‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 372 sur 457 · GOUVERNEMENT DE MALDONAT · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE MALDONAT

pendant trois jours, trois des plus célèbres avocats de Paris se déchaînèrent avec fureur contre les Jésuites, ces abominables usurpateurs du bien d'autrui. N'étaient-ils pas presque tous étrangers et par conséquent inhabiles à accepter les legs pieux des fidèles? On leur reprochait d’abuser de la faiblesse des malades pour se faire donner place dans leurs testaments,-et, quoiqu'ils fussent si pauvres qu'ils avaient bien de la peine à subsister, on prétendait néanmoins qu'ils envoyaient de l'argent hors du royaume, et que, dans cette vue, ils demandaient qu’on leur laissât la liberté de disposer à leur fantaisie des legs qu’on leur faisait en mourant. Tant d’injustes accusations ne pouvaient que discréditer la cause des demandeurs. Les juges reconnurent l'innocence du P. Maldonat, et maintinrent le collège de Clermont en possession du legs de M. de Saint-André !.

9. À la même époque, d’autres difficultés surgirent, qui ne donnèrent pas moins de soucis à Maldonat. Le gouvernement de la Province de France lui avait été confié; quand le Père Edmond Hay se rendit à Rome pour la troisième congrégation générale (1573). Cette charge, qu'il exerça avec sagesse et fermeté, fut pour lui l’occasion de grandes tribulations, dans deux circonstances surtout où il eut à soutenir les intérêts du collège de Clermont et la vocation d’un jeune candidat à la Compagnie de Jésus. La seconde de ces circonstances est la plus connue : c'est l’histoire de François Jannel, qui, travestie à plaisir, devint le thème des plus injurieuses déclamations.

Né à Auxonne, en Bourgogne, d’un père protestant et d'une mère catholique ?, ce jeune homme était parvenu à l’âge de vingt-deux ans avec une pureté de mœurs qui faisait l'admiration de tous. Les dangers du monde effrayaient sa vertu; la perfection religieuse l’attirait. Il se présenta au P. Maldonat et le pria de Le recevoir dans la Compagnie de Jésus. Le prudent supérieur voulut d’abord s'assurer, par de sérieuses informations, que la vocation de François était solide et sincère; il connut ainsi les obstacles qu'elle pourrait rencontrer de la part de la famille. Cependant les parents, avertis de la détermination de leur fils, lui permirent de passer un mois au collège de Clermont; ils espéraient que cette première épreuve suffirait à ébranler sa

1. Sacchini, Hist. Soc., P. ILE, 1. VIII, n. 236, 237. 5 2. Lettre de Maldonat au P. Général, 16 juin 1573 (Gall. Epist., t. VIT, f.-14, 15). Cette longue lettre de quatre pages contient tout le récit de cette affaire.

résolution. François, au contraire, goûta dans cette vie régulière tant de bonheur qu'il ne pouvait plus se résoudre à la quitter. Le P. Maldonat ne jugea pas d’abord à propos de le recevoir définitivement au noviciat sans le consentement de son père et de sa mère!, mais le postulant fit de telles instances pour ne pas rentrer chez eux qu'il finit par le garder. Deux jours après, son précepteur vint le réclamer de la part des parents. Les Pères lui envoyèrent le jeune homme qui refusa de partir, et «se plaignit en termes énergiques qu'on osàt s'opposer ainsi à sa vocation ». À la nouvelle de ce refus, sa mère accourut à son tour. Elle fit valoir toutes Les raisons que lui dictait la ruse ou sa tendresse, lui dit que loin de s’opposer à la volonté divine elle voulait lui donner l’occasion de la connaitre plus sûrement, le supplia de venir au moins voir son père que le chagrin et la maladie avaient empêché de voyager; ensuite « on le laisserait agir à son gré, même contre la volonté paternelle ». Rien ne pouvait le persuader. Il fallut les conseils du P. Maldonat pour qu'il consentit à passer la soirée avec sa mère et à l’accompagner à son hôtel; maïs bientôt, flairant un piège et devinant les préparatifs qu'on faisait pour l'enlever, il s'échappa au milieu de la nuit et courut se réfugier au collège. Le lendemain matin, le P. Maldonat voulant épuiser toutes les concessions possibles le renvoya à sa mère, après l’avoir fortifié par la sainte communion. François, qui craignait de nouvelles embüûches, se cacha dans la ville, changeant fréquemment de retraite, et, au lieu d’aller retrouver sa mère, il lui écrivit une lettre d'une respectueuse fermeté où il déclarait sa résolution de ne plus retourner à Auxonne.

A la lecture de sa lettre, cette femme, qui s'était bornée jusqu'alors à supplier, « entra dans une véritable fureur » contre les Jésuites. Elle porta ses plaintes à plusieurs membres du Parlement, leur dénonçant la Compagnie comme coupable de séduction. Mandés à la barre de la cour, les Pères trouvèrent les juges prévenus et irrités contre eux. Le premier président leur ordonna, sans informations préalables, de rendre sur-le-champ le jeune homme à sa famille. Les Pères y étaient tout disposés puisqu'ils l'avaient déjà fait « par trois fois »; maïs en ce moment ils ignoraient le lieu de sa retraite. On les accusa de séquestration, et « ce fut pendant 8 jours, dit Maldonat, la plus

1< Jussimus ut in patriam suam iret, parentes suos viseret, facultatem ab eis impetraret instituti nostri suscipiendi » ({bidem).

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