INVASION EN FRANGE
 la diète de Berne Tor anglais et l'éloquence de Schinner finirent par triompher de l'opposition des partisans de la France et de celle de certains cantons. Mais il était trop tard. Fatigué des lenteurs de la diète, Henri VIII venait de conclure un traité avec Louis XIl en y comprenant, il est vrai, ses amis et alliés des XIII Cantons (2 août 1514) \ Deux mois après, l'alliance anglo-française était cimentée par un mariage entre Marie, sœur du roi Henri YIII, et le roi Louis XII, célébré le 9 octobre de la même année. Schinner se rendit en vain à Londres pour empêcher ce mariage et n'obtint pas non plus l'archevêché vacant de York, qu'il envisageait comme la juste récompense de ses efforts en faveur de l'alliance anglo-suisse. Henri YIII en gratifia son premier ministre, Wolsey, de préférence à l'étranger qu'il croyait suffisamment rémunéré par la pension annuelle qu'il lui faisait *.
Schinner fut plus heureux dans les efforts qu'il faisait de conc>ert avec le nonce Ennius, évêque de Yéroli, pour obtenir le renouvelle- Gallois d'Engaerrand de Coucy ; \eB Anglais de Charles le Téméraire. Dans les siècles suivants, les rapports se multiplient. Viennent les réfugiés potar cause de reUgion, nombreux à Zurich et à Genève, où ils forment une église. Les réfugiés politiques auront leur tour au XyU°>« siècle, où Cromwell aussi, le grand protecteur, entretient de fréquentes relations avec les prolestants de Suisse, et communique avec eux par son envoyé Peel et son secrétaire Milton, le grand poète. Après le régicide Ludlow, les envoyés Coxe, Herwart, Stanyan, le prétendant Edouard Stuart et les fondateurs des loges mciçonniques de Genève et Lausanne (1787-39) ; Gibbon leur succède à la fin du XVII1™« siècle. Les sectaires religieux (méthodistes et darbystes) marquent ^influence anglaise au XIK""*'. Genève, avec ses James, ses John^ ses William, ses traductions de Walter Scott, de Bentham, de la philosophie d'Edimbourg, a été de nos jours une ville presque anglaise. La Suisse, à son tour, a influé sur la ( irande-Bretagne, à laquelle elle a prêté Holbein, Fûssli (le grand peintre) et Planta, de l'Aca iémie royale, auteur d'une histoire de la Suisse en anglais, History of Helvciic Conftderacy, London, 1807.
' Segesser, eidg, Abschiede de 1500 à 1520, 1364.
* Brewer, Letters and Joreign Papers oj the reign of Henri VIII, London, 1862, 5266. M. Gisi ne veut pas que Schinner se soit rendu à Londres en juillet 1514 ; il a raison pour la date. Mais la preuve qu'il s'y est rendu plus tard nous est fournie par une lettre du secrétaire italien d'Henri YIII, André Ammonius, à Érasme, en date du l'^* novembre, où on lit : « Advenii hic Cardinalis sedunensis ille heUetus « quem smn aUocutus et videiur mihi homo ingeniosus, impiger y acer,facundus, sire- < nuus et admodum iJieologus. > Les historiens vallaisans parlent d'une harangue que Schinner aurait faite au Parlement de Londres et s'étayent d'un écrit de l'Anglais Toland, publié à Amsterdam, en 1709, sous le titre de : Oratio phUippica adexcUandos contra Galliam britannos maxime vero ne de pace cum vietis prématuré agatur sanciiori concilia exhibita, anno a christo nato 1514, authore Maihœo CarcUnali sedur nensi qui gallorum ungues non solitm reseeandos sed penitiu evellendos esse volnt. Mais Toland lui-même avoue qu'il n'a trouvé nulle part que cette harangue ait été prononcée devant le Parlement auquel elle était destinée, et cet auteur ne parait même pas très sûr de la provenance de la pièce qu'il a attribuée à Schinner sur les indications conjecturales de sir Robert Gotton, le plus illustre bibliophile de la Grande-Bretagne et le fondateur de la bibliothèque qui porte son nom.
ment de l'alliance papale. Elle fut signée à Zurich le 9 décembre 4514*.
La mort de Louis XII au commencement de Tannée suivante et les prétentions hautement avouées de ce prince sur le duché de Milan ravivèrent toutes les haines contre la France et provoquèrent une nouvelle coalition pour la défense de la Lombardie, formée du pape, de l'empereur, du roi d'Espagne, du duc Sforza et des Suisses, et signée successivement à Berne, Lucerne et Inspruck (février, juillet, septembre 1515)^ Suivi de 30,000 hommes, Schinner, casque en tète et lance au poing, alla prendre position avec cette armée au pied des Alpes, que devait traverser François !•' pour se rendre en Lombardie. Mais tandis que le cardinal de Sion, le bourgmestre Marc Roisl de Zurich, Wattenwyl de Berne et la plupart des chefs des Waldstaelten se préparaient à combattre, Albert de Stein, Louis de Diesbach, Louis d'Erlach, Gaspard Gœldli de Zurich, et Hug de Lucerne, s'y refusèrent absolument. Schinner et Zwingli, alors grand ami du cardinal, et qui suivait l'armée en qualité d'aumônier des troupes glaronnaises, exhortèrent inutilement les Suisses au combat. Ils eurent la douleur de voir François!®'' pénétrer en Piémont sans coup férir et les généraux suisses traiter avec lui à Calera par la médiation du duc de Savoie (8 septembre). Par ce traité le roi de France recouvrait le Milanais moyennant le payement d'une pension de 42,000 francs au duc Maximilien etd'un million de cx)uronnes aux Confédérés, outre la pension annuelle de 40,000 ducats.
La paix conclue, déjà 16,000 Suisses, Bernois, Fribourgeois, Soleurois et Vallaisans, quittaient Monza en deçà de Milan pour rentrer dans leurs foyers, lorsque, par les ordres secrets du cardinal, Arnold Winkelried, capitaine d'Underwald et Tun des descendants du héros de Sempach, court avec quelques compagnies attaquer l'armée française. Aussitôt l'alarme est donnée, et les guerriers qui parlaient, ne voulant pas abandonner leurs frères, obligent leurs chefs à les ramener au quartier général. Ce hardi stratagème du cardinal fit rompre la honteuse paix de Calera et donna lieu à la fameuse bataille de Marignan, bataille de deux jours, Uvrée le 1 3 et le i 4 septembre 1515.
Le 13, au soir, les quatre canons du capitaine Ponteli, de Fribourg, donnèrent le signal de la bataille. C'était, avec quatre autres pièces,
^ Voir le texte allemand dans Segesser, àdg, Abschiede de 1500 à 1520, appendice, 1365.
' Le roi d'Angleterre, retenu par le traité qu'il Tenait de signer avec la France, resta en dehors de la coalition.
BATAILLE ^DE KARIGNAN. 415
toute l'artillerie des Suisses. Ceux-ci s'avancent en trois corps, présentant une forêt de piques de 18 pieds. Trente fois, le pesant corps de la gendarmerie française s'élance contre cette masse irrésistible, et trente fois il se brise. Gascons, Basques, lansquenets allemands à la solde de la France, tout est renversé par les Confédérés. Les plus vaillants gentilshommes tombent percés de lances, Bayard, le chevalier sans peur, est jeté bas de son coursier et s'enfuit sans casque ni cuirasse. François ^^ dont les coups de lance ont faussé l'armure, combat en roi, et se portant aux endroits les plus périlleux, ranime le courage de ses troupes. Mais il ne peut empêcher qu'un corps de volontaires suisses n'enlève une des batteries françaises et ne la tourne à l'instant contre ses troupes. Ce corps était celui des Enfants perdus, troupe d'élite recrutée parmi les plus vaillants gars des divers cantons : ils recevaient double solde et portaient pour se distinguer une plume blanche à leurs chapeaux, c En
< ce moment les Suisses, dit l'historien français Michelet, s'étaient renc dus maîtres d'une partie du camp de François l^'\ » Mais une nuit profonde vint, à propos pour l'armée française, séparer les combattants et couvrir le champ de bataille, éclairé un instant auparavant par une lune resplendissante et les sinistres lueurs de cent bouches à feu. Les deux armées demeurèrent en présence. Chacun coucha à la place qu'il avait occupée pendant la bataille; François P' dormit sur un affût. Réunis autour d'un grand feu, les chefs suisses tinrent conseil ; Schinner, estimant qu'on en avait assez fait pour l'honneur, ouvrit l'avis très sage de se replier sur Milan, V hôtellerie et le grand cabaret des Suisses, au siècle de Léon X^. D'autres chefs (Erlach et Albert de Stein sans doute) s'y opposèrent. On discutait encore lorsque quelques coups de canon tirés par les Français dispersèrent le conseil.
A la pointe du jour les cornets d'Uri et d'Underwald annoncèrent le second acte du drame sanglant. L'amman de Zoug, qui avait fait ses premières armes à câté de son grand-père à Grandson et cx)mmandé à Dorneck, l'amman Werner Steiner range les hommes de l'avant-garde en bataille, et prenant trois mottes de terre, les brise sur leurs tètes en disant : < Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, nous trou- « verons ici notre cimetière aujourd'hui. Mais, Confédérés, soyez hom-
< mes, et loin que cette pensée trouble votre courage, n'ayez devant « les yeux que l'honneur et le devoir. » Bientôt les deux armées se trouvent de nouveau en présence ; à leur tête marchent François I^'^' et Schinner: François ^^ couvert d'un manteau d'azur parsemé de lys
' Michelet, Histoire de France, VII, 287.
' Ibid., 180.
d'or ; Schinner, la pique au poing et un manteau pourpre sur l'épaule.
Comme la veille, les Suisses commencèrent le combat avec un cliquetis d armes et des cris formidables. Animés par la présence et rexemple de leur roi, les chevaliers français soutinrent vaillamment le choc. La mêlée devint terrible. Des deux côtés tombèrent une foule de grands personnages et d'hommes intrépides, le comte de Guise, le prince de Talmont, fils de La Trémoille, Bueil de Sancerre, l'amman Kaelzi, de Schwyz, un Tschoudi, de Claris , Tamman Pûntiner et les deux Imhof, d'Uri. Ayant plusieurs flèches dans la poitrine, Kaetzi ne cessa de combattre et d'animer son peuple qu'après avoir perdu tout son sang par ses blessures'. Le Léonidas deMarignan, Weruer Steiner, vit mourir ses deux fils et survécut à cette terrible journée. Le bourgmestre zuricois Roist était au nombre des blessés.
Enfin, malgré leurs pertes, c les Suisses luttaient encore comme des lions, » et la victoire était vivement disputée, lorsque tout à coup, sur les derrières de l'armée fédérale, retentit le cri de guerre de l'armée vénitienne: Afarco/ ilfarco/ Saint-Marc! Saint-Marc! Se voyant pris entre deux feux, les chefs suisses donnèrent le signal de la retraite. Elle s'exécuta en bon ordre. Les Confédérés formèrent un grand carré au milieu duquel ils placèrent leurs blessés, les bannières conquises, Tartillerie, puis ils se mirent en marche d'un pas lent et en fière contenance. Plusieurs blessés cependant furent abandonnés sur le champ de bataille ou se perdirent dans la marche à travers un terrain marécageux et coupé de ruisseaux et de fossés. On vit se renouveler alors les traits d'héroïsme qui ont immortalisé la journée de St-Jacques : Baer, de Bàle, qui avait eu les jambes emportées par un boulet, tenter des efforts inouïs pour sauver son drapeau ; Gerber, d'Appenzell, cacher le sien dans sa poitrine où on le trouva en dépouillant son corps. Moins 'heureux ou plus faible que les précédents, celui qui portait le taureau d*Uri, cornet d'argent massif dont les merveilleux sons avaient si fort épouvanté Charles le Hardi à Grandson, le perdit sur le champ de bataille. Cet instrument célèbre, auquel s'attachait un respect superstitieux qui en faisait comme le talisman de la vieille Suisse, devint la proie d'un soldat de Lindau qui le revendit pour quelques pièces de monnaie.
Les guerriers des ligues rentrèrent à Milan, leurs bannières déchirées, souillés de sang, de sueur et de poussière, mais sans avoir été poursuivis par l'ennemi, qui témoignait ainsi de son respect pour leur héroïsme.
' Parmi les morts se trouvaient des BOrkli, Escher, KeUer, Schwend, Meiss de Zurich.
Le môme soir, François P' manda sa victoire à sa mère dans les termes les plus élogieux pour les Suisses. Le vieux général Trivulce disait : < J'ai assisté à vingt batailles, ce n'étaient que jeux d'enfants à côté de celle-ci ; cette bataille est une bataille de géants. )> On frappa une médaille avec ces mots : « François a vaincu ceux que César seul avait pu vaincre. » « Les Suisses, dit Michelet, furent plus écrasés que vaincus. »
Leur perte, évaluée à 15,000 par les historiens français, n'est portée qu'à 6,000 par nos chroniqueurs. La perte des Français égala au moins celle des Suisses.
L'issue de la bataille de Marignan jeta le deuil dans la Confédération. Bientôt dans plusieurs cantons, dans les WaldstaBtten, par exemple, la stupeur fit place à la vengeance. Excitée par le nonce Ennius Filonardus, évèque de Véroli, et l'ambassadeur milanais, Visconti, la diète de Lucerne décréta une levée de 30,000 hommes (24 septembre) *. Une députation suisse alla solliciter l'appui de l'empereur à Landeck dans le Tyrol. Mais ni de ce prince, ni de l'Espagne, ni du pape, les Confédérés n'avaient tiré grand secours dans la dernière guerre. On les avait laissés dans le pétrin s'en tirer comme ils pourraient. Les partisans de la France se prévalurent habilement de cette inaction de leurs alliés pour semer la zizanie parmi les Confédérés. La capitulation de Domo d'Ossola, livrée aux Français par Louis de Diesbach de Berne , accrut le découragement des uns et la colère des autres. Dans certains cantons il n'y avait que des éloges i)our la grandeur et la magnanimité de ce François ^^ sous les yeux duquel on avait vu, après Marignan, des blessés suisses, à leur sortie de l'hôpital de Milan, indignement vendus comme esclaves aux Barbaresques V Ce langage louangeur pour la France se trouvait dans la bouche des magistrats de Berne, de Soleure et de Fribourg en particuUer, où les agents de François P' venaient d'arriver avec des sacs d'écus qu'ils faisaient crever à dessein dans les rues, pour se rendre la plèbe favorable. L'impudeur chez les chefs du parti français était telle que l'un d'eux, Louis de Diesbach, achetait avec l'or de François P' la maison des Boubenberg à Berne et leur château à Spiez, et qu'Albert de Stein montrait partout ses 10,000 écus et sa femme parée de diamants et de broderies d'or. La diète se scinda en deux conseils ennemis : le premier, de sept cantons et demi, réuni à Lucerne , l'autre, de cinq cantons et demi, assemblé à Schwyz, puis à Rorschach avec les agents de l'empereur. Les cantons vendus à François P'' se disposaient à lui céder, au prix de 300,000 couronnes, les bail-
^ Segesser, eidg, Ahêcftiede de 1500 à 1520, 917 et soiv. ' Segesser, eidg. AbschUde^ 924.
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liages italiens conquis en 1512, sauf Bellinzona. Les autres cantons et les Grisons s'opposèrent heureusement à ce lâche et funeste abandon. Le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre continuaient à soutenir énergiquement les ennemis de la France. L'ambassadeur d'Henri VIH, sir Richard Pace, revenu k Zurich, unissait ses efforts à ceux de l'envoyé impérial le docteur Guillaume de Reichenbach. La défaite de Marignan avait fait baisser beaucoup le crédit du cardinal Schinner en Suisse et dans le Vallais surtout, où son ennemi Supersax avait reparu en vainqueur et levait la mazze contre ses partisans. Mais le cardinal n'en était que plus actif à la cour de Maximilien et auprès des rois d'Espagne et d'Angleterre et du pape, auxquels il promettait d'amener 20,000 Suisses, moyennant les subventions indispensables. L'entente eut lieu entre ces puissances et les cinq cantons, et les subsides promis furent déposés chez les banquiers d'Anvers et les Fugger d'Augsbourg. Le nombre des cantons en armes contre la France eût été bien plus considérable, si l'empereur eût tenu sa promesse de s'entendre avec les députés suisses et se fût rendu à Constance, à la prière de Schinner. Toutefois 15 à 20,000 Confédérés ne s'en trouvèrent pas moins réunis à Trente dans les premiers jours de mars 1516, où les chefs prêtèrent serment entre les mains du cardinal de Sion. Mais les partisans de la France enrôlaient aussi de leur côté, et l'on vit se reproduire le triste phénomène de Suisses combattant contre Suisses comme en 1500. Mais les premiers, sous leurs vaillants chefs, Stapfer, Gôldli, Salis, auraient bientôt repris tout le Milanais et fini également par enlever la capitale sur leurs frères de l'armée française que commandait le fameux Albert de Stein, sans les incessantes tergiversations de l'empereur qui tantôt voulait, tantôt ne voulait plus guerroyer contre les Français, et qui mit le comble à ses défaillances en abandonnant tout à coup la partie. La conduite équivoque du pape Léon X, dont l'historien contemporain Guicciardini a dit, avec raison, qu'il gouvernait avec deux boussoles, les retards que subit le transport de l'or anglais et les rivalités de Schinner, Visconti et Pace, démoralisèrent les auxiliaires de la Ligue et firent échouer honteusement une expédition qui eût pu être glorieuse pour les Confédérés. 1,500 de ces derniers occupaient encore la forteresse de Milan, aux ordres de Henri Rahn qui s'était signalé par la prise de la bannière de Strasbourg à la bataille de Dorneck. Mais trahi par les Milanais, et craignant le triste sort de son père, le malheureux duc Maximilien préféra se rendre à François I^^ et alla finir ses jours en France, où il vécut d'une pension du roi jusqu'à sa mort ea 1530.
Ces événements ne laissèrent pas d'exciter une certaine indignation en Suisse. Du haut de la chaire la conduite des mercenaires fut flétrie. « Les Confédérés, s'écria le brave curé soleurois de Kriegstaetten, ont < trahi l'ancien duc de Milan et vendu le nouveau. » Le mauvais succès de la dernière campagne n'empêchait cependant pas les ennemis de la France d'en méditer une nouvelle. Ils comptaient pour cela sur l'appui efficace du roi d'Angleterre et de Charles-Quint, qui avait succédé à Ferdinand le Catholique comme roi d'Espagne et des Pays-Bas. Le pape, Léon X, était entré dans la nouvelle coalition. L'ambassadeur impérial» Reichenbach, et le diplomate anglais, Richard Pace, avaient recommencé leur campagne auprès de la Diète '. Dévoué à l'empereur malgré tout, Schinner se rendit en son nom à Londres et à Bruxelles. Henri VIII et Wolsey lui firent un splendide accueil. L'éminence suisse dîna avec le premier ministre, eut une longue audience du roi au palais de Greenwich (le 18 octobre 1516) et repartit de Londres (le 29 octobre) avec une alliance signée en due forme et tout l'argent nécessaire à l'expédition^. Mais il était trop tard. Dans l'intervalle, les intrigues de la France, si bien servies par les roueries des souverains hostiles à François ^^ avaient réussi à lui rallier tous les cantons. L'alliance française, préparée à Genève en octobre, sous la médiation du duc de Savoie, était signée à la diète de Fribourg, le 29 novembre, sous le titre de Traité de paix perpétuelle '.
L'avoyer Peter Falk de Fribourg et l'amman Schwarzmourer de Zoug allèrent faire signer le traité au roi dans la cathédrale de Notre- Dame, à Paris. « Ces deux magistrats, dit Ânshelm leur contemporain, c remarquables à la fois par leur belle taille, la science, l'habileté et <K l'énergie, étaient d'anciens ennemis de la France ; mais ils avaient « complètement changé de politique sous l'influence du baume salutaire « des lys. » La réception des ambassadeurs suisses à la cour fut splendide: « le roi, sa mère, le duc d'Alençon, le Dauphin rivalisèrent de « caresses pendant tout le temps qu'ils passèrent à Paris, c'est-à-dire « de Noël à Pâques; on les combla d'honneurs et de présents évalués à « 10,000 francs \ »
Lé traité de Fribourg, quoique moins lucratif que celui de Galéra, assurait certainement des avantages considérables aux cantons, ainsi Te paiement de 400,000 écus dus par le traité de Dijon, plus 300,000
* Segesser, eidg. Abschiede de 1500 à 1520, 1000, 1013, 1018, 1022, 1025. ' G'm (Wiihelm), Die Beziehungen zunschen der SchweUs und Éngîand, 270. ' Segesser, eidg. Abschiede^ appendice, 1406.
* Anshelm, Chronik, V, 265.