‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 373 sur 457 · GOUVERNEMENT DE MALDONAT · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE MALDONAT

grande tempête que la Compagnie ait encore essuyée en France ». Heureusement Jannel apprit, par ceux qui lui avaient donné asile, le danger que sa disparition pouvait faire courir au collège de Clermont. Il sort de sa cachette et va trouver le premier président. Avec une noble hardiesse il avoue qu'il est le seul coupable. Les Pères, dit-il, « loin de lui faire violence, ne l'ont recu qu'à regret et l'ont même renvoyé à sa mère ». C'est de son plein gré qu'il a pris la fuite, sans découvrir à personne le lieu de sa retraite. Il demande enfin « à paraitre à la barre du Parlement et à s’y défendre lui-même ».

Admis le lendemain à plaider sa cause, le jeune homme parla avec tant de chaleur et de conviction qu'il « jeta dans l’étonnement toute l'assemblée »!. Les juges tentèrent plusieurs moyens pour vaincre sa constance; « ni raisons, ni prières, ni menaces » ne furent capables d’ébranler sa résolution. Ils décidèrent néanmoins que François Jannel irait passer quelque temps dans sa famille; « ensuite il lui serait libre de suivre le parti qu'il voudrait »?.

Son père, qui était protestant, essaya par des procédés peu délicats, « non seulement de le détourner de sa vocation, mais encore de lui arracher la foi »*. L'intrépide jeune homme résista à toutes les tentations; craignant d’y succomber, il s'enfuit de la maison paternelle, déjoua cette fois toutes les recherches, se réfugia dans le monastère des Chartreux à Dijon, et de là revint, par des chemins détournés, au collège de Clermont à Paris. Toutefois, comme les tribunaux s'étaient déjà occupés de cette affaire, le P. Maldonat ne crut pas prudent d'admettre le postulant au noviciat sans avoir obtenu le consentement formel du Parlement. IL envoya Jannel au cardinal de Lorraine, -en le recommandant à sa bienveillante protection. Le prélat le retint quelques jours dans son hôtel, et, après avoir examiné sérieusement sa vocation, le fit présenter au premier président et au procureur du roi. Ces magistrats, convaincus comme le cardinal qu’une vocation si éprouvée et si solide venait véritablement de Dieu, décidèrent qu'on rendit le jeune homme au collège de Clermont‘. François fut dès lors recu dans la Compagnie où 1l pratiqua pendant onze ou douze ans, jusqu'à sa mort, toutes les vertus que présageait sa courageuse persévérance.

1. « Obstupefacti judices », dit Maldonat. — 2, Jbidem. 3. Lettre de Maldonat au P. Général, 8 août 1573 (Gall. Epist., t. VIL, f. 29, 30). 4, Ibidem.

10. Tandis que Maldonat exerçait encore la charge de viceprovincial, il vit se renouveler contre le collège de la capitale une de ces attaques périodiques que les ennemis des nouveaux éducateurs ne manquaient pas de lui livrer à la moindre occasion. Déjà, au mois de février 1573, le P. Edmond Hay et le P. Manare avaient déjoué une intrigue ourdie par quelques courtisans qui, malgré la bienveillance du roi envers la Compagnie, osèrent demander, en prétextant l'honneur national et la sûreté de l'État, qu'on interdit aux Pères étrangers le droit d'enseigner en France, ou d'y gouverner, comme supérieurs, les maisons de l'Ordre. Les deux Pères, prévenus à temps que ce projet avait été soumis au conseil privé, firent part de leurs craintes au cardinal de Lorraine et, grâce à cet habile et puissant protecteur, la tempête qui menacçait d’éclater fut aussitôt dissipée !.

Battus sur ce point, les adversaires, après s'être tenus quelque temps en silence, songèrent aux moyens de diminuer du moins le nombre des élèves, trop considérable à leur gré, qui fréquentaient le collège des Jésuites. Ils profitèrent pour cela d’une commission, nommée récemment par le voi à l'effet de remédier aux abus des corps enseignants, et composée des cardinaux de Lorraine et de Bourbon, des évêques d'Auxerre, de Lavaur, d'Angers, de Paris, et de quatre conseillers au Parlement. Invitée à se faire représenter dans cette commission, l'Université choisit Simon Vigor, archevêque élu de Narbonne, pour la Faculté de théologie; Charpentier, pour la Faculté de médecine; Pillaguet pour la Faculté de droit; Gilmer, ancien recteur, pour la Faculté des arts. Ces deux derniers, ainsi que les conseillers au Parlement, étaient connus pour leur animosité contre les Jésuites. Dès les premières délibérations, se révélèrent leurs sentiments hostiles et la fâcheuse influence qu'ils exerçaient au sein de la commission ?. Au lieu de la réforme sérieuse que le gouvernement voulait opérer, leurs propositions ne visaient, sans les nommer, que le P. Maldonat et Le collège de Clermont. Elles se résumaient, en effet, à ceci : premièrement, ceux-là seuls pourraient suivre les classes de grammaire et de belles-lettres dans un collège, qui l’habiteraient ordinairement; en second lieu, pour pouvoir enseigner dans quelque collège que ce fût, il faudrait avoir reçu les degrés dans l'Université de Paris. Or, les externes formaient la grande majorité au collège

1. Lettres du P. Hay au P. Polanco, 7 et 16 février 1573 (Gall. Epist., t. VIT, n. 3-5). Manare, De rebus S. J., p. 112, 113. 2. Prat, Maldonat, p. 343, 344.

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de Clermont, et le P. Maldonat était docteur de Salamanque. Ces propositions, dans la pensée de leurs auteurs, devaient renfermer toute la réforme de l’Université; elles furent rejetées par les autres membres de la commission qui, désirant s'attaquer aux vrais abus, présentèrent des mesures dans ce sens. Un désaccord s’ensuivit; les commissaires, ‘sans avoir rien conclu, interrompirent leurs réunions, et la réforme projetée fut remise à une époque indéterminée. Le collège des Jésuites retrouvait ainsi la sécurité pour le choix des maitres et le nombre des élèves!. Les assauts contre lui allaient cependant continuer, et tous les efforts des ennemis se concentrer sur le point d’où semblait provenir la plus large part de son succès : l'enseignement de Maldonat.

1. Lettre de Maldonat au P. Général, 19 juillet 1573, (Gall. Epist., t. VII, fol. 27).

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