‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 383 sur 457 · EX VE · texte numérisé non relu

EX VE

que je savais positivement ne pouvoir accomplir sain et sauf. «Je partis cependant avec Dominique Leïiton!, chevalier portugais, qui se rendait à Toulouse pour les affaires du roi de Portugal. Nous pensions qu’à moitié chemin, à Blois, où se trouvaient alors le roi et l'assemblée des États-Généraux, il nous serait facile de rencontrer quelques compagnons de route, mais nous fûmes trompés dans notre attente. À mesure que nous approchions de l’Aquitaine, les bruits de guerre grossissaient; chaque jour, on annonçait que de nouvelles places avaient été occupées par l'ennemi. C’est pourquoi je ne pus trouver à Blois de nou-. veaux compagnons, et je perdis celui que j'avais eu jusque-là. Dominique Leiton, effrayé des dangers au-devant desquels nous allions courir, refusa d'avancer plus loin. Lui, et tous ceux à qui j'avais communiqué mon projet, m’exhortaient à l’'abandonner. J'en avais d’ailleurs parlé à peu de personnes, de crainte de me créer un nouveau péril en ébruitant mon départ, et de m'exposer à être retenu par quelqu'un des princes présents à Blois. Ne voulant ni entrer dans la ville ni me montrer en public, je restai dans un petit village où, par l'intermédiaire d’un ami sûr, Je pris toutes mes informations au sujet des compagnons de voyage et de la difficulté des chemins. Huit jours se passèrent dans ces démarches, après lesquelles je reconnus qu’il était impossible de parvenir à Toulouse. Tous ceux qui étaient au courant de la situation me conseillaient de retourner à Paris. Là, disaient-ils, j'écrirais à Votre Paternité, et en attendant de nouveaux ordres du Souverain Pontife, j'achèverais mon travail. Pourquoi, en effet, perdre un temps si précieux que pour moi chaque jour valait cent écus d’or? Cependant je crus que je ne devais pas revenir en arrière, mais aller de l’avant, ou bien rester où je me trouvais... « J'ai donc pensé que l’obéissance valait mieux que les victimes. Mimaginant que j'étais envoyé à Toulouse moins pour y demeurer que pour n'être plus à Paris, je me dirigeai vers Bourges, afin de pouvoir de là gagner Lyon. Peu importe le lieu de mon exil; il suffit que je sois exilé. Je n'ignorais pas que la route de Lyon à Toulouse était couverte d’ennemis, et plus longue de deux cent mille pas; mais, puisque je devais m’arrêter dans quelque endroit pour attendre vos lettres, je préférais que ce fût à Lyon. Cette ville appartient à une autre Province; tout éloignée qu’elle soit de Toulouse, elle est plus rapprochée de Rome et par

1. 1l s'agit sans doute de ce Leythan dont il est parlé au chap. var, n. 2.

là même plus commode pour en recevoir ou y envoyer des lettres.

«Arrivé avant-hier à Bourges, j'ai été forcé d’y rester quelques Jours, car je n'ai aucun compagnon, ni des nôtres ni du dehors: de plus l’ennemi vient de s'emparer d’une place forte située sur ma route; enfin mon cheval, blessé, n’est pas encore guéri. Que Votre Paternité veuille bien s'informer de la volonté du Souverain Pontife, et me signifier le plus tôt possible ce que je dois faire. Je ne négligerai rien pour accomplir jusqu’au bout vos ordres et ceux de Sa Sainteté. J'aurais essayé seul de me frayer un passage au milieu des ennemis, si je n'avais craint d’offenser le Pape par une obéissance trop imprudente, et de m'attirer vos Justes reproches en cas de malheur. Pourtant, ce voyage que je n'ai pas osé entreprendre de moi-même, je le ferai, Dieu aidant, dès que je connaïtrai vos désirs et ceux du Saint-Père, avec ‘autant de promptitude que j'ai laissé mes livres, pour moi bien préférables à ma sécurité personnelle. Je partirai pour Lyon aussitôt que je le pourrai, et, si je ne le puis, j'attendrai ici votre réponse !... »

Au moment même où l’'éminent religieux traçait ces lignes, Dieu, fidèle à sa parole, exaltait son serviteur humilié. Le-P. Provincial reçut avis de Rome qu’un Bref de Grégoire XIII venait d'être envoyé à Paris?. Le Saint-Père imposait silence à tous les théologiens, leur défendant de rien dire, de rien écrire qui fût contraire en aucune facon aux décrets du concile de Trente, ou aux Bulles de Sixte IV et de Pie V, sur la Conception de la Bienheureuse Vierge. Cette sentence était pour l’ancien professeur du collège de Clermont, et toute la Compagnie, un nouveau témoignage de la bienveillance du Souverain Pontife, car, en paraissant ne favoriser aucune opinion, il ordonnait d'embrasser le sentiment soutenu par le P. Maldonat5. Quelques jours après, le P. Général annonçait à celui-ci, en le félicitant de sa parfaite soumission, qu'il pouvait désormais séjourner à Bourges {.

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