MATTHIEU SGHINNER, CARDINAL DE SION
ait couvert un front suisse*. Léon X montra d'abord à Scbinner la même faveur. Pour lui complaire, il affranchit à perpétuité Tévècbé de Sion de la tutelle métropolitaine de Tarcbevéque de Moûtiers en Tarentaise*.
Il faut le dire à la louange de ce dernier, qu'au milieu de ses préoccupations ambitieuses, entouré' des nations diverses et rivales qui formaient l'armée de la sainte-ligue, il ne perd jamais de vue Tbonneur national ; dans les camps et les cérémonies publiques, il veut que ses compatriotes aient le pas sur tous lés autres peuples. Ce sentiment national qui animait le cardinal de Sion a été reconnu par un écrivain bernois, d'ailleurs très peu favorable à la politique et à la personnalité du prélat, qu'il place tout uniment en enfer, le rigide et loyal chroniqueur Ansbelm.
Par ses faits et gestes comttie préfet et comte du Vallais, Scbinner mérite certainement le jugement sévère qu'a porté sur lui Ansbelm. Plusieurs milliers de personnes moururent sans confession et sans sépulture à la suite de l'excommunication lancée à Rome à l'instigation du cardinal de Sion. George Supersax, cité à comparaître dans la ville éternelle, y subit une détention d'une année dans les cachots du chilteau St-Ange, et ceux de ses adhérents qui y avaient été cités avec lui, parmi lesquels plusieurs vieillards octogénaires, y moururent de misère ou sous la hache du bourreau. Pendant ce temps les frères du cardinal, Pierre, Gaspard et Jean, opprimaient leurs concitoyens du haut des forteresses où ils s'étaient retranchés. Pour racheter tant de choses odieuses, il ne sera pas trop ' de quelques œuvres d'utilité publique, de bienfaisance privée et de coùstructions monumentales, comme l'agrandissement des bains de Louëche, l'embellissement du palais de la Majorie orné de peintures et de statues, et les libéralités accordées aux artistes, aux hommes de lettres et aux réformateurs eux-mêmes pour lesquels Scbinner montrait, comme Érasme, uue prédilection marquée au commencement de leur entreprise * .
* Le carilinal Duperron, né à Orbe, n'est Suisse que de naissance. Il en est à peu près de même du cardinal Jean d'Ëstavayer (1349), dont on voit le portrait dans la maison MoUondin à Soleure. On ne peut appeler Suisses les cardinaux de Genève.
' Furrer, Urkundf^n, III, 308. Scbinner avait fait valoir habilement la différence de langue, l'éloignement et la nécessité de passer par les terres du duc de Savoie, partisan de la France.
' Furrer, Histoire du VaîîaiSy I, 256. — Hidber, Maltheua Schinner und Giorg aufder Fiûe, 1859.
* Lettre deCervinus à Zwingli, 23 janvier 1521. Zwimjlii Epist., VII, 168. « Je « ne connais pas personnellement le cardinal, ne l'ayant jamais vu, dit ce correspon-
41U INVASION EN PRANCB.
f Le cardinal l'aime, écrivait Hédion k Zwingli, parce que tu es un t homme évangélique et que lu oses dire de dures vérités aux gens < timorés '. > Un ami de Luther, le réformateur Capiton, informait ce dernier que Schinner était tout disposé à lui ménager un asile*. Aussi certains prêtres violents ne se gènaient-ils pas pour le trailer, ea compagnied'Ërasme, de coquinet de scélérat. Mais à l'exemple d'Érasme, dont il partageait les tendances de réforme modérée, Schinner n'hésita pas à se détacher du mouvement quand il le vit tourner à la séparation complète et aux tourmentes populaires.
s. SAMlèTement popalalre. — IdtmsIoh en Frane«. — Bataille
de Harlsamn et paix perpétNelle avee 1» Franee.
(IBIS fe ISIS.)
Le sang de 1,500 Confédérés fumait encore dans les champs de Novare, que déjà le parti français recommençait à s'agiter en Suisse. Parmi les partisans de Louis XII figurait lebanneret bernois Hetzel. Son lils, Jean*Rodolphe, sans écouter ni les ordres de la diète, ni les supplications de son père, lève un corps de plusieurs cents hommes et les conduit au roi. Le départ de ce condottiere (Reislaufer) fut le signal d'un soulèvement populaire très dangereuii et qui éclata dans plusieurs cantons à la fois. On en voulait surtout aux distributeurs de l'argent de France, que dans son vert langage le peuple appelait des mangeur» iécus (Kronen-Fresser). Deux gouvernements, ceux de Zurich el de Soleure, en furent quittes pour la destitution de quelques-uns de leurs membres. Mais à Berne et k Lucerne, le sang de plusieurs conseillers coula sur l'échafaud. A Lucerne, l'avoyer Pétermann Fehr. l'homme le plus influent de son canton, avec Jacob Bramberg, expia dans de cruelles tortures le tort d'appartenir au parti français, et perdit ses honneiii'S qu'il recouvra néanmoins peu de temps après, en dépit de sa vénalité et au grand scandale de la diète de Zurich. Le banneret Hetzel, qui avait échappé aux mains des campagnards bernois, fut arrêté à Ollei) par ceux de Soleure, et mis k mort, après avoir subi les traitements le^ plus horribles. Deux aulnes mangeurs d'écus, les capitaines Michel G/a-
dut de Zwingli. Mais Je tii>Ti-< Je Jean Heer, qui a été son chantre, qne c'est qq
*■ très modesii.', iréa lialiîle, libéral jusqu'à la magnificence, probe et piem,»
;, venant J'tui linmiiie comme Jean Heer, est bon à recueillir en pr^ >4« la lettre k Stampa, avec laqnelle il offre une contradiction difflcile i e^.
A Zwingli. Lfitre du 21 ooTembro 1619. Ztcinglii EpiUol^^
Tilch, £u(/wi HVrA-p, XV, 83.