TEMPS ANTÉ-H18T0RIQUES
« Mais si, » comme le disait un de nos principaux antiquaires, « la ff géologie sait tirer d'un os Tanimal complet auquel appartenait ce « débris, on peut tout aussi bien, avec un pot cassé, refaire le vase « entier et remonter à celui qui a fait le vase'. »
L'examen minutieux des objets trouvés sous les pilotis nous fait connaître avec assez de détails le genre de vie et l'industrie des habitants des lacs. La pêche n'était pas, comme on pourrait le croire, leur occupation exclusive. Les ossements des animaux et les autres débris recueiUis dans les eaux prouvent que les Lacustres y joignaient la chasse, l'entretien des troupeaux et la culture même des céréales. Leur nourriture se composait de viande, de lait et de fruits sauvages. Leurs vêtements, au moins pendant l'âge de la pierre, consistaient en peaux de bêtes sauvages ou en tissus de lin grossier, tels que ceux qu'on a trouvés à Robenhausen.
Leurs demeures, petites huttes circulaires à un étage et aux toits d'écorce, de chaume, de jonc, étaient formées de planches revêtues d'argile détrempée dans de l'eau, ou, comme disent les antiquaires, de pisé ou de torchis. Des troncs d'arbres creusés leur servaient de canots comme aux tribus sauvages. On ignorait complètement ce que les Lacustres faisaient de leurs morts, lorsque la découverte récente de tombes sur les rives du lac de Neuchàtel et à une lieue de cette ville,» est venue révéler l'existence d'un cimetière placé s\ir terre ferme et en face d'une station lacustre. On n'a pas trouvé trace de monnaies dans les stations des deux âges de la pierre et du bronze.
Les pilotis et les autres objets carbonisés que recèlent les dépôts lacustres ont donné naissance au système qui fait détruire par le feu tous les établissements lacustres. Cette destruction, selon M. Troyon, serait l'œuvre des Helvètes à leur arrivée dans le pays ou le résultat de luttes désespérées avec des peuples inconnus, selon les auteurs du Bel âge de bronze*. Les traces d'incendie, suivant d'autres écrivains, ne seraient pas assez générales pour autoriser cette opinion, à leurs yeux plus ingénieuse que soHde.
On ne peut faire non plus que des conjectures sur les motifs qui poussaient les populations primitives à s'installer sur les eaux plutôt que sur la terre ferme voisine; car la nécessité de se mettre à l'abri des tribus ennemies et de l'attaque des bêtes fauves, l'ours, le sanglier ou l'urus (taureau sauvage), n'explique pas absolument les habitudes amphibies des Lacustres. Quelques antiquaires ont émis l'opinion que
* Adolphe Morlot, BidUtin de la Société vaudoise des sciences naturelles (1860).
* Desor et Favre, Le bel âge de brome, p. 4.