Voir cette inscription à l’Appendice
9. Lettre du roi au Pape (Francia, Hist. Prov., t. IT, n. 43).
3. D'après Maffei (1. I, c. xxt) et Raynaldi (Ann. Eccl., t. XX, an. 1534) Ignace aurait alors travaillé directement à la conversion des hérétiques. Cf. Acta SS., ? XVI,
n. 161, — 4. Polanco, p. 50.
dans une église du faubourg Saint-Germain, appelée Notre-Damedes-Champs, toute pleine de recueillement et de piété!. On y vénérait une statue de la Sainte Vierge, tenant sur ses genoux le corps de son divin Fils?, et le concours du peuple y était parfois prodigieux. Ce sanctuaire lui tenait lieu de la chère chapelle de Notre-Dame de Villadordis?, en Espagne, où il avait reçu des faveurs extraordinaires, et la statue de la Mère des Douleurs lui rappelait la dévote image qu'il gardait précieusement cachée sur sa poitrine. La colline de Montmartre avait aussi pour lui de puissants attraits. Non loin de la chapelle des Martyrs, était creusée une carrière de plâtre où il se choisit une caverne profonde. Dans cette nouvelle grotte de Manrèse, il passait souvent le jour en pénitence et la nuit en prières. Une vie si austère ne pouvait manquer d'attirer l'attention et d’exciter l'admiration de tous ceux qui en étaient témoins. Le docteur Peralta, appelé à déposer dans le procès de béatification, n’hésita pas à déclarer sous la foi du serment que les vertus héroïques d’Ignace, durant son séjour à Paris, lui paraiïssaient suffisantes pour mériter les honneurs de la canonisation ?.
Dans le courant de l’année 1535, Dieu se plut à visiter son serviteur par une cruelle maladie. De violentes douleurs d'estomac le réduisirent bientôt à une extrême faiblesse. Ces douleurs étaient si vives qu’une fois, racontait-il plus tard, elles durèrent seize ou dix-sept heures de suite, lui causant une fièvre brûlante. Tous les remèdes étant inutiles, les médecins furent d'avis que le climat de Paris était nuisible à sa santé et que l’air natal pourrait seul le guérir où du moins lui procurer quelque soulagement. Ignace avait toujours été peu soucieux du soin de son corps et s'abandonnait en cela, comme en tout le reste, à la volonté de Dieu; mais ses compagnons, pleins d'inquiétude, le conjurèrent si instamment d'essayer de ce moyen qu'il finit par se laisser persuader, malgré la peine de se séparer de ceux sur qui reposaient toutes ses espérances. Toutefois ce motif de santé n'aurait peut-être pas suffi à lui faire interrompre ses études de théologie, si une circonstance particulière n’était venue le déci-
1. Resp. P. Manarei ad P. Lüncicii postulata dans Mon. Ignat., ser. 4°, t. I, M des chroniques des Carmélites de la rue d’Enfer. (On sait qu’en 1604, le P. de Berulle établit des Carmélites dans l’ancien prieuré de Notre-Dame- -des-Champs),
3. Déposition de Bernard Matilla au premier procès de Manrèse (Proc. de Barc. y Manresa, fol. 226). Voir ce que nous en avons dit au chapitre précédent, n. 1,
4. Responsio P. Manarei(Mon. Ign.,s. 4, t. I, p. 523). 5, Acta SS., p. 533. — Acta Bealif. B. P. Ignatii.
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der à retourner en Espagne. Xavier, Lainez et Salmeron, par suite de leur vœu de pauvreté, avaient à régler quelques affaires domestiques : pour leur épargner les ennuis du voyage et ne pas exposer leur vocation aux obstacles que pourraient susciter léurs familles, il résolut de s'occuper lui-même de leurs intérêts.
11. Un incident imprévu suspendit tout à coup son départ. Ses ennemis venaient d'inventer un nouveau chef d'accusation. Attentifs à observer les moindres mouvements d’Ignace, ils n'avaient pas tardé à découvrir ses rapports intimes avec sa petite société; mais ils en ignoraient la nature et ils se lancèrent dans le champ des conjectures et des soupçons. Ce n’était pas la publicité qu'on lui reprochait, comme on avait fait en Espagne au sujet de ses compagnons d'Alcala; c'était au contraire le secret qu'instruit par l'expérience il avait cru devoir garder à Paris. Le bruit se répandit qu’il voulait fonder une secte nouvelle et qu'il cherchait partout des adeptes; son livre des Exercices spirituels, dont on avait entendu parler, fut représenté comme renfermant des doctrines pernicieuses. Ignace se vit encore dénoncé au tribunal de l’Inquisition. Il ne se troubla nullement à cette nouvelle, mais il ne voulut point partir avant que l'affaire fût jugée. Quand il était seul, il pouvait mépriser les imputations calomnieuses: maintenant qu’il avait des compagnons, avec lesquels il se destinait aux fonctions apostoliques, il devait sauvegarder leur réputation et la sienne. Sa sortie du royaume, en un pareil moment, aurait pu paraitre une fuite précipitée et un aveu; il voulait au contraire une enquête sérieuse, une sentence bien en forme. Il alla donc lui-même trouver l’Inquisiteur. C'était alors Fr. Valentin Liévin, religieux de l'Ordre de Saint-Dominique. Il connaissait Ignace; il estimait beaucoup sa vertu et son zèle pour la foi: il lui dit de se rassurer, car il savait que les accusations portées contre lui ne reposaient sur aucun fondement, 11 exprima seulement Le désir de parcourir le livre des Exercices qui gagnaït tant d’âmes à Dieu. Après l'avoir lu avec attention, il ne put s'empêcher d'admirer sa merveilleuse méthode pour purifier l’âme, l’éclairer et la conduire de degré en degré à la plus haute perfection. Il fut si charmé qu'il voulut en prendre une copie à son usage personnel.
Cependant Ignace, prévoyant de nouvelles attaques, ne crut pas devoir se contenter d’une approbation privée de sa conduite;
1. Polanco, p. 51. Acla P. Ignalii, n. 84, 85. Ribadeneïra, !. II, c. v.
il désirait un témoignage authentique, capable de servir à sa défense dans l’avenir. Un jour, accompagné d’un notaire et de plusieurs docteurs de l'Université, il se présenta de nouveau chez l’Inquisiteur : puisque les accusations portées à son tribunal ne lui paraissaient pas assez sérieuses pour motiver un débat en forme et une sentence juridique, il le pria de vouloir bien lui donner de son innocence une attestation par écrit. L'Inquisiteur y consentit volontiers, mais au témoignage demandé il joignit de tels éloges qu'Ignace se retira encore plus confus que satisfait. Libre alors de tout embarras, il pouvait enfin se diriger vers l'Espagne. Avant son départ, il recommanda la constance à ses compagnons, chargea Pierre Le Fèvre, que tous aimaient et respectaient, de veiller sur eux, puis leur donna rendez-vous à Venise ainsi qu'il avait été décidé quand ils tracèrent leur plan d'avenir. On ne connait pas le jour exact où Ignace quitta Paris; la date d’une lettre, écrite par François Xavier et confiée au voyageur, donne à supposer que ce fut à la fin de mars 1535*. Dans la crainte que sa grande faiblesse, résultat de sa maladie, ne lui permit pas de voyager à pied selon sa coutume, ses compagnons lui avaient procuré un petit cheval. Il consentit à le monter en leur présence, mais ce ne fut pas pour longtemps; il fit « toute la route à pied », nous dit Lainez, gardant. néanmoins
-1. Acta P. Ignatii, n. 86. Polanco, p. 46, 47. Bartoli, t. I, p. 302-305. Ce document n'est pas parvenu jusqu’à nous, mais on trouve parmi les manuscrits conservés dans la Compagnie une pièce originale qui nous en rappelle le souvenir. Elle fut adressée en 1537, sans doute sur nouvelle instance, au Père Ignace alors en Italie : « Nous, Frère Thomas Laurent, de l’ordre des Frères Précheurs, lecteur en théologie et inquisiteur général de la perversité hérétique et de la foi catholique au royaume de France, faisons savoir et certifions à tous. que notre prédécesseur frère Valentin Liévin. inquisiteur général pour tout le royaume de France, a dans le temps fait une enquête touchant la vie et la doctrine d'Ignace de Loyola, et que nous qui étions son secrétaire n'avons jamais oui dire qu'il se trouvât en lui chose déplacée en un homme catholique et chrétien. Nous avons en outre connu ledit Loyola et maître Pierre Le Fèvre, ainsi que quelques autres de ses familiers, et les avons toujours vus mener une vie catholique et vertueuse sans jamais noter en eux rien qui ne convienne -à des hommes parfaitement chrétiens. De plus les Exercices que donne ledit Ignace nous ont semblé catholiques autant que nous avons pu savoir après examen. — Donné à Paris, dans le couvent des Frères Prêcheurs et signé du sceau dont nous usons en pareil cas, l'an du Seigneur 1536/7, le 23 du mois de janvier en présence de discrètes personnes : maître Laurent Daosta, Diego de Cacers, clers et maîtres ès arts et Frère Alfonso de san Emiliano, tous espagnols habitant Paris, lesquels mandés -comme témoins ont signé. » Suivent les noms ; la signature de l’inquisiteur illisible. (Voir Acla SS., p. 455, n. 185.)
9. Acta P. Ignalii, n. 85. Polanco, p. 51. Acta SS., P. 455, n. 183, 184. Le départ d’Ignace n'eut certainement pas lieu à la fin de 1535 comme le disent Polanco, Orlandini et Maffei, mais plutôt au commencement de cette année ainsi que l'affirment les PP. Menchaca, Bartoli et Alcazar. Le P. Astrain montre qu'avant la fin d'avril Ignace était à Azpeitia (op. cif., p. 83, note).
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sa modeste monture chargée sans doute de son léger bagage!. Arrivé à Azpeitia, il donna ce cheval à l'hôpital de la Madeleine où il avait pris son logement?.
12. Ce que fut à Paris, pendant son absence, la vie de prière, d'étude et de zèle de ses jeunes disciples, nous pouvons l’entrevoir dans le récit que nous en a laissé l’un d’entre eux : « A la fête de l’Assomption, écrit Jacques Lainez, nous renouvelions nos vœux à Montmartre, et ce jour-là, ainsi que plusieurs autres fois dans l’année, nous mangions tous ensemble, étroitement unis par la charité. Aux époques fixées nous allions prendre nos repas tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre d’entre nous, mettant en commun les vivres que chacun avait apportés. Ces fréquentes réunions, où nos cœurs se ranimaient dans l'intimité, étaient pour nous une force et un soutien. En ce même temps, le Seigneur nous aida singulièrement dans nos études que nous rapportions à sa gloire et au profit spirituel du prochain, tandis qu'un mutuel amour nous inclinait à nous assister les uns les autres dans les nécessités de cette vie. Tel est le règlement que nous avait tracé le P. maitre Ignace, en nous laissant sous la conduite de lexcellent maitre Pierre Le Fèvre. qui était pour nous tous un frère aînés. »
Ajoutons que Le Fèvre, tout en remplissant dignement cette mission, fit mieux encore; non seulement il conserva et perfectionna les disciples déjà recrutés, mais de plus, son apostolat fécond en attira plusieurs autres. Il avait été recu maitre ès arts, avec Salmeron et Bobadilla, en 1536, après Pâques. Aussitôt son cours de théologie terminé, et en attendant le départ pour Venise, il s’appliqua tout entier à l'exercice du ministère sacerdotal. 1] n'avait guère plus de trente ans, mais ses admirables qualités d'esprit et de cœur suppléaient à l'expérience et à la maturité de l’âge. Tous, docteurs et étudiants, reconnaissaient en lui un guide sûr, recherchaient à l’envi ses conseils et sa direction. Aux vertus de l’homme apostolique il joignait une si profonde connaissance des Exercices et une si grande habileté à les donner aux autres, que personne, au Jugement de saint Ignace, ne l’égala jamais. Témoin des merveilles opérées par son in-
1. Epistola Lainii de S. Ign. (Mon. Ignat., s. 4, t. L p- 112)
2. Dépositions canoniques. Déposition des témoins d'Azpeitia (Summar. Proces. Azpeitiae, art. 3 et 4). ;
3. Epistola Lainii de S. Ign. (Mon. Ignat.,.s. 4, t. 1, p. 1113/1142).
fluence au sein de l’Université, un célèbre théologien lui déclara un jour qu'il ne pouvait, sans encourir une grave responsabilité devant Dieu, abandonner une moisson abondante pour tenter à la suite d'Ignace un projet, généreux à la vérité, mais dont la réussite paraissait incertaine. Il ajouta même qu'il n était pas seul de ce sentiment et qu’il s'engageait à le faire souscrire par tous les théologiens de Paris. Rien ne fut capable d’ébranler l'irrévocable décision de Le Fèvre, bien persuadé que Dieu l'avait choisi pour seconder l’œuvre ébauchée dans la petite chapelle de Montmartre !.
13. Parmi les jeunes gens sur lesquels il exerça plus spécialement son heureuse action, nous devons nommer Claude Le Jay*, âme privilégiée à qui Dieu réservait l'honneur de coopérer à la fondation de la Compagnie de Jésus. Né, vers 1500, au village de Mieussy, en Savoie, « de bien honneste maison », il eut le bonheur de connaître Pierre Le Fèvre au collège de la Roche, sans pourtant se trouver dans la même classe; car Claude était un peu plus âgé que son condisciple. Ces deux âmes si pures se sentirent attirées l’une vers l’autre et se lièrent d’une étroite amitié. Lorsque Pierre partit à l’âge de dix-neuf ans pour Paris, Claude continua ses études à la Roche. Devenu ensuite régent et principal du petit collège de Faverges, il ne pensait guère à sortir de son pays où il jouissait d’une grande considération, quand Le Fèvre revint en Savoie régler ses affaires de famille. Ils eurent plusieurs entretiens, dans lesquels le premier compagnon de saint Ignace sut persuader à son ancien condisciple de compléter ses connaissances théologiques à l’Université de Paris. Ce ne fut néanmoins que l’année d’après, vers la fin de septembre 1534, que Le Jay put suivre le conseil de son ami et venir au collège Sainte-Barbe*. Là, tandis que Le Fèvre et Ignace habitaient ensemble la modeste tourelle que leur avait cédée la bienveillance de l'administration, Claude occupa une place indépendante, à ses frais, dans l’intérieur de l'établissement. Bien qu’il fût déjà