ORIGINE DES LIGUES GRISONNES
l'embrasser sous les yeux de son père, celui-ci tira son épée et la plongea dans le sein du tyran. Le même jour, les paysans assemblés livrèrent aux flammes le château de Gardovall.
Un autre nom célèbre dans les traditions grisonnes est celui de Jean Gaïdar ou Chialdaerar, de Fardun. Voyant un jour son champ foulé par les chevaux que le sire du village avait fait lâcher dans les blés de ses serfs, il assomma ces animaux, de son poignet vigoureux. Mis aux fers et torturé pour cette action audacieuse, il dut attendre que les siens Toussent rachetée h force d'argent et de larmes.
Rendu à sa famille, il était un jour à table avec les siens, lorsque le seigneur de Fardun entra dans sa cabane. Tous le saluèrent respectueusement ; mais le tyran lança sur eux des regards de mépris, et cracha dans la bouillie qu'ils mangeaient. La colère de Chialdaerar s'alluma comme la foudre : il le saisit à la gorge, le serrant de ses deux mains, conime l'aigle des Alpes serre sa proie : « Mange la bouillie que tu as assaisonnée ! » Il dit, enfonça la tête du misérable dans la nourriture brûlante et l'étrangla. Puis il courut hors de sa cabane. Des cris d'alarme retentirent. Le château de Fardun s'écroula dans le sang et les flammes.
Le désir de mettre fin aux maux dont souffrait la Rhétie, donna lieu aux mémorables réunions de Trons, entre Ilanz et Dissentis. Ces réunions étaient formées des députés de 21 communes allemandes et romanches, auxquels se joignirent les sires de Werdenberg, Sax, Raezuns et le noble abbé de Dissentis, Pierre de Pontaninga, que plusieurs auteurs grisons désignent comme le promoteur de l'alliance. Ce prélat était a.llié d'Uri depuis Tan 1407. Le 16 mars 1424, ces seigneurs de concert avec les députés des Cotnmunes de la Haute-Rhétie, beaux vieillards à barbes blanches, vêtus de sarraux gris, s'assemblèrent en plein air, sous l'érable deTrons, et jurèrent une alliance qui devait durer « aussi longtemps que le sol lui-même et les cimes escarpées (so lang Grund und Grath steht^).^ Ainsi se forma la Haute Ugue (Obère Bund) ou Ligue Grise (Graue Bund). Le nom de Grisons s'étendit à toutes les peuplades d'alentour, même à une partie de celles qui vivaient sur les domaines du riche comte Frédéric VII de Toggenbourg, dont la domination s'étendait au loin dans le Vorarlberg et le Tyrol.
Peu de temps après, celui-ci mourut sans enfants, et, comme Ton craignait avec raison que sa succession ne fît naître des difficultés sérieuses, on tint une assemblée des députés des juridictions qui, dans les montagnes de la Rhétie, dépendaient de la maison de Toggenbourg. Il en vint de Davos, de Klosters, de Kastels, de Schiers, de Seewis, (le Malans, de Mayenfeld, de Belfort, de Churwalden, de Schanfik. Ulric Bély, de Davos, fils de landamman, et landamman lui-même, présidait
*S€gesser, eidgenôssische Ahschiede^ de 1421 à 1477, 31. Voir le texte dans Tschoudi, 4, 153. Moor, Historisch-Chronolog, Wegioeiser durch die GescMchie Currdtiens, Chur, 1873, 27,