PRÉFACE
Mon premier mot doit être un remercîment à ceux donl Tintelligente libéralité a doté les Annules qui publient ce mémoire : le Ministre de Tlnstruction publique et la Société des amis de l'Université lyonnaise.
C'est un grand honneur pour cette étude que de prendre place dans les Annales de notre Université, à coté d'oeuvres d'une portée plus haute ou d'un intérêt plus actuel, dues à tant de savants renommés.
Elle n'y a d'aulre titre que la somme de travail dépensée pour la produire.
Commencée il y a quatorze ans, elle a été abandonnée pour d'autres travaux plus étendus peut-être , mais moins hérissés d'énigmes, puis reprise, puis abandonnée encore en désespoir de cause. Les solutions obtenues ne satisfaisaient point ; on n'aboutissait qu'au doute.
(Vest qu'il est malaisé de se faire une conviction dans cette obscure matière. Nos sources ne sontpaà pures, elles ont été systématiquement altérées au sixième siècle ; autant faire de la géologie dans des terrains remaniés !
Des travaux tout récents sur la critique des textes, particulièrement ceux de Lenel, ont enfin permis d'arriver
II PREFACi:
à des conclusions plus fermes, en fournissant ties matériaux plus sûrs.
A Tère des conciliations — définitivement close, il faut Tespérer — succède aujourd'hui Tère des interpolations, selon la fine remarque de Bertolini. C'est le triomphe de la méthode historique.
Mais, pour dégager complètement les sources de ces altérations systématiques, il fallait commencer par se rendre un compte exact des procédés des compilateurs et de leur valeur intellectuelle. Heureusement les travaux récents de Gradenwitz, d'Eisele, d'autres encore, en Allemagne et en Italie, ont rendu cette tâche relativement aisée.
C'est seulement après ces études préliminaires qu'on pouvait aborder le problème.
Sur le sujet en lui-même, on trouvait d'ailleurs une littérature abondante et de premier choix.
Chez nous, citons d'abord les mémoires de MM. Desjardins et Lair, dont le tact juridique a su s'abstenir de tant d'erreurs ou de systèmes aventureux. Les traités généraux aussi fournissaient un utile appoint : il y aurait ingratitude à ne pas rappeler ici les vues pénétrantes dX)rlolan, dont Tintelligence géniale devinait si bien Tesprit des institutions romaines, et les remarques aussi précises que judicieuses d'Accarias. M. Saleilles enfin mettait à notre portée un document tout imprégné de droit romain, le projet de Gode civil sur les obligations pour l'Empire d'Allemagne.
Dans ce pays, outre les précieuses découvertes de Lenel sur la compensatio du banquier et la deductio du bonorum emptor, nous trouvions les monographies magistrales de l)ernbur£r,d'Eisele, réruditedissertationd'Ubbelohde.etc.
l'HKlWCK III
Kn Italie, Ferrini, malgré quelques dissidences, nous a grandement aidé à connaître Théophile el sa paraphrase : sur un autre point, une savante dissertation de Gandolfo nous a rendu aussi d'utiles services, bien que nous n'ayons pu en adopter les conclusions.
En Hollande, les vues fines et originales de Naber ont toujours quelque chose de suggestif, même quand on n'ose pas le suivre dans ses hardiesses.
Voilà mes guides.
Si donc sur quelques points, comme le rescrit de Marc-Aurèle et certaines constitutions impériales trop oubliées, la manière de concevoir l'évolution de la compensation diffère des interprétations antérieures, au fond, ce qu'il peut y avoir de neuf dans cette étude est vraiment peu de chose au regard de ce qu'elle doit à ces maîtres, et à bien d'autres.
Les conclusions auxquelles nous arrivons sont très simples, c'est ce qui nous persuade qu'elles sont vraies : le lecteur décidera.