Histoire de la Confédération suisse
Hérodote, le père de l'histoire grecque, parlant des Paeoniens, peuple de la Thrace (aujourd'hui la RouméUe), en traçait la description suivante :
« Us habitent le lac Prasias. Un pont étroit conduit de la rive à <c des planchers bâtis sur de longs pilotis. Sur ces planchers, chaque € ménage a sa case; et à l'intérieur des buttes, une trappe s'ouvre « sur le lac. Quand la trappe est ouverte, on attache les enfants par € un pied à une corde pour les empêcher de tomber dans les flots ' . »
Les découvertes faites depuis vingt ans par les archéologues révèlent l'existence de constructions et de populations analogues sur tous les lacs de la Suisse. Le premier établissement de ce genre fut exploré à Meilen, sur le lac de Zurich (1854)'. Aujourd'hui, le nombre des sta-
^ Hérodote, V, 16.
' Par le président de la Société des antiquaires de Zurich, M. Ferdinand Keller, que Pon peut appeler le père des antiquités lacustres de notre pays. Voir ses Mémoires dans les Mitiheilungen de Zurich, et sa carte archéologique de la Suisse orientale (Archaohgische Karie der Osi-Schtoeiz, 1873), accompagnée d^un texte explicatif qui résume toutes les investigations relatives à cet objet. Voir en outre les ouvragies de Troyon (Habitations lacustres), Morlot, Bonstetten (Becueiî d'antiquités suisses)^ Desor (Palafittes du Ulc de Neuchâtel).
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Z TEMPS ANTK-HISTORIQL'ES.
lions lacustres exploitées dans les diverses parties de la terre helvétique s'élève k 250 environ.
L'étendue de ces colonies lacustres vai-ie beaucoup. Pendant que remplacement des pilotis ne mesure en certains endroits que quelques mille pieds carrés, dans d'autres lieux, Morges, par exemple, cet emplacement mesure 160,000 pieds carrés; à Robenhausen, sur le petit lac de Pfâffikon, il est de 1 2,000 pieds carrés.
Les constructions lacustres ne sont d'ailleurs pas exclusivement propres à notre patrie, et aux âges primitifs; on les retrouve dans tous les temps, dans tous les pays, et dans les Fiords de la Scandinavie, comme dans les eaux du Bosphore et les lacs d'Itahe. C'est même aux archéologues danois et suédois qu'on doit la première étude sérieuse qui ait été faite des dépôts formés aux bords des lacs par les objets lacustres (Kjoekkenmoedding en langue danoise) et la lumineuse distinction des trois âges de la pierre, du bronze et du fer.
Outre ces trois âges des antiquaires du Nord, les recherches postérieures sont venues consta^ler l'existence d'un autre âge, de façon qu'on distingue aujourd'hui :
L L'Age du silex ou de la pierre brute (époque paléolithique), où l'homme, véritable sauvage,, mais dont l'instinct esthétique et la perfectibilité se manifestent déjà par certaines œuvres, vit dans les cavernes et se trouve être le contemporain du Mammouth, du Renne et d'autres animaux de l'époque glaciaire \
IL L'Age de la pierre taillée ou polie (néolithique), où l'homme est sorti de l'état sauvage; il se construit des habitations closes et fixes sur les eaux et sur la terre ferme, soumet les animaux à la domestication et possède d'autres rudiments de civilisation, ce qu'attestent son industrie, ses arts et toute sa vie domestique et sociale.
« Les Silex taillés, dit M. Boucher de Perthes, sont nos premiers « trophées et nos premières médailles. »
Avec l'âge de la pierre polie s'élève dans chaque habitation l'âtre du foyer domestique autour duquel prend place toute la famille et qui sert à la fois de potager pour la cuisson des aliments et d'autel domestique où brille la flamme, symbole adoré de toute la race aryenne. Le foyer domestique voit se réunir les premiers groupes, se conclure les
* La découverte qui a été faite récemment en France de pierres à feu travaillées de main d'homme dans les couches miocènes, et celle de clayonnages dans les charbonnières de ^yetzikon, près Zurich, sembleraient assigner à Phomme une existence plus ancienne encore et antérieure à cette époque (M. Messikomer, dans VAusland, Stuttg;ard, 12 avril 1875).
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premiers traités et se formuler les premières notions du droit, de la morale et de la religion. A l'âge de la pierre appartiennent probablement les dolmens envisagés non plus comme des autels, mais comme des tombeaux.
m. UAge du bronze, où la civilisation a fait de nouveaux progrès, marqués par le développement qu'ont pris les arts au sein des populations lacustres et leurs relations commerciales avec les pays voisins. Si les dolmens sont les tombeaux de Tâge de la pierre, les tumulus sont sans doute ceux de l'âge du bronze. Selon les archéologues Scandinaves auxquels on doit cette conjecture appuyée sur certains faits, on inhumait les morts sous les dolmens, et on les brûlait sous les tumulus.
IV. L'Age de fer ou d'une civilisation plus avancée que les antérieures, et qui précède immédiatement ou accompagne la propagation de la culture gréco-romaine en Europe.
Dans l'âge de la pierre, les hommes ignoraient la manière de se servir des métaux; ils ne savaient ni les extraire de la terre ni les façonner k leur usage ou se les procurer par le commerce. Leui-s armes, leurs outils, leurs ustensiles de cuisine et leurs objets de luxe étaient en pierre ou en os, en verre ou en bois. On a cru trouver des traces d'anthropophagie dans les Téneviêres ou stations de l'âge de la pierre brute. Le cuivre et l'étain, une fois connus et mis en œuvre, l'art de les fondre et d'obtenir du bronze par cet alliage, ne tarda pas à se répandre. On se servait, pour cette opération, d'étain importé de la Grande-Bretagne ou de l'Étrurie et de l'Ombrie*. Peut-être aussi faisait-on usage du nickel extrait des mines de cuivre du Valais. Les ciseaux et les marteaux de guerre, les haches, les épées, les poignards. les lances, les bracelets, les agrafes, les fibules, les épingles à cheveux se façonnèrent alors en grande partie en bronze. A l'âge du bronze, le fer ne se trouve qu'en petite quantité dans les stations lacustres, et ne servait qu'aux objets de luxe et de fantaisie. On a du bel âge de bronze des épées élégamment ouvragées et des bijoux ornés de dessins qui rappellent ceux de l'Étrurie *.
La céramique ou poterie nous offre aussi de très-beaux spécimens en vases et plats de plusieurs genres et de plusieurs couleurs, grise, brune et rouge. De cette vaisselle il ne reste sans doute que des débris.
' Desoret Favre, Le bel âge de bronze. L'auteur de VAge de bronze (1866), Frédéric de Hongemont, attribue l'importation de l'étain aux Phéniciens ; mais ces derniers s'arrêtaient aux ports et comptoirs du littoral et ne pénétraient pas dans l'intérieur du pays, selon l'opinion de M. Desor.
' Desor et Favre, Le bel âge de brome. Keuchâtel, 1874, p. 25.