‹ Histoire de la confédération suisse (volume 2)Chapitre 36 sur 72 · AMÉDÉE VIU DE SAVOIE · texte numérisé non relu

AMÉDÉE VIU DE SAVOIE

S. Amédée TIII, due de SaTole et baron de Tand. — Frlbonrg» émancipé de l'Antrlehe et de la SaTOle» deTlent l'allié des Sniraes. — (1400 à 1460.)

Pendant la guerre de Zurich et toute la première moitié du XV™« siècle, les populations romandes des bords du Léman étaient soumises à la «domination ou à TinQuence d'Âmédée VIII, le plus célèbre des anciens princes de Savoie après le Petit-Charlemagne. Sa prudence et son habileté le firent surnommer le « Salomon de son siècle. » Duc de Sa- Toie (1391-1434), ensuite ermite, pour la forme, à Ripaille, il avait •été nommé pape au concile de Bâie sous le nom de Félix Y, et reçut, ^ Morat, iËneas Sylvius et les autres ambassadeurs du concile qui lui annoncèrent son exaltation (1439). Mais, dix ans plus tard, lassé de sa lutte contre le pape Eugène IV, pour lequel le roi Frédéric III avait pris fait et cause, il avait abdiqué à Lausanne et échangé la tiare contre le -chapeau de cardinal et la mitre des évéques de Genève qu'il réussit à transmettre à son petit-tils, âgé de huit ans seulement, et à plusieurs princes de sa famille. L'acquisition du comté de Genevois, en augmentant sa puissance, accrut ses prétentions. Il chercha d'abord à soumettre entièrement à sa maison la cité d'Arve et Rhône, située au cœur de ses États, puis toutes les principales villes de la terre romande, entre autres Lausanne et Sion, déjà si souvent occupées par les Savoyards. A Genève, comme nous Tavons vu plus haut, une concession épiscopale était venue sanctionner l'élection par le duc de Savoie du vidamne ou juge épiscopal et du châtelain de Gaillard, chargé de présider à l'exécution des criminels prononcée par les syndics ou premiers magistrats de la ville. Mais Amédée VIII ayant entrepris d'étendre ses droits légaux, ses tentatives échouèrent devant la résistance des chefs de famille ou maitres d'hôtel, qui, assemblés au son de la cloche, au nombre de 727, par les quatre syndics ou premiers magistrats de la ville déclarèrent solennellement « repousser à jamais toute domination étrangère. »

Le gouvernement de Genève conserva donc sa forme mixte, c'est-à-dire ^ la fois monarchique par l'évêque, aristocratique par les chanoines, le <X)nseil et les syndics, et démocratique par le conseil général des chefs de famille qui se réunissaient deux fois l'année au son de la grande cloche -de Saint-Pierre. Les libertés de Genève furent confirmées par l'empe-

H&mmerli, publié par M. Jean-Henri Yôgeli (1873), et un article de M. Th. de Liebenau dans VIndicateur d'histoire suisse, 1876, 189. Le nom du savant et infortuné chanoine s'écrit indifféremment Hemmerlein, Hœmmerleiu ou Hammerli ; au moyen âge; on n'y regardait pas de si près.

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reur Sigismond, qui prit « VÉglise et hcité sous la protection de Vaigle impériale ».

Mais ce qui valait mieux que la protection des empereurs, c'étaient le généreux courage et Tesprit public qui animaient les citoyens de Genève. Au premier rang on voyait déjà briller les noms de ces treize mémorables familles dont les descendants immédiats devaient procurer à leur patrie, an prix de leurs biens et de leur sang, l'affranchissement complet du joug étranger ' .

Dans le pays de Vaud, Amédée VIII eut plus de succès qu'à Genève. Il s'empara des trente seigneuries du dernier sire de Cossonay et de toutes les propriétés d'Othon de Grandson, le plus puissant des chevaliers vaudois.

Othon avait guerroyé en France, en Angleterre, en Italie; il était beau, spirituel, connu à la fois dans les cours de l'Europe comme gracieux troubadour et vaillant capitaine. Mais une passion coupable qu'il avait nourrie dans sa jeunesse pour la femme de Géi'ard, baron d'Estavayer, causa sa ruine et celle de toute sa famille. La mort subite du précédent comte de Savoie, Amédée VII, avait donné lieu à des bruiu d'empoisonnement. Gérard accusa de ce crime Othon de Grandson, son

rival. En vain, le malheureux chevalier chercha-t-il à se laver de cet

horrible soupçon; il fut obligé de se soumettre hyi jugement de Dieu, et de se battre en duel avec son accusateur à Bourg-en -Bresse, où s'étaient rendus Amédée VIII et un grand nombre de nobles vaudois, savoyards,, bourguignons, partisans d'Othon ou de Gérard d'Estavayer. Othon, qui était malade le jour du combat, fut vaincu et tué par son implacable adversaire (3 août 1397). Toutes ses seigneuries furent confisquées par le duc de Savoie. Il garda pour lui le Vully et Cudrefin, et inféoda Grandson à Louis de ChAlons, prince d'Orange, qui possédait déjà Orbe et Cerlier, et qui, de suzerain du comté de Neuchâtel, visait à devenir le souverain de ce pays.

De Lausanne, une de ses résidences favorites, et qui lui dut la fondation du couvent de Saint-François, comme Vevey celui de Sainte-Claire, Amédée VIII jetait aussi des regards de convoitise sur Fribourg, ville dépendante des ducs d'Autriche, mais entièrement isolée au milieu d'un réseau de châteaux et de villes dévouées à Berne ou à la Savoie. A Fribourg le commun peuple, les bourgeois, et les paysans allemands surtout, gardaient un dévouement aveugle à l'Autriche, pendant que la

* Ces treize noms historiques sont ceux de LuHin, Hugues, de la Rive, Pécolat, Tacon, Bcrthelier, Lévrier, Jean-Philippe, Roset, d'Orsières, Carra de Baud, Bandièros, Vandel. M. Pictet de Sergy, Histoire de Genève.

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