‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 375 sur 457 · III. Biblioth. nationale, mss. latins · texte numérisé non relu

III. Biblioth. nationale, mss. latins

1Y. Archives nationales, MM, 149.

Y. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : à) Francia, Epistolae Generalium. — b) Galliae Epistolae. — c) Seminarium romanum.

Scurces imprimées : D'Argentré Collectio judiciorum. — Du Boulay, Hist. Universil. Parisiens. — Maldonatus, In Matthaeum praefatio. Opera varia Theologica. — Prat, Maldonat et l'Université de Paris. -

1. Au mois de février 1573, dans une assemblée générale tenue aux Mathurins, l'Université avait décidé que les écoliers du collège de Clermont ne seraient admis ni au doctorat ni à la licence !. Cette détermination, peu libérale, fut sans aucun effet : lorsque le P. Maldonat, délivré de la charge de vice-provincial, reprit son cours de théologie ?, à la rentrée de l’année scolaire 1573-1574, les auditeurs se pressèrent, aussi nombreux et sympathiques qu'auparavant, à ses lecons et à celles du P. Tyrius, qui occupait la chaire de Mariana retourné en Espagne. Cette silencieuse mais éloquente protestation ne fit qu'augmenter l’irritation de l'Université, honteuse de voir ses menées inutiles et méprisées.

Le 11 octobre 1574, elle avait choisi pour chef Jean Deniset, du collège d'Harcourt. Les sentiments religieux du nouveau Recteur

1. Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VII, p. 732. 2. 11 devait expliquer la quatrième partie de la théologie d’après le plan que nous avons exposé au chap. xt du liv. III, n. 8.

étaient fort ques, il avait mème été condamné pour avoir pris part, à Bordeaux, à la cène des hérétiques!; mais un titre important l’avait fait élire : il détestait la Compagnie de Jésus. Son premier acte fut de l’attaquer. Il cita à son tribunal le P. Maldonat qui se garda bien de comparaître, trouvant fort étrange que l’Université prétendit imposer sa juridiction à des personnes qu'elle ne voulait point admettre dans son sein.

Deniset ne tarda pas à se venger d'un refus qu'il considérait comme injurieux, en réunissant, le 5 novembre, à Saint-Julien, la Faculté des arts, sous prétexte de délibérer sur la réforme de l’Université. L'abus auquel il fallait avant tout remédier, c'était évidemment l’affluence des élèves au collège de Clermont. La Faculté aggrava donc les peines déjà édictées contre eux. Elle déclara, sur la proposition du vindicatif Recteur, « qu'elle les excluoit de tous les privilèges académiques; que les Principaux, dans les collèges desquels il n’y avoit pas plein exercice, devoient être avertis de ne point envoyer leurs boursiers aux lecons des jésuites et qu’elle chargeoït les censeurs des nations de tenir la main à l’exécution de ce règlement * ».

Les Facultés supérieures, invitées à s'associer à la Faculté des arts, refusèrent d’adhérer à sa conclusion, la regardant comme peu mesurée et contraire à l’arrêt du Parlement, qui avait maintenu le collège des Jésuites dans la possession d'enseigner.

2. Afin de gagner à sa cause les vieux docteurs de Sorbonne et de Navarre, déjà mécontents de la méthode introduite par Maldonat dans l’enseignement de la théologie, Deniset s'ingénia à trouver quelque opposition entre leur doctrine et celle du collège de Clermont; il fit chercher dans les cahiers des professeurs un prétexte d'accusation. Maldonat amené par l’ordre de ses lecons à traiter du péché originel, avait naturellement parlé de la Conception de la Très Sainte Vierge *. Après avoir cité les différents passages des Épitres de saint Paul, où le grand apôtre affirme que tous les hommes, comme enfants d'Adam, sont pécheurs, il ajoutait : « Cela n'empêche pas que, par un privilège spécial, quelqu'un ne puisse être exempt de la tache originelle; ce que nous croyons de la Bienheureuse Vierge !. » Ainsi Maldonat, comme

1. Mémoire du P. Mathieu à Grégoire XIIL (Prat, Maldonat, pièces justificatives, n. XII, p. 595). 2 Actes de la Faculté des arts cités par Du Boulay, t. VI, p. 738. . Bibl. nat., mss. latins, 6433, f. 31-184.

. « Quod credimus de B. Virgine » (Opera varia theol. Edit. Dubois, 1677).

toute la Compagnie de Jésus, croyait fermement à l'Immaculée Conception de Marie ; mais l'Église ne s'étant pas encore prononcée, comme elle l’a fait de nos jours par l'organe infaillible du Pape Pie IX, il ne pensait pas que ce fût un iiele de foi. Rappelant le serment que plusieurs Universités, entre autres celle de Paris, exigeaient de leurs sujets, il se contentait de dire qu'il ne lui paraissait pas « expédient » 1 de jurer, comme article de foi nécessaire, une opinion encore laissée libre par l'Église. Le concile, ou plutôt le conciliabule de Bâle, avait bien prétendu donner sur ce point une définition dogmatique. Mais, ainsi que le faisait remarquer Maldonat, ce concile n’était pas légitime ; sa décision sur l’Immaculée Conception n'avait pas été approuvée par les Souverains Pontifes, et le concile de Trente avait positivement déclaré que cette croyance, si pieuse qu’elle fût, n'était point un article de foi. Cependant, les représentants de la Faculté de théologie de Paris ayant dominé au concile de Bâle, l’Université tout entière s'était approprié les décisions, même les plus hétérodoxes, de cette assemblée schismatique, et les avait introduites dans son enseignement.

En somme, Maldonat soutenait, non sur la croyance à l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, mais sur la définition de la doctrine, une opinion différente de celle que professaient les théologiens de l'Université de Paris. Le recteur Deniset, qui avait besoin du concours des Facultés supérieures pour arriver à ses fins, n’hésita pas à l'obtenir au prix d’une évidente calomnie. Dans une assemblée tenue aux Mathurins, le 12 décembre 1574, il se plaignit de la conduite du professeur jésuite, qui, contre tout sentiment de prudence et de piété, cherchait à introduire des nouveautés, foulait aux pieds les décrets de la Faculté de théologie et ouvrait la porte au schisme. Les vieux docteurs émus de cette perfide accusation, qui d’ailleurs flattait leur rancune, l'acceptèrent sans prendre soin de la contrôler. Le lendemain, le professeur du collège de Clermont fut sommé de comparaitre devant les principaux membres des quatre Facultés, pour leur rendre compte de sa doctrine. Maldonat ne relevait, en fait de doctrine, que de l’Ordinaire et du Souverain Ponüfe; sur l'avis

des Pères les plus graves du collège, il refusa de nouveau de se

. « Deinde quod multae, idque juratae, quafñnvis non expediat, Academiie eam on defendant, Parisiensis et aliae..…. (Ibid.). — «Nos maitres (les docteurs de Paris), écrivait Maldonat au P. François de Torrès, soutiennent qu'on doit croire

non pas d’une foi libre, mais d’une foi nécessaire, que la S® Vierge a été conçue sans péché. »

présenter devant des juges qui n'avaient sur lui aucune juridiction : « Respondit ledit Père qu'il estoit bien marry qu'il ne pouvoit obéyr au commandement du Recteur, d’aultant qu'il estoit membre de ce collège, lequel par ci-devant avoit souventes fois supplié les précédants recteurs d’estre reçeu en leur obévssance, à quoy ne l’avoient voulu recevoir, ains au contraire luy avoient intenté procès; que s'ils avoient quelque chose contre Iuy, qu'ils s’addressassent par derrière le R"° Évesque ou la court du Parlement!. »

Cet incident eut pour résultat de réunir dans un même dessein toutes les Facultés à celle des arts. L'assemblée générale de l’Université décida, le 14 décembre, que la conclusion prise contre les Jésuites dans la réunion de Saint-Julien n'était pas contraire à l'arrêt du Parlement, et qu'on la poursuivrait aux frais communs des quatre Facultés. Maldonat fut déclaré à l’unanimité téméraire et rebelle, et l'examen de la question théologique renvoyé à l’évêque de Paris. Deniset, parvenu à la fin de son Rectorat, resta chargé de poursuivre l’attaque contre le collège de Clermont. Jacques de Cueilly, son successeur, saisit M#' de Gondi de l'accusation intentée contre Le P. Maldonat?.

3. L'Université comptait que l’évèque de Paris, à l'exemple de

ses prédécesseurs, consulterait la Faculté de théologie, et ne déciderait rien sans une entente avec elle. Cette espérance fut déçue. Pierre de Gondi, que son rare mérite fit élever plus tard au cardinalat, se rendit seul juge de l'affaire et conduisit l’enquête avec prudence. Après avoir lu attentivement Les cahiers du théologien incriminé, il l’invita à venir devant lui expliquer sa doctrine sur la Conception de la Sainte Vierge. Maldonat répéta, en présence de l’évêque, ce qu'il avait publiquement enseigné ; puis, pour montrer que l’Inmaculée Conception n’était pas encore un article de foi, il rappela le décret du concile de Trente, et la Constitution de Sixte IV, renouvelée par Pie V, d’après laquelle il était défendu aux champions de l’une et de l’autre opinion de se traiter mutuellement d’hérétiques.

Ces raisons paraissaient sans réplique. Toutefois, craignant qu'on ne l’accusât de partialité, M* de Gondi eut recours aux lumières de douze des membres les plus distingués de la Faculté

1. Lettre du P. Pigenat au P. Général, 1* janvier 1575 (Gall. Epist., t. IX, lol. 1-3). 2. Registre des conclusions de la Faculté de théol. (Archiv. nat., MM, 149, fol. 151, 152). Cf. Du Boulay, op. cil., p. 739, 740.

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de théologie‘, Les trois plus anciens, Adam Seguart, doyen, Jean Pelletier, grand maitre du collège de Navarre, et Jacques Fabre, syndic de la Faculté, étaient regardés comme les oracles de leur école : les neuf autres avaient subi, malgré l'opposition routinière des vieux docteurs, l'influence de l’enseignement de Maldonat. Une longue et vive discussion servit à montrer, une fois de plus, que la pieuse croyance à l’Immaculée Conception de Marie n’était nullement en cause. Mf de Gondi déclara donc, le 17 janvier 1575, la parfaite innocence du jésuite, et prononça en sa faveur une sentence ainsi conçue : « .… Le nom de Jésus-Christ invoqué, vu les informations que. le promoteur de notre cour épiscopale a prises sur ce qui à été dit publiquement contre le vénérable maître Jean Maldonat, docteur de la Compagnie du nom de Jésus, à savoir qu'il avait enseigné l’hérésie; entendu sur tout cela la défense de Maldonat lui-même et l’avis d'hommes sages et habiles; Nous disons et prononcons que ledit Maldonat n’a rien enseigné d'hérétique ni de contraire à la foi et à la religion cathohque*... »

Les Pères du collège de Clermont crurent, à bon droit, que le retentissement de l'accusation exigeait, comme réparation, une certaine publicité de la sentence épiscopale. Ils ne la répandirent pas, comme Le prétend le P. Prat, dans plusieurs quartiers de la capitale et dans le royaume. Ils se contentèrent, nous apprend le P, Pigenat, alors recteur du collège, d’un triomphe plus modeste : « Nous avons eu sentence, écrivait-il au P. Général, pour la justification du R. P. Maldonat, laquelle nous avons fait imprimer, mais non pas publier, ains seulement en avons distribué aulcuns exemplaires aux gents de la plus grande autorité i. » |

Contre ce qu’elle regardait comme un scandale, il ne restait d'autre ressource à l’Université que de se pourvoir au Parlement. Crevier rapporte qu’elle en prit la résolution dans une réunion du 11 février. « Le 15 du même mois, ajoute-t-il, la Faculté de théologie s’assembla et trouva tous ses suppôts, hors huit ou neuf, disposés à déclarer qu'ils croyaient comme de foi que la Sainte Vierge avait été conçue sans la tache du péché originel. » L'historien de l’Université ne dit pas autre chose sur ces deux dernières assemblées; mais dans une lettre de Maldonat nous

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