INVASION EN FRANCE
ser et Antoine Wyder du Gessenay, eurent également la tête tranchée. La médiation des Confédérés empêcha la révolte de s'étendre (juin-juillet). Mais les masses irritées ne rentrèrent dans le devoir que lorsque les gouvernants eurent pris l'engagement de renoncer aux pensions particulières, de partager avec les communes l'argent des alliances et de maintenir les anciennes franchises.
L'esprit moqueur qui respire dans les chroniques populaires, et trouve à rire dans les plus graves événements, a baptisé cette émeute sanglante du nom de guerre des oignons (Zwiebeln-Krieg), parce que les campagnards ameutés autour de Lucerne, au nombre de 7000, s'amusèrent à dévaster les jardins et à manger les oignons des bourgeois de la capitale'.
Mais la haine contre la France n'était pas assouvie. Un plan d'invasion de ce royaume par l'empereur, l'Angleterre, T Aragon et les Suisses réunis fut accueilli avec transport à la diète de Zurich (l«»'août)*. Et pendant que les Anglais débarquaient k Calais et que les Aragonais envahissaient la Navarre, 16,000 Suisses joints à 14,000 impériaux marchèrent sur Dijon, les Suisses portant sur leurs habits des croix blanches avec des clefs de la même couleur pour les distinguer des Français qui portaient également des croix blanches. Le Vallais et Rothwyl, Talhée lointaine des Suisses, qui était restée neutre dans la guerre de Souabe, avaient fourni leurs contingents k cette expédition. Mais arrivés devant Dijon, Jacques de Waltenwyl, avoyer de Berne, Schwarzmourer de Zoug et d'autres chefs suisses se laissèrent corrompre par La Trémoille, qui commandait pour le roi. Ils se retirèrent sur la promesse de 400,000 écus et de l'abandon aux Confédérés des châteaux-forts de Milan, Crémone, Asti, que leur fit c^ général et en garantie de laquelle il livra quatre otagas (13 septembre). Le négociateur de la paix de Dijon, La Trémoille, abusait de la bonne foi des Suisses. De ces quatre otages, un seul avait quelque fortune et paya 40,000 écus pour sa rançon, au lieu des 400,000 qu'on attendait.
La mystification de Dijon irrita tellement l'armée et le peuple qu'on ne put les apaiser qu'en mettant sous les verrous quelques partisans de la France. Les ambassadeurs de Louis XII furent également jetés en prison. Les citoyens bernois se virent insultés dans les cantons où ils
* Dans l'histoire de Zurich, nne sédition du même genre, qui éclata après Marignan (ilécembre 1515), porte le nom de gwrre des gâteaux ou des rayons de mtel, parce que les paysans des rives du lac prirent de préférence ces deux comestibles, dans PéUlage des marchands, sans se piquer de les payer avec exactitude. Bluntschli, Gesçh¥^iie der BepubUk Zurich, II 229.
' Segesser, eidg, Abschiede de 1500 à 1520, 730.
412 ALLUNCE ANGLAISE.
voyageaient pour leurs affaires. Les Fribourgeois accusés d'avoir soustrait le butin de Novare furent sommés de le restituer par les Confédérés réunis à Zurich (13 décembre 1513). La diète eut grand'peine à empêcher une seconde invasion. Mais comme les auteurs de la trahison de Novare, ceux de la mystification de Dijon restèrent impunis. Le roi de la Grande-Bretagne et son fameux ministre Wolsey n'avaient cependant pas abandonné leur plan d'invasion contre la France. Infatigable dans sa haine pour cette dernière, le cardinal Schinner était occupé à conclure une nouvelle alliance des Confédérés avec Léon X contre Louis XII; il prit également k la diète de Zurich (4 avril 1514) l'initiative de l'alliance anglaise et proposa l'envoi d'une ambassade suisse à Londres. La proposition fut acceptée et deux magistrats suisses^ le conseiller Stolz de Bile et Hurns de Zurich, se rendirent à Londres. Ils y reçurent du roi Henri VIII, dans son palais de Hartwick, le meilleur accueil (10 mai) et revinrent à Zurich avec un projet d'alliance aux conditions pécuniaires les plus avantageuses pour les Suisses. Henri YIII assurait une pension annuelle à chaque canton et 40^000 écus par mois tant que durerait la campagne. Une ambassade anglaise parut à la diète de Zurich (20 juin) et de nouveau à celle de Berne (31 juillet) \ Au nombre des envoyés d'Henri YIII aux Confédérés, figurait un des hommes les plus illustres de l'Angleterre, le chevalier et archidiacre Richard Pace dont Shakespeare a. immortalisé la vertu et la science dans son drame d'Henri VIII V
De l'envoi d'une ambassade suisse à Londres et de l'arrivée de sir Richard Pace dans notre pays datent assurément les premières traces de relations diplomatiques entre la Suisse et la Grandes-Bretagne. Mais déjà de nombreux rapports religieux, scientifiques et militaires avaient eu lieu entre ces deux peuples, si éloignés l'un de l'autre, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne'.
^ Les relations d'Henri VIII avec les Suisses (1515-1517) ont fait Tobjet d'an excellent travail de M. Guillaume Gisi dans les Archives de la Société d'histoire suisse XV {Die Beziehungen der Sckweis und England), Il a utilisé pour ce mémoire les papiers d'État anglais publiés par Brewers {Leiters and Papera oj the reign af Eènri VIII, London, 1862-1864). Voir aussi pour les relations de la Suisse avec l'Angleterre MM. Bachofen et Stehlin de B&Ie {Archives de la Société d^hisioire suisse, XII).
' Acte II, scène II, où le cardinal Campeggio dit à son collègue Wolsey, le premier ministre d'Henri VIII, que l'opinion publique l'accuse d'avoir éloigné Pace de Londres parce qu'il était jaloux de sa science et de sa vertu (learned and virtaous man).
' Nous ne rappelons que les nombreux moines bretons (sootes et anglo-saxons) de St-Gall, d'ËinsiedeIn ; les archers anglais de Pierre de Savoie et les séjours da Petit-Charlemagne à Londres, où l'avaient suiri plusieurs familles vaudoîses ; les