoire prodigieuse. Certains auteurs, ajoute-t-il, « assurent qu’on le croyait capable de rétablir les écrits d’Aristote et de Platon, si par malheur le texte de leurs ouvrages fût venu à se perdre ? ». Cette mémoire, si fidèle, lui joua un mauvais tour à la rentrée des classes, au mois d'octobre. Chargé de prononcer la harangue solennelle d'ouverture, il jugea à propos de s’appro-

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