‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 376 sur 457 · Leltre du 29 janvier (Gall. Epist., t. IX, fol · texte numérisé non relu

Leltre du 29 janvier (Gall. Epist., t. IX, fol

trouvons des détails fort curieux sur l’exaltation des esprits à ce moment.

« Les docteurs, écrivait-il au P. Général, le 12 mars 1575, ont tenu deux assemblées pour décider de nouveau que l’Immaculée Conception de Notre-Dame doit être regardée comme un article de foi. Afin d'obtenir plus facilement ce résultat, ils ont suborné des agents, et répandu en public et en particulier des menaces terribles, disant que quiconque prétendrait le contraire serait traité comme un hérétique et chassé de la Faculté. Quelques-uns ajoutaient qu'il faudrait barthélemiser, et d’autres qu'il faudrait brûler les partisans de l’autre opinion. Cependant quand on en est venu aux délibérations, dix-huit des plus savants et des plus estimables ont été d’un avis différent, et ont fait observer à l’assemblée que cette manière de procéder outrageait le concile de Trente et le Saint-Siège. Ils ont été traités d’hérétiques et accablés de beaucoup d'autres injures: mais ils n’ont Jamais voulu adhérer à la décision de leurs collègues. Ils ont même affirmé, dans une profession de foi particulière, qu’ils croyaient que Notre-Dame a été conçue sans péché, mais qu'ils ne pensaient pas que ce fût un article de foi, parce que le concile de Trente et le Siège apostolique ont déclaré le contraire. Les autres n’en’ ont pas moins chanté victoire et dit sur tous les tons que leur décret était celui de toute la Faculté, qu'il était légitime, que la Faculté n'avait jamais erré, que le Pape n'était qu'un homme, que le concile de Trente n'avait été qu'une réunion de moines, et autres choses semblables. ‘Hs ont conclu que tous les docteurs et bacheliers seraient convoqués et contraints de jurer que l’Immaculée Conception est un article de foi, ce qui devait avoir lieu le 4 du présent mois.

« Les partisans de l'opinion contraire se sont rendus chez l'évêque à qui ils ont remis leur profession de foi, et aussitôt Monseigneur défendit à la Faculté, sous peine d’excommunication, de faire aucun décret. Mais avant que cette sentence fût portée, les récalcitrants, voyant que les dix-huit docteurs fidèles persévéraient dans leur opinion et la soutenaient sérieusement, ont dit que le serment serait différé jusqu’à Pâques attendu que plusieurs docteurs et bacheliers étaient allés prêcher hors de la capitale. Ceux qui défendent le concile [de Trente) voudraient bien écrire sur cette question, mais ils craignent, s'ils le font, d’être chassés de la Faculté. Ils se proposent toutefois

de prier M# le Nonce et M“ l'Évèque de le faire ex-officio. Ce COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. I. 37

sont eux-mêmes qui m'ont raconté tout ce que je viens de dire!»

Parmi les docteurs favorables à Maldonat, se trouvait le fameux Claude de Sainctes, qui venait d'être nommé à l'évêché d'Évreux. C'était non seulement son ami, mais un de ses plus ardents admirateurs. On voulut cependant le gagner à la cause commune, et dans ce but on lui représenta que l'honneur de la Faculté était compromis et que son amitié devait céder à un si puissant intérêt. On lui persuada même que les Pères du collège de Clermont avaient dénoncé à Rome ses tendances gallicanes pour arrèter l'expédition de ses Bulles. Claude de Sainctes, trompé par ces faux rapports, rompit subitement avec Maldonat et se mit à la tête de ses accusateurs*.

Comme le montrent bien ces insinuations perfides, ce n’était pas seulement le collège de Clermont qu'on voulait atteindre en poursuivant son professeur de théologie, mais la Compagnie tout entière, On ne lui pardonnaït pas son attachement au Saint- Siège, et la question de l’Immaculée Conception menaçait de se compliquer devant le Parlement d’une question encore plus délicate que les théologiens français avaient fait prévaloir dans le concile de Bâle : « Ces jours passez, écrivait le P. Pigenat au P. Manare, assistant de France, on a traitté au Parlement contre nous et les Capucins, ce que nous croyons avoir esté fait à la solicitation de Messieurs noz maistres, lesquels, comme nous avons sceu de bonne part, s’en sont allez de maison en maison des plus apparents dudit Parlement, pour les aigrir contre nous, leur donnant à entendre qu'il n’estoit pas question seulement de la Conception de la Vierge, mais de renverser le concile de Basle, et qu’à cest effect mesmes nous faissions profession et vœu en la Compaignie de maintenir l'autorité du Pape sur le Concile. Bref, lesdits sieurs nos maistres sont si exacerbiés que je m’asseure qu'ils chercheront tous moyens de nous nuyre*. »

La question de l’Immaculée Conception fut portée devant le Pape par Le Nonce et l'évêque de Paris. Sa Sainteté était d'avis de publier contre les Sorbonistes la bulle de Pie V. Mais le P. Maldonat craignait que cette mesure ne parût excessive aux docteurs, et il insistait seulement pour obtenir une déclaration

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