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de Gorze, excités par des esprits malveillants, revendiquèrent la portion des revenus de leurs prieurés qui avaient été appliqués, avec indemnités, à l'entretien du collège. Ce transfert de propriété, par le Souverain Pontife, d’un Ordre à un autre, et pour de justes raisons, n'avait rien que de conforme au droit de l’Église, et les Antonistes eux-mêmes, le 2% mai 1574, avaient librement signé un acte authentique de cession. Leurs réclamations tardives étaient donc injustifiées. Débouté de ses prétentions devant les tribunaux civils, le Prieur partit pour Rome afin de plaider sa cause auprès du Saint-Siège!. Grégoire XIIL, après avoir pris connaissance de l'affaire, maintint toutes les dispositions de la Bulle /n. supereminenti?.
Après les tracasseries pécuniaires, la peste parut et troubla quelque temps l’ordre des études. Dès le milieu de 1577 elle avait envahi un des quartiers de la ville, et tous les élèves qui y habitaient avaient été licenciés. Cependant, on n’avait pas cru nécessaire de prendre la même mesure pour tout le collège. Les magistrats s'étaient bornés à garantir les pensionnaires du contact des écoliers demeurant dans le quartier contaminé, en dressant une grille de fer au milieu du pont qui joignait les deux parties de la ville. Plusieurs professeurs, malgré le danger d’être atteints par le fléau, s’offrirent pour aller, de l’autre côté de la Moselle, continuer les cours aux jeunes gens qui ne pouvaient plus venir au collège. Deux prêtres, trois régents et un frère coadjuteur se transportèrent, avec les livres et le mobilier indispensables, chez un ecclésiastique qui leur donna l’hospita- 1tés
Quand l'épidémie parut moins menaçante, les magistrats demandèrent au duc de Lorraine la cessation de la quarantaine, sans pouvoir l'obtenir. Alors une députation d'étudiants, composée de Français, de Lorrains, d’Allemands, d'Écossais et de Flamands, prit le chemin de Nancy pour présenter une supplique à Son Altesse. Comme ils venaient d’une région infectée, ils s’arrêtèrent par prudence dans un bourg voisin de la ville, et mandèrent au duc qu'ils avaient d'importantes communications à lui faire. Le prince leur envoya Bardin, maitre des requêtes, auquel ils remirent un beau volume renfermant toutes sortes de pièces en grec et en latin, des odes, des épigrammes, des emblè-
1. Abram, Hist. de l'Univ. de Pont-à-M. (Carayon, Doc. inéd., V, 92). 2. Lettre du P. Hay au P. Général, 6 juin 1576 (Gall. Epistol., t. X, fol. 260, 261. 8. Litt. ann. 1577 (Franciae Hist., t, I, n. 38).
mes, des änagrammes... avec une adresse à Son Altesse, la suppliant d'autoriser la libre communication entre les deux quartiers de Pont-à-Mousson. Charles III, touché de cette démarche, acquiesca enfin à une demande si gracieusement formulée, et les étudiants, tout joyeux, reprirent aussitôt le chemin du retour. Arrivés avant la nuit à Pont-à-Mousson, ils font appel aux écoliers qu'ils rencontrent, et ensemble, réunissant leurs efforts, ils brisent les barrières du pont, et en jettent les débris dans la Moselle, Le lendemain, ils assistèrent tous à une messe d’actions de grâce où le P. Paschase Réginald prononça un discours de circonstance!.
Le 1°” janvier 1578, eut lieu la réouverture solennelle des classes avec un éclat inaccoutumé, en présence de Charles IT et de plusieurs autres princes. Les élèves du P. Dupuy, professeur de rhétoriqne, représentèrent un drame, Saint Jean l'Évangéliste, qui fut vivement applaudi. Le P. Nicolas Le Clere, professeur de théologie et vice-chancelier de l’Université, conféra le grade de bachelier ès arts à une dizaine d'étudiants, dont sept étaient de la Compagnie de Jésus. Parmi ces jeunes lauréats se trouvait le P. Jacques Salez qui plus tard souffrit, à Aubenas, un glorieux martyre. Il y eut aussi à ce moment deux innovations : on ajouta un troisième professeur de philosophie, et Guillaume Barclay, écossais et neveu du P. Edmond Hay, nommé par le duc Charles IIT « professeur ès-facultés des droits civils et canoniques », ouvrit son cours dans l’enceinte même du collège de la Compagnie. C'était comme la première pierre de la Faculté de droit?.
Mais Dieu réservait encore, en cette année 1578, une douloureuse épreuve aux Jésuites de Pont-à-Mousson. Le cardinal de Guise, qui poursuivait avec tant de zèle l’œuvre commencée par son frère, mourut à Paris le 27 mars. Sa mission était en grande partie terminée, car il avait eu la consolation de voir le pape Grégoire XIII approuver, le 4° décembre 1577, par la Bulle 7n suprema apostolicae Sedis, les divers arrangements relatifs à la dotation de l’Université”.
. Abram, Hist. de l'Univ. de Pont-à-M. (Carayon, Doc. inéd., V, p. 103, 104).
. Cf. Eug. Martin, L'Université de Pont-à-M., p. 35. . Acta S. Sedis, p. 98.