Rodolphe de Habsbourg, landgraTe d'ArgovIe et
d'Alsaee. t
La mort de Pierre de Savoie ne changea pas grand 'chose à la situalion de la terre romande. La fermeté du comte Philippe, frère et suc-
* Thierry, Conquête d* Angleterre ^ II, 325.
* Kopp, Geschichte, Buch IV, 256. En 1256'
' Yaniemin, Histoire de la Confédération, I, 98.
* M. Cibrario le fait monrir à Chillon même (Storia di Sawia, 1852) ; MM. Forel et Tuniemin à Pierre-Châtel.
^ On a parlé même d'un petit parlemeoi vaudois pareil à ces communes dont le
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cesseur de ce prince^ maintint presque toutes les conquêtes» sauf Grasbourg et Laupen, qui passèrent à Rodolphe de Habsbourg. Si Ton en croit certaine tradition» ce dernier aurait cherché aussi, mais en vain, à s'emparer de Neuchâlel, dont la valeur de Philippe l'obHgea de lever le siège (1269) *. Rodolphe fut plus heureux contre Berne qui avait de nouveau recouru à la protection de la Savoie et attiré sur elle les armes du comte de Habsbourg. Ce seigneur envoya contre les Bernois son cousin Godefroi avec lequel il s'était réconcilié, et qui fit essuyer aux Bernois une déroute complète et leur tua 350 hommes (1271). Un trait qui a quelque analogie avec celui de Winkelried signala cette journée. Un chevalier se précipita par ordre de son général sur le bataillon carré des Bernois et y lit une trouée dont profilèrent ses compagnons pour pénétrer dans cette phalange et la disperser. Les Fribourgeois avaient combattu sous les drapeaux des Habsbourg. Ils se rapprochèrent cependant des Bernois et signèrent avec eux la paix dans l'église de Neueneck '.
Chaque jour voyait croître la puissance et la renommée de Rodolphe. Le peuple s'attachait de plus en plus à ce seigneur intrépide, habile et d'une alTàbilité extraordinaire avec tout le monde, sans distinction derang. On eût même dit qu'il préférait à la société des nobles celle des bourgeois et des artisans, tant il se plaisait à fréquenter leurs ateliers et leurs abbayes. Combien de plaisir on avait à l'y voir apparaître avec son visage à la fois riant el sérieux, son front élevé et chauve, sa haute taille et ce pourpoint bleu ^t nlpé qu'il ne dédaignait pas de raccommoder de ses mains. Celui-ci l'avait vu dans les camps se contenter des premiers légumes venus, comme un simple soldat. Celui-là rappelait les aventures de sa jeunesse un peu trop joyeuse et ces facétieux récits excitaient le rire et rendaient son nom de plus en plus populaire. C'était avec un respect mêlé d'orgueil que le bourgeois de Brem-
roi, son oncle, combattait l'étaMissenient en Angleterre. Voir le contraire dans V Histoire de Ja Con/étlération suisse de Jean de MuUer, traduite par Monnard, II, p. H3 et snÎTantes. < On a commis Terreur, dit aussi M. YuUiemin, de placer dès l'origine dans la con<:titution tout ce qu'elle devint depuis. >
* Guiohenon, Maison de Savoie ^ I, '293.
* Kopp, Geschichie^ Buch IV, 290. Jean de Winterthour, dont la chronique rapporte le trait du chevalier que Gottfried de Habsbourg envoya à la mort, ne mentionne ni le nom de ce héros, ni le lieu et le jour du combat, ce qui a fait penser aux érudits bernois Zeerleder et Wattenwyl-Diesbach que cet épisode pourrait bien appartenir au combat de la Schosshalde (1289), et se rapporter au comte Louis de Homberg dont la chronique de Matthieu de Neuchàtel sur le Rhin dit que, s'étant trop avancé, il tomba percé de lances. Geschichte der Siadt und Landschafi Bem, I, 112.
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garten montrait la demeure fortifiée que Rodolphe s'était choisie dans celte petite ville de TArgovie*.
Au clergé seul Rodolphe restait encore suspect en sa qualité de gibelin et de partisan opiniâtre de Frédéric II. Mais le comte de Habsbourg, voyant la cause gibeline perdue sans retour, changea de drapeau, se fit guelfe et rechercha toutes les occasions de montrer son respect pour le clergé et les choses religieuses. Ainsi il fit recevoir à Zurich l'ordre nouvellement fondé des moines augustins (1265) ; il baisait de même avec recueillement les reliques exposées à la vénération des fidèles de cette ^ille. Ainsi encore, se trouvant un jour à la chasse près de son château de Neu-Habsbourg, à trois quarts de lieue de Lucerne, il prêta son cheval à un pauvre prêtre qui, par un temps orageux, allait porter le viatique à un malade. Le prêtre ayant voulu lui renvoyer son cheval : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je monte sur un cheval qui a porté le corps de Xotre-Seigneur » (1266). Ce changement de conduite ravit le clergé, qui se montra dès lors aussi favorable au comt6 de Habsbourg qu'il lui avait été hostile précédemment.
De toute manière la fortune souriait à Rodolphe. Ce n'était plus ce petit seigneur réduit, comme un chef de bande, à mettre son épée au service de plus puissant que lui. Tant par héritage que par transaction, il était parvenu à réunir sur sa tète presque tous les domaines des Lenzbourg, des Kybourg, des Habsbourg et joignait le landgraviat de l'Alsace à celui del'Argovie, sans parler das commissions importantes qu'il tenait de la confiance des peuples. Ainsi les WaldstiBtten l'avaient accueiUi avec plaisir pour leur bailli impérial, pendant le temps de l'interrègne. Les Fribourgeois lavaient pris pour leur avoué (Schirmvogt), et comme capitaine des Zuricois il fit une rude guerre au baron de Regensberg et à l'abbé de Saint-Gall (1264). Les bourgeois de Saint-Gall lui remirent de même le commandement de de leurs troupes. A Bâle aussi il avait des partisans dévoués dans la société ou abbaye de VÉloUe d'argent, hostile à celle du Perroquet que dirigeaient les deux plus grandes familles, celles des Mônch et des Schal- 1er, dévouées à l'évêque Henri de Neuchâtel, le quatrième des fils du comte Ulric de Neuchâtel sur le lac de ce nom '.
^ Jean de Winterthour. Les autres résidences favorites de Rodolphe étaient le diàteau de Kybourg et celui de la Pierre (Stein) à Bade.
^ Kopp, Bnch III, 651. Heussler, 122. A l'abbaye du Perroquet appartenaient encore les Marschalk, les K&mmerer et les zu Rhein ; à celle de VÉUnû les £ptingen, Bamstein, etc. Les premiers ayaient leur salle à boire à la Mouche, dans le plus ancien quartier de la ville ; leurs adversaires à Pendroit appelé Seufeen dans la nouveUe viUe.
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Déjà en 1267 Rodolphe avait pris les armes en faveur de la société de VÈtoUe, expulsée de la ville par l'abbaye du Perroquet. Quatre ans après la guerre recommença de plus belle. Rodolphe, dont la haine pour la maison de Neuchitel étouffait tout autre sentiment, livra aux flammes le cloître de Moûtier-Grandval avec plusieurs villages et le faubourg de Saint-Jean à Bâle. Le but secret de ce prince était de contraindre les Bàlois à le recevoir pour bailli impérial, à l'instar des autres villes et peuples dont les milices avaient dû le suivre dans cette expédition. Mais l'évêque Henri avait su s'attacher beaucoup de gens par la protection accordée aux métiers et l'octroi d'une Handfeste qui consacrait les franchises et droits de la bourgeoisie concernant l'élection du conseil et du bourgmestre. Pour mettre le faubourg situé sur la rive droite du Rhin à l'abri d'un coup de main, il l'avait fait entourer de fossés et de murailles et l'avait élevé au rang de ville. De là le nom de Petit-Bàle sous lequel on le désigne depuis lors. Aussi, ni menaces ni séductions ne purent décider les Bâlois du parti épiscopal à se soumettre. La mort du bourgmestre de Marschalk^ tué dans' une sortie, et la mutilation des prisonniers auxquels Rodolphe fit couper le poing, ne purent abattre leur courage*.
Un événement inattendu vint mettre fin à ces cruautés. Les princesélecteurs réunis à Francfort sur le Mein pour nommer un roi, s'accordèrent à mettre Rodolphe sur le trône (29 septembre 1273). L'archevêque de Cologne avait le plus contribué à cette élection ". Il écrivit en termes flatteurs pour le comte de Habsbourg au pape Grégoire X qui confirma l'élection avec plaisir, lorsqu'il eut appris que Rodolphe renonçait aux prétentions de ses prédécesseurs sur les États de l'Église. Cet engagement, Rodolphe dut le réitérer solennellement deux années après, dans une entrevue qu'il eut avec Grégoire, à Lausanne, à l'occasion delà dédicace de la cathédrale de cette ville (1275) '.
Au bruit de l'avènement de leur ennemi au trône, les Bâlois parurent d'abord stupéfaits et indignés. Mais ils se remirent promptement et ouvrirent les portes de leur ville au nouvel empereur avec toutes sortes
^ Kopp, GescMchte, Buch ni, 650. Keussler, Verfassungsgeschichte der Stadi Basél^ 134. Ochs, Geschichte von Baseî, I, 398. Fechter, Die poUHsche Emctncipaiion der Mandioerker Basds, Archiv fiir Schweizergeschichte, Band XI. 1856.
* On raconte que le pauvre prêtre de Meggen, auquel Rodolphe avait prêté son cheval, influença en sa faveur l'archevêque de Cologne dont il était devenu le chapelain. Tschudi.
' Voir sur ce sujet la dissertation du chanoine Fontaine, U Père de V Histoire fribourgeoise^ dont la belle coUection de 70 volumes a servi de base et de canevas à VHietoire de Fribourg de Berchtold et au Recueil diplomatique de Werro.
de marques de respect. Rodolphe y entra avec toutes ses troupes, et la maison où il descendit au Seidenhof, fut décorée par la suite d'une statue de ce prince.
L'élection de Rodolphe répandit une joie générale dans la Haute- Allemagne. La plupart des villes envoyèrent des dépulations féliciter le nouveau monarque. Quand il partit de Rheinfelden, en octobre, pour aller recevoir, selon Tusage, la couronne de Chai-lemagne à Aix-la-Chapelle, des hommes d'armes de Bâle, de Zurich, Soleure, Fribourg et Lausanne accoururent grossir son cortège. Partout on allait au-devant de lui et on lui offrait le vin d'honneur. Les seigneurs de Neuchâtel seuls ne partageaient pas l'enthousiasme public. Le comte Amédée refusa de s'incliner devant le coupeur de poings et se rapprocha de la Savoie, dont Imfluence grandit dès lors de plus en plus dans la terre romande ou RoMANiE (Romania), comme l'appelle un document de 1277. La Sarine (aqua Senonia) formait alors la limite entre les Romands et les Allemands*.
* Dans le partage des doax frères GuiUaume et Hartmann, sires de Montagny, l'un d'eux reçoit le château de Belp avec juridiction, domaine et gens, ab aquà Smmia versus AUemanniam, et l'autre le castrum ou château de Montagny, ah aqiM Senonia versits romanam ierram. Acte du 28 novembre 1277. Hidber, Urkundenregisier.