Ibidem
2. Lettre à Juan Azpilcueta, 25 mars 1595, dans Mon, Xaveriana, t. I, p. 205.
3. Aucun témoignage contemporain ne prouve que, durant son séjour à Paris, Ignace ait parlé à ses compagnons de la fondation d’un ordre religieux. Voir : Fr. Van Ortroy, Manrèse et les origines de la Compagnie de Jésus dans Analecta Bollandiana, 1908, t. XXVII, p. 393-418. — 4. Polanco, De Vita P. Ign., p. 45. — 5. Ibidem.
6. Calisto alla faire du commerce aux Indes. Artiaga, qui avait convoité un évéché, mourut empoisonné en Amérique. Diégo de Cazerès embrassa le métier des armes. Jeannic vécut et mourut pieusement dans un cloître. Jean de Castro, après s'être adonné à la prédication, se retira à la chartreuse de Valence. Peralta avait entrepris le voyage de Jérusalem, quand il fut obligé par l’un de ses parents de revenir en
Espagne. Quant au jeune Amador, on n’a jamais bien su ce qu’il était devenu (Acta P. Ignatii, n. 80).
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sympathie providentielle, se montraïent dociles à ses conseils. Entre 1529 et 153%, Dieu lui fait rencontrer six de ces prédestinés. Il les gagne d’abord par l'autorité de sa vertu et les prévenances de sa charité; puis, les mettant seul à seul avec le créateur, il leur enseigne la pratique de ces Exercices Spirituels qui ont fait de lui-même un autre homme. A cette école de l'Esprit-Saint, la vérité, présentée à tous ces jeunes gens sous un même jour, leur donne des convictions et des aspirations communes; la même ardeur pour le règne de Jésus-Christ les anime, et bientôt, la grâce de la vocation survenant, un même but les attire et les entraine : leur perfection propre et la perfection du prochain pour la gloire de Dieu. Unis de cœur et d’âme à Ignace et entre eux, les voilà composant tout de suite comme instinctivement une petite société, à laquelle il suffira de quelques événements, amenés par la Providence, pour prendre la forme et le développement prévus dans le plan divin, sous le nom de Compagnie
de Jésus.
%. Le premier appelé à collaborer un jour avec Ignace à la fondation de cette Compagnie fut un élève de Sainte-Barbe, Pierre Le Fèvre!, que l’Église a placé sur les autels. C'était un enfant de la Savoie né en 1506, au Villaret, dans le diocèse de Genève, d'une famille de cultivateurs peu favorisés des biens de la fortune. À peine commençait-il à marcher librement qu'on l'envoya chaque jour garder les brebis aux champs. Son père, homme juste et craignant Dieu, devint son premier maitre dans la science du salut. Le petit berger profita si bien de ses lecons qu'il se trouva bientôt en état de les enseigner à son tour. On montrait autrefois, dans son village, une grosse pierre sur laquelle il montait, les jours de fête, pour expliquer aux autres enfants ce qu'il avait appris des mystères de la foi. L’aimable prédicateur n'avait pas encore six ans, mais il s’exprimait avec une si naïve assurance et une grâce si charmante qu’une foule d’auditeurs se pressaient autour de sa chaire improvisée. La vivacité de son esprit était accompagnée d'une tendre piété. « Mes parents, raconte-t-il dans son Mémorial, mirent un tel soin à m'é-
{ Le vrai nom de sa famille était Favre. La seule lettre que nous ayons de lui en français est signée : Pierre Faure (Cartas del B. P. Fabro, p. 355). A l'Université on l’appela Faber, nom latin qui fut traduit par celui de Fèvre au xvir* siècle. Comme les auteurs italiens de la Compagnie écrivaient il Fabro, les auteurs francais écrivirent Le Fèvre ou Le Febvre. Nous avons choisi la forme que l’histoire a popu-
larisée parmi nous.
lever dans la crainte du Seigneur, que, tout petit enfant, j'avais conscience de mes actes, et, ce qui est un signe d’une plus grande grâce prévenante de la part de Dieu, vers l’âge de sept ans, je sentais quelquefois des touches spéciales de dévotion!. » Lorsqu'il conduisait les troupeaux au pâturage, il aimait à chanter les louanges du Seigneur et invitait la nature entière à les chanter avec lui. Au magnifique spectacle des montagnes si pittoresques de son pays natal, il élevait comme naturellement son âme innocente vers Dieu et lui présentait l'hommage d’un cœur reconnaissant.
Vers l’âge de dix ans, il éprouva dans son intelligence en éveil une vive passion de l'étude; mais sa famille ne pouvait, sans de lourds sacrifices, songer à lui donner une éducation libérale : « Comme J'étais occupé de la garde des troupeaux, dit-il, et destiné au monde par mes parents, je ne pouvais goûter aucun repos, et je pleurais, tant mon désir de m'instruire était violent. Aussi mes parents, contre leur intention, se virent-ils forcés de m'envoyer aux écoles (au grand Bornand et à Thônes.) Témoins des progrès notables que je faisais dans les études, de mon intelligence et de la fermeté de ma mémoire, ils ne purent s’empêcher de me laisser suivre la carrière des lettres?. » Pierre fut donc envoyé au collège de la Roche, alors dirigé par le docteur Veillard, un de ces maitres chrétiens qui font de l’enseignement un apostolat. IL avait environ douze ans quand pour la première fois il se sentit intérieurement porté à se consacrer au service de Dieu : « Un jour pendant les vacances, raconte-t-il, comme j'étais aux champs à garder les moutons, ce que je faisais encore de temps à autre, je sentis une joie surnaturelle envahir mon âme, et comme j'éprouvais un ardent désir de la sainte vertu je promis à Dieu de garder perpétuellement la chasteté. » — En 1525, âgé de dix-neuf ans, il quitta ses montagnes et s’en vint achever ses études à Paris. Grâce à la bienveillante. intervention d’un parent, Dom Georges Favre, prieur de la Chartreuse du Reposoir, il obtint une place gratuite au collège de Sainte-Barbe. Il y habita, avec Francois Xavier, jeune gentilhomme de Navarre, un appartement pratiqué dans une tourelle que les ravages du temps respectèrent jusqu’au milieu du xix° siècle. L’innocence de ses mœurs, la simplicité de ses manières, la solidité de son esprit et son assiduité opiniâtre au travail le mirent bientôt au