‹ Histoire de la confédération suisse (volume 2)Chapitre 20 sur 72 · InterFègne. — ConfédérAtloBa diverses (1248.1S7S · texte numérisé non relu

InterFègne. — ConfédérAtloBa diverses (1248.1S7S

Les temps de l'interrègne (on appelle ainsi les vingt-cinq années qui s'écoulèrent depuis les désastres de Frédéric jusqu'à l'avénemenl de Rodolphe de Habsboui^) sont une période de calamités pour l'Allemagne. Pendant que les sept plus grands seigneurs de l'empire' s'arrogent à eus seuls le droit d'élire l'empereur et vendent leurs suffrages au plus offrant, étranger ou indigène, les guerres privées, les brigandages des seigneurs ne laissent aucune sécurité à l'agriculteur, à l'artisan, au voyageur. Le droit du plus fort (Faustrecht) règne en maître dans l'empire et met en péril la liberté, la propriété et l'existence même de quiconque n'est pas assez puissant pour imposer aux oppresseurs.

La situation des villes libres, au milieu de ce désordre, était extrêmement critique. Isolées, elles n'auraient pu songer à se défendre; elles eurent recours à Vassociatùm, unique moyen de salut qui se présentât à leurs regards. Deux grandes ligues ou confédérations se forment alors l'ii Allemagne, la Hanse ou ligue commerçante dont Lubeck était la

' <khi,GesckiehUvonBaael,J,3Sl.

- T. es irchevfqnea de MayeDCP, TrËves, Cologne; le roi de Bohême, les duce de >nM', BatiËreet Brandenbourg. On donne dèa lora le titre d'électeurs [CharfarsteD) A ces priDces.

tête et le Rheii^bund^ ou ligue de 50 villes rhQnanes (1250-56), dont faisaient partie les trois villes libres de Zurich, Berne et Bàle.

Comme nous l'avons vu par l'alliance des Waldstaetten et des villes, la Haiite-ÂUemagne n'avait pas attendu ce moment pour comprendre le prix de la maxime : Vunion fait la force. Mais le sentiment du danger communiqua un nouvel élan aux alliances ; de toutes parts on renouvelle les anciennes et on en conclut de nouvelles.- Les Lucernois, alors engagés dans une guerre avec les Bernois, se réconcilient avec eux et jurent amitié pour cinq ans avec cette ville et ses confédérés (Eidgenossen) de la Bourgogne (15 mai 1251) \ C'est ici la première apparition de ce nom, depuis si célèbre dans l'histoire et le droit public de la Suisse. Par ce traité avec Lucerne, les Bernois s'engageaient à mettre dans cette ville en cas de guerre une garnison de 50 hommes.

Les confédérés de Berne étaient les bourgeois de Morat, de Laupen, les libres paysans du Hasli, et sans doute aussi les Fribourgeois, avec lesquels la ville de Berthold V venait de renouveler à perpétuité sa combourgeoisie zaeringienne (20 novembre 1243). Une étroite alliance unissait déjà Fribourg aux petites villes de Payerne (1225) et d'Avenches(1239)" . Menacés par l'ambition de la Savoie, l'évêque et les dizains du Vallais recherchent également l'appui de Berne et concluent à Louëche une ligue de dix ans (confederationem et pacis vinculum), premier traité connu de ce pays avec leurs futurs confédérés '.

Pour être devenus les alliés de Berne, les Lucernois n'avaient garde de laisser se relâcher leurs liens avec leurs bons amis et voisins, les habitants des forêts A' Entremont eid' Outre-lac* , comme disent les chartes.

L'établissement des Tribus est un autre produit de l'esprit d'association qui se manifeste à cette époque. Les tribus appelées aussi corps de métiers, abbayes, confréries (en allemand Zunfte)^ n'étaient dans le principe que des sociétés d'artisans et, dans certaines villes, elles n'eurent d'abord aucune signification politique bien marquée, mais dans d'autres elles ne tardèrent pas à prendre une importance militaire et

^ « AUen den die dicsen Brief sehent und hœrent werden wir chuonden wir, der (Schaltheize und die Burger von Bern und aller unser eitgnoze von Buorgendon. » Kopp, Urkunden, I.

' La première alliance connue de Fribourg avec Berne est de l'année 1225. L'acte est scellé d'un sceau de grande dimension avec ces mots : Sigilhim de Friburgo in Burgundia, Ce sceau a pour emblème une tour à trois créneaux, symbole de la ville forte, avec une demi- lune dont on ne connaît pas le sens et l'aigle des Zœringen.

^ Kopp, Geschichte, Buch lY, 210. L'alliance valaisanne est du 17 juillet 1252.

* Waldlût, Intramontani (innerhalb dem Sewe). Kopp, Urkunden^ I, 5.

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politique. En plusieurs endroits, l'usage s'introduisit de marcher au combat par tribus et par familles ; souvent aussi le vote pour l'élection d'un magistrat se faisait à la tribu. Les édits prohibitifs des empereurs purent en retarder, mais non en empêcher l'établissement dans la Haute-Allemagne. Bdie et Zurich prirent l'initiative de cette institution ; elle s'établit ensuite à Berne, SchaiThouse, Saint- Gall, etc.

L'institution des abbayes à BâJe date des premières années du XIII™^ siècle \ Le milieu de ce siècle est marqué dans la même ville par l'établissement du premier bourgmestre, qui précéda de peu d'années celle du premier landamman dans la vallée d'Uri '. Dans les autres cités, comme Berne, Soleure, Fribourg, le premier magistrat se nomme avoyer. Il en est de même dans les petites villes favorisées de la liberté impériale^ comme Morat, ou dotées de privilèges par les seigneurs puissants qui voulaient s'attacher les bourgeois de ces localités. L'usage des sceaux et des bannières date du même temps et marque dans la vie des peuplades de la montagne et de la plaine le moment où elles arrivent à la pleine conscience de leur valeur morale et prennent, pour ainsi dire, possession d'elles-mêmes' .

. L'autonomie des villes se manifeste encore par la création des C0x\- SEiLS de douze ou de vingt-quatre membres que présidait l'avoyer ou bourgmestre. Ces magistrats, nommés d'abord par les seigneurs ecclésiastiques ou civils, sont élus ensuite par la bourgeoisie et composés de chevaliers ou de nobles et de bourgeois notables (bons hommes, prud'hommes). A Bâle cependant on voit déjà figurer des artisans parmi les conseillers dès 1239 et les chartes (Handfeste) données par les évêques consacrent toutes l'existence d'un conseil composé de chevaliers, de

^ Les plas anciennes abbayes sont ceUes des marchands, des vignerons, des merciers. Elles sont suivies de celles des cardeurs de laine, des boulangers, des maréchaux, des tanneurs et des cordonniers. Les pelletiers datent de l'an 1226, les tailleurs de 1260. Plus tard, se forment les tribus des bouchers, des charpentiers, des maçons, des jardiniers, des tisserands, etc.

' Le premier bourgmestre de B&le fut Henri Steinlin (1253), Heussler, Verfas* sungsgeschichte der Stadt Baseî^ 1860, 154. Bourcard Schûpfer est le premier landamman d'Uri, en 1273. Blumer, schweùs. Danocratien, 120.

' Le plus ancien sceau bourgeoisial est celui de Zurich, au commencement da XII°^ siècle. Celui de Berne est de 1224 ; ceux de Fribourg et de B&le datent de 1225, celui de Soleure de 1230, c«lui d'Uri de 1243, ceux de Schwyz de 1282 et d'Underwald de 1291. Quelques paléographes nient que les sceaux soient un signe de liberté et disent que de simples serfs ont eu des sceaux. Voir de Wailly, Éléments de Paléographie, et Henri Bordier de Genève,] Le Griidi et Guillaume Tell, Genève, 1869, 31.

bourgeois et d'artisans \ A Fribourg, la population primitive est scindée en hauts et petits bourgeois (burgenses majores et minores) et la composition du conseil des vingt-quatre devait offrir également Timage de cette dualité politique.

5« Pierre de Savoie, le Petit CliArlemagiie*

Quel que fut le progrès des confédérations, il n'était cependant pas encore arrivé à un degré de consistance qui permit aux villes et aux peuples libres de se passer entièrement de l'alliance ou du patronage de certains seigneurs puissants. C'est ainsi que les Bernois et leurs alliés du Hasii et de Morat, inquiétés par le comte Hartmann V de Kybourg, résidant à Berthoud, se virent réduits à implorer la protection du fameux Pierre de Savoie, comte de Romont, le sixième des huit fils du comte Thomas P*" de Savoie, qui remplissait, dès 1232, dans la terre romande, le rôle décisif que Rodolphe de Habsbourg, plus jeune de quinze ans, commençait à jouer depuis peu d'années dans la terre allemande*. Pierre accéda avec joie aux vœux des Bernois ; mais, aussi habile que brave, il se fit donner par le roi Guillaume de Hollande (7 mai 1255).. le titre de protecteur de la Bourgogne, qui légitimait son intervention, puis travailla à agrandir la ville de Berne et posa lui-même la première pierre d'un pont dont le comte de Kybourg, l'ennemi de cette ville, avait cherché à empêcher la construction. Berne, il est vrai, dut payer cher celte protection, en prêtant hommage au comte de Romont comme vassale. Mais après avoir servi fidèlement Pierre dans plusieurs de ses expéditions, les Bernois parvinrent à se délier, après la baUille de Chillon, d'un vasselage incompatible avec la dignité d'hommes investis de la liberté impériale. Moins puissante que Berne, la ville de Morat n'eut pas la même chance et demeura vassale de la Savoie jusqu'au temps de la guerre de Bourgogne.

L'avènement de Pierre à la dignité de comte souverain de Savoie, en 1263, vint accroître beaucoup son pouvoir. La plupart des villes et seigneurs de la région occidentale, Romont, Rue, Payerne, Aubonne,

^ Â. Heussler, Verfaasungsgeschichte von Bcisel^ 1860, 128.

' Pierre porta le titre de comte de Bomont depuis 1240 jusqu'au jour de son avènement au trône des comtes souverains de Savoie et Piémont en 1263. Pierre était né en 1203 à Suse et avait été clerc et prévôt des cathédrales d'Aoste, Genève et Lausanne. Il quitta les ordres à la mort de son père (1232). Yoir Cibrario, l'éminent historien delà maison de Savoie, et Wurstemberger, le judicieux biographe du comte Pierre.

132 LES TEMPS DE l/lNTERRÈGNE.

Estavayer, Moudon, Yverdon, Cossonay, Cerlier, Guminen, Fnitigeii dans le Sibenthal, Corbière, Arconciel et Illens aux portes de Fribourg, furent achetées, obtenues ou conquises sur leurs seigneurs ecclésiastiques ou civils. Plus heureux que le duc de Zœringen, Pierre contraignit Tévêque de Lausanne à lui céder plusieurs possessions et celui de Sion à lui rendre ses possessions dans le Vully. Le comte de Neuchâtel-Nidau lui prêta hommage pour plusieurs fiefs (1265). Le comte Rodolphe III de Gruyère, bienfaiteur d'Hauterive, ploya le genou devant Pierre a Romont et lui remit en alleu le château de ses pères que ce seigneur rendit ensuite en fief à un parent du comte. L'avouerie de la ville de Vevey avait élé également cédée par Rodolphe de Gruyère au comte Pierre qui l'agrandit vers le port. Le comte du Genevois lui-même, le comte des Vaudois et des Genevois, comme il s'intitulait, auquel le Petit Charl^vagne (c'est ainsi qu'on nommait Pierre) avait déjà enlevé le comté de Romont, dut reconnaître ce prince pour son souverain. Des châteaux forts construits à Évian, à la Tour près de Vevey (Tour de Peilz) et sur les murailles ruinées de Chillon, étaient destinés à assurer ses conquêtes.

De tous les peuples environnants, un seul presque restait debout, refusant de servir à quelque titre que ce fût. Deux fois Pierre porta la guerre dans le Vallais ; il prit d'assaut Sion et Martigny et remplit les souterrains de Chillon de prisonniers vallaisans (1266). Enfin la paix se fit et la rivière de la Morge servit de limite entre le Vallais épiscopal et le Vallais savoyard.

Un ennemi plus dangereux, Rodolphe de Habsbourg, assiégea un jour le château de Chillon avec 15,000 hommes allemands et romands. Le plan de Rodolphe était de dépouiller la Savoie de tout ce qu'elle possédait dans la terre romande du chef de Marguerite de Savoie, femme de l'avant-dernier comte de Kybourg, mort en 1264. Mais Pierre fondit à l'improviste sur l'armée habsbourgeoise et la mit en déroute (1266). Il alla ensuite mettre le siège devant Laupen et Fribourg, où il eût fini par arborer la croix blanche de Savoie comme dans tous les bourgs environnants, si la paix, signée au Lœwenberg sur le lac de Morat (8 septembre 1267), n'eût mis fin aux prétentions réciproques des deux grands 'antagonistes.

Dans toutes ses entreprises, Pierre s'aidait de l'or et des archers anglais qu'il avait pris à sa solde. Le roi d'Angleterre, Henri III Plantagenet, avait épousé sa nièce Eléonore et comblé Pierre d'honneurs et de seigneuries au grand mécontentement des barons et des bourgeois (jui se liguèrent pour arracher au roi « Texéculion de la grande charte

et l'expulsion des étrangers *. » Un autre protecteur de Pierre III était le frère du roi d'Angleterre, ce Richard de Cornouailles qu'une partie des électeurs avaient fait roi. des Allemands en 1257; c'est à ce prince, son neveu, que Pierre de Savoie dut la cession du fortin impérial de Guminen sur la Sarine, qui reliait Berne et Morat '. Peu s'en fallut, t comme dit M. Vulliemin, que le Petit Charlemagne, après avoir rejeté « son rival au delà du cours de TAar, ne renouvelât le royaume de f Bourgogne et ne donnât à sa maison une direction vers le nord qui « Teût fait entrer dans une voie bien différente de celle qu'elle a suivie \»

Mais Pierre, épuisé par une vie orageuse, ne songeait déjà plus qu'à se reposer en faisant à Ghillon de petites courses en bateau sur le lac, ou en écoutant les chants de son troubadour Ferrato. Peu de temps après il mourut (le 16 mai 1268) et reçut la sépulture à l'abbaye de Hautecombe, la nécropole des princes de la maison de Savoie *.

On peut reprendre dans le Petit Charlemagne une ambition excessive et qui n'était pas toujours scrupuleuse sur le choix des moyens. Mais la postérité lui tiendra compte de l'usage qu'il a fait du pouvoir en faveur de ses peuples. Législateur éclairé et bienfaisant, non moins que vaillant capitaine et habile politique, Pierre de Savoie est le premier prince qui ait donné des statuts généraux avec le consentement des nobles et des plébéiens. A lui revient le mérite d'avoir simplifié la procédure, substitué l'enquête à la torture et créé Vavocat gratuit des pauvres qui existait dans les Etats-Sardes. Sous son règne, le pays fut divisé en bailliages, chàtellenies-, mestralies, et Moudon devint le siège du bailli de Vaud. Des plaids annuels se tenaient dans chaque chàlellenie où le châtelain jugeait avec le concours d'hommes probes et versés dans les lois'. Une assemblée générale des .>eigneurs et des magistrats des villes doit avoir eu lieu à Morges en 1264.

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