‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 10 sur 77 · Coup d*œll snr la clTlllsatloii romaine · texte numérisé non relu

Coup d*œll snr la clTlllsatloii romaine

Les Helvètes ont forme la première nationalité au sein des Alpes ; ils y ont établi une confédération plus importante que celle des peuplades vallésiennes et donné au pays son plus ancien nom, celui de Civitas'Hehetia, restreint toutefois, comme nous l'avons dit, aux quatre tribus nommées plus haut.

La civilisation, au contraire, est un produit de la domination romaine et pénètre dans les Alpes avec la servitude. Rome, en ôtant aux Helvètes et aux peuples voisins la liberté politique, leur donna la vie intellectuelle, mais, hélas I avec ses raffinements et ses excès. Des cités florissantes prirent la place da<; bourgades primitives. La Suisse occidentale surtout voit s'élever successivement trois centres de la culture latine : Noviodunum (Nyon, la colonie julienne) ; Raurica (Rasel- Augst, la colonie auguste) ; Aventicum, la colonie flavienne.

Chaque colonie était une petite Rome ; elle avait, à l'instar de la grande, son forum, ses temples, ses arcs-de-triomphe, ses aqueducs, ses thermes, ses portiques, des villas disséminées dans les campagnes environnantes et ornées de colonnes, statues, hypocaustes, pavés mosaïques.

Raurica devait son origine au général romain Munatius Plancus^ que César avait fait proconsul de la Gaule chevelue. Une inscription trouvée a Gaëte, dans le royaume de Naples, nous fait connaître qu'il avait fondé également la colonie de Lugdunum (Lyon)\

Le Vallais avait aussi sa ville privilégiée, c'était Octodure, favorisée

* La fondation doit remonter aux années 44 et 43, où Manacius gouvernait la Gaule. LMnscription de Gaëte parle d'une victoire remportée par lui sur les Rhètes €t dont le butin aurait servi à la construction d'un temple de Saturne.

de rétablissement d'un tribunal par l'empereur Claude, et appelée dès lors Forum Claudii \

Outre ces quatre cités, la Suisse occidentale comptait encore un grand nombre de bourgs importants, quoique simples vici, c'est-à-dire ouverts et sans juridiction propre. Parmi ces localités, on cite Eburodunum (Yverdon), Lausonna, Vibiscus (Vevey), sur le Léman *.

La Suisse orientale, quoique moins peuplée et moins florissante, renfermait cependant la riante bourgade d'Aquae (Bade), l'Aix helvétique, avec ses eaux thermales célébrées par Tacite ; la forteresse de Vindonissa, quartier-général des troupes romaines^; la station de Turicum (Zurich), siège d'un péage, le quarantième de la Gaule, selon Tépitaphe de l'affranchi Unio qui y remplissait les fondions de percepteur ; Tenedo (probablement Zurzach), avec son fort démantelé, dont, grâce au voisinage des soldats romains, on avait pu, sans danger, confier la garde aux milices indigènes^. A l'extrême limite des Helvètes, là où le Rhin s'échappe du lac d'Untersee, se trouvait le village de Tascaetium (Burg- Elschenz) % avec un fortin surveillant le passage du fleuve. Cette localité fut, dans le cours du 11"*^ siècle, annexée à la Rhétie qui comprenait de nombreuses bourgades : Ad Fines (Pfyn), Arbor Félix (Arbon), sur le lac de Constance (bcm Brigantirius)^ et Ad Rhenum (Rheineck).

Les lettres et les sciences avaient suivi les colons romains dans leur nouvelle patrie. Aventicum, capitale des Helvètes romanisés, avait une académie où s'enseignaient le droit, la médecine, et un théâtre

^ Le mot Forum, employé de cette façon, désignait à la fois le droit de foire, nne place de délibération et on lieu de sacrifice. (Marquardt, rinnische Siaatsvenoaliung,)

* n est à remarquer que Capua (Capoue), capitale de la Campanie et la seconde ville de l'Italie, n'était qu'un simple vicus.

' Les légions cantonnées successivement à Yindoniasa et dans les environs furent la XXI* (la Bapa^e) et la XI* (la Fidèle). La première y vint sous Claude et y resta jusque sous Domitien. Mais après sa destruction dans la guerre contre les Germains, elle est remplacée par la XI* qui resta à Vindonissa jusque sous Trajan. La présence de ces légions est attestée par les nombreuses briques romaines qu'on a découvertes dans leurs cantonnements. Chaque légion avait son légat ou général, ses tribuns militaires qui en étaient comme les colonels, ses centurions ou capitunes, ses primipflaires ou lieutenants, ses porte-étendards de divers ordres, ses vétérans, son médecin, ses trompettes. (Yoir Henri Meyer, Creschichte der Zi* und XXI* Légion, MiUheUtmgen de Zurich, 1853.)

* Voir, dans Keller, ramische Amiedelimgen. Miiiheilungen de Zurich, XII* vol., p. 286. Les raisons sur lesquelles s'appuie ce savant pour prouver que la garnison helvétique était placée à Tenedo et non à Aquœ. — Gisi, QueUenhuch, 419.

* J.-J. MûUer, Indicateur c^antiquités suisses, 1875 n^ 2, 1876 n* 2, etCh.Morel, Casieîî und vicus TascaHum inBatien, dans les CommentaUones phUoîoga in honorem Th, Mommseni, p. 151 et suiv.

pour 8,000 spectateurs. On distingue encore très-bien les fondations de la scène et du pourtour * .

Raurica possédait un théâtre plus vaste encore; Noviodunum, un barreau ou collège d'avocats dont l'un des plus jeunes membres, Aurélius Repertus, mort à l'âge de 18 ans, jouissait du droit de cité dans la colonie julienne et à Forum Claudii, dans le Vallais*. Un riche personnage de Minnodunum (Moudon), Aelius Aunus, prêtre d'Auguste ou smr augusUdis, légua 750 sesterces pour l'étabhssement de jeux gymnastiques dans cette ville, avec la clause expresse que si l'on n'était pas exact à accomplir les volontés du donateur, le legs reviendrait aux habitants d'Aventicum '.

Mais les vices des Romains et ces sanglants plaisirs que le peuple-roi réclamait comme son pain quotidien, panem et circenses, avaient pénétré sur leurs pas dans leur patrie adoptive. Les bas-reliefs représentant des gladiateurs et des histrions ne sont pas rares dans les monuments de l'époque romaine, et des vestiges d'amphithéâtres ont été découverts dans plusieurs cités de l'Helvétie : à Aventicum, Raurica et Vindonissa, Octodurum, Aquae *.

L'amphithéâti'e de Vindonissa, destiné aux soldats, avait été construit par eux. Dans toutes les contrées où séjournaient des garnisons, c'étaient les soldats qui exécutaient les travaux publics : castels, retranchements, arsenaux, aqueducs, ponts. Les architectes de ces édifices appartenaient également aux légions. <s Les légionnaires, » dit M. Rahn, « ont été les principaux représentants et propagateurs de la culture « romaine. ».

Avec leur littérature et leurs arts, les Romains introduisirent aussi leur rehgion. Aux rit^s barbares des Celtes, ils substituèrent un culte magnifique, emprunté aux Grecs et aux Étrusques. L'usage des temples, des sacrifices, des cérémonies, des processions, de l'eau lustrale, des tableaux votifs ; plusieurs ordres de prêtres des deux sexes, distincts par le rang et le costume, furent introduits chez les Helvètes avec une foule de divinités nouvelles. Chaque maison eut ses dieux pénates; chaque tribu, chaque localité, son génie tutélaire. Les empereurs eux-

^ Bursian, Aventicum. Mittheilungen de Zurich,

* Mommsen, InscripUones Confœderationis helveiicœ, Zurich, 1854. Gaspard d'OreUi en avait donné an premier Recueil qui a été complété et revu dans celui de son successeur. Des suppléments à ces Recueils ont paru par les soins de MM. Keller et Meyer.

' Mommsen, InscripUones.

* Rahn, Geschiclite der bildenden Kûnste in der Schtceiz. Zurich, Staub, 1873, I, 39.

mêmes (Auguste, par exemple), la maison impériale tout entière, furent placés sur les autels et adorés comme les dieux de TOlympe \

L'industrie, l'agriculture et les arts mécaniques participèrent de la vie nouvelle qui s'ouvrit pour l'Helvétie. La charrue grossière des premiers temps fut quelque peu perfectionnée. Les vaches et le fromage des Alpes acquirent du renom. La vigne fut plantée sur les bords du Léman. On tira de l'Italie l'huile, le vin, des objets d'art et de toilette. On exportait en échange de la poix, de la cire, du miel et du bois.

Les grandes routes ou voies militaires, tracées par les Romains, servirent à écouler les produits agricoles, comme à établir des relations commerciales dans les pays voisins. La plus belle, la plus large des chaussées romaines traversait le Vallais, longeait le Léman, conduisait à Aventicum, la capitale du pays, et de là à Salodurum par Petinesca (entre Nidau et Bienne). De Salodurum, la route se dirigeait vers Vindonissa et de là à Augusta. Une seconde route mettait en communication Côme et les Grisons avec Augusta Rauracorum et August.i Vindelicorum (Augsbourg). Le Julier, le Septimer dans les Grisons et le Simplon dans le Vallais furent rendus praticables comme le Saint- Bernard. Le Sainl-Gothard n'était pas connu à cette époque. Les pierres milliaires mesuraient les distances *.

' Les anciennes divinités gauloises furent confondues avec les divinités romaines. Ainsi Teutatès devînt Mercure ; Belenus, Apollon ; Hésus, Mars. Jupiter était adoré sur le mont Pennin (Saint-Bernard) et près de Thoune ; Junon à Moudon ; Apollon à Avenches, Lausanne, Genève, Windisch (Vindonissa), Soleure; Mercure à Sol cure, Baden (Aquse), Windisch ; Minerve à Genève, près de Soleure, à Lucens, Windiscb ; Mars k Avenches, Yverdon, Cressier près Neuchàtel ; Neptune à Avenches et près de Thonne; Bacchus à Sainte-Croix et à Cully (libero patri Cocliensi); Epona (déesse des haras), à Soleure; elle faisait partie des déesses mères, des déités champêtres comme Noria et Artio que l'on représente tenant d'une main une patère, de l'autre des fruits sur son sein, avec une corbeille de fruits et un chêne. Les marbres helvéto-romains renferment beaucoup d'invocations aux dieux mânes, aux dieux sylvains, aux sylphes, aux dieux des chemins et des carrefours (Biviis, Triviis, etc.).

Le culte des divinités orientales s'alliait à celui de l'Olympe gréco-romain. L'adoration d'Isis, par exemple, est attestée par l'inscription d'un temple qu'avait érigé à cette déesse égyptienne un citoyen de Baden (Aquœ), Anusius Magianus, de concert avec sa femme Alpina Alpinula. Le culte persan de Mithra a laissé égale méat des traces à Augusta et à Genève.

Les vestiges de^ la mythologie indigène proprement dite sont malaisés à saisir dans cette invasion de religions étrangères. La déesse éponyme Aventia, patronne d' Aventicum, et les génies locaux des diverses tribus des habitants de la colonie helvétique sont les seules divinités auxquelles on a cru pouvoir attribuer un caractère indigène et national. Peut-être faut-il igouter ces Lugoves, dont le nom est écrit en grandes lettres de bronze uni sur le chapiteau de marbre blanc d'un temple que les habitants d'Aventicum avaient érigé à ces divinités mystérieuses. — L'adpration des fleuves (celui du Rhin, par exemple) était probablement empruntée à la religion primitive. Voir Mommsen, Inscriptiones. — Gelpke, Kirchengeschichie,

* M. Mommsen compte cinq lignes de pierres milliaires conduisant de Sedunum

Les voies d'eau furent utilisées pour le commerce. Les flotteurs de la partie supérieure du lac Léman coupaient dans les forêts de Lausonna le bois nécessaire à la construction de leurs nacelles. Les bateliers de TAar avaient à Aventicum un portique élevé à Jours frais et consacré à la Maison impériale (in honorem domus divinse). Les sapins» transportés à Eburodunum (Yverdon), étaient conduits de là par le lac de Neuchâtel, la Thielle, le lac de Bienne et TAar dans le Rhin, pour servir à la construction des navires. Les Helvètes primitifs ne connaissaient que les métiers les plus indispensables, ceux de charpentier, forgeron, potier, cordier, etc. Les Romains naturalisèrent chez ce peuple tous les arts connus aujourd'hui et leurs corps de métiers ou corporations d'artisans ressuscilées ensuite au moyen âge sous le nom de tribus ou abbayes.

La manière de vivre des Helve^tes, leur vie privée et sociale était aussi complètement changée. Il en fut de même bientôt de la vie politique et nationale.

ft. État soelal et politique des HelTètes et de leurs TOisins sons la domination romaine*

Dans le traité conclu avec les Romains, les Helvètes, au témoignage de Cicéron, avaient poussé le souci de leur indépendance au point de réserver qu'aucun des leurs ne recevrait le droit de cité romaine \

Il ne parait pas non plus que, dans le principe du moins, les Helvètes aient été tenus à d'autres servitudes qu'à l'acquittement d'un tribut annuel envers les Romains, à la surveillance des frontières du côté des Germains, et peut-être aussi à l'obligation de fournir des troupes auxiliaires*.

Le pays des Helvètes, diminué du territoire situé entre le Rhône, le lac Léman, l'Aubonne et le Jura, conserve pour chef-Ueu Aventicum, qui prend le titre de Civitas Helvetiorum; son surnom de fœderata indique qu'on lui avait laissé certains privilèges importants '. Les anciens

à Aventicum, du Saint-Bernard par Octodure à Lausonna, le long de la rive méridionale du lac de Genève, dans les champs de Noviodunum, de Lausonna à Yindonissa et de là au Rhin et jusqu'au lac Brigantin. On n'a trouvé aucune pierrre milliaire autour d'Augusta Rauracorum, bien que de là trois routes conduisissent certainement à Argentoratum, Vindonissa et Salodurum (InscripUones, 68).

^ Cicero pro Balbo, 14. « Ne quis eorum a nobis civis recipiatur. » V^Talter, Bomische Bechtsgeschichte, Bonn, 1867, p. 97.

' Georges de Wyss, Uéber dos Bomische Hélvetien, Archiv fur die Sckweieer' geschichte, XII, 43.

' Les civitatesfœâeraUB conservaient en général une administration et une juridic-

pagi, qui subsistent comme subdivisions rurales, et les nombreux bourgs (rici) qui se relèvent peu à peu de leurs ruines, sont placés sous la juridiction et Tadministration municipale du chef-lieu, siège des autorités et des archives'. La direction générale de l'administration appartient à deux syndics chargés également de rendre la justice (duoviri juri dicundo) ; deux autres magistrats portant le titre d'édiles sont préposés à la police et aux constructions. Un questeur remplissait les fonctions de trésorier. Le soin du culte principal de l'empire était confié à un prêtre ou flamine d'Auguste, choisi parmi les grands personnages de la cité. Toutes ces autorités étaient nommées (pour un an) et contrôlées par un sénat (ordo) de décurions siégeant dans la curia (hôtel de ville) ; le sénat désignait aussi, parmi les grands de Rome, un patron chargé de défendre les intérêts des Helvètes dans la capitale de l'empire. Plus tard on institua en outre un curateur, qui devait exercer un contrôle spédal sur la situation financière de la ville.

Des corporations, des corps de métiers ne tardèrent pas à se former sur le modèle des corporations analogues d'Italie. La plus importante de ces associations était celle des Augustales, vouée au culte des lares de Rome et des empereurs, et qui comprenait, à côté de personnages de condition libre, de nombreux représentant^ de la classe des affranchis; leurs préposés, au nombre de six, portent le litre de sévirs augustaux et sont souvent mentionnés dans les inscriptions des moindres bourgades *.

Les pagi et les vici du territoire des Helvètes avaient pour préposés des magislri, des préfets ou des curateurs, dont les attributions étaient restreintes aux nécessités locales les plus urgentes.

A Aventicum se réunissaient probablement aussi les membres du Conventus helveticus, qui ne serait point, comme on l'a cru, une assemblée politique, mais une association pour la protection des citoyens romains établis dans le pays '. A Aventicum résidait également un percepteur des impôts, comme ce Salvianus, affranchi de l'empereur Auguste, dont il est parlé dans une inscription *.

tion plus indépendantes que celles des autres cités; elles étaient exemptes de l'impôt foncier et de logements militaires, pouvaient percevoir des droits de péages pour leur compte, battaient monnaie et avaient le droit d'asile, le plus bel apanage d'une ville libre. Voir Marquardt, Eômische StaaisverwcUUmg, I, p. 347 et sniv.

* TabulariiÂm est le nom qui désigne les archives, Mommsen, Inscript, 195.

' Sur toute cette organisation, voir Marquardt, Bômiscke Siaatsoerwaliung^ I, p. 454 et suiv. et l'index des InscripL de Mommsen.

^ Morel, dans les Mémoires et documenU de la Soc, d'histoire de la Suisse roviande^ tome XXXIY, p. 181 et suiv.

* Mommsen, Inscripiiones^ 7, ?8.

Augusta Rauracorum et Noviodunum, complètement inclépendanles d'Aventicam et des Helvètes, avaient des institutions analogues' ; mais comme colonies de vétérans romains, elles étaient plus directement soumises à Rome, dont elles devaient observer toutes les lois. Les quatr<^ peuplades du Vallais ', les Sédunois, les Vibères, les Véragres et les Nantuales formaient une confédération à part dont le chef-lieu des Véragres, Octodure, on Forum Claudii, était le centre administratif \ A côté de cette ville on rencontrait chez les Vallésiens quelques bourgs importants tels que Tarnaia (Saint-Maurice) et Pennelocus (Villeneuve).

Quant à Genava, elle avait suivi le sort des Allobroges ; elle était devenue un viens dépendant de la colonie de Vienne en Dauphiné, mais vu son importance elle possédait des autorités de police, c'est-à-dire des édiles.

Sous Auguste, lorsque les mœurs et les institutions romaines commencèrent à se répandre parmi les indigènes, les divers pays qui forment aujourd'hui la Suisse furent englobés dans les grandes divisions administratives de Tompire, mais sans offrir plus d'unité qu'auparavant. Ainsi les Grisons, avec les bords des lacs de Constance et de Wallenstadt, faisaient partie de la province de Rhétie, dont Augsbour^' (Augusta Vindelicorum) était la capitale; le Tessin appartenait à la Gaule cisalpine ; le Vallais était réuni k la Rhétie. Genève et le pays des Allobroges étaient incorporés à la pi-ovince de Narbonnaise (Provence) avec Narbonne pour centre. Le reste de la Suisse fit partie de la Gaule belgique dont le gouverneur résidait à Reims. Toutefois les troupes stationnées dans THelvétie furent placées sous les ordres du légat de la Germanie supérieuie qui avait son quartier général k Mayence *.

On a vu les précautions prises par les Helvètes pour sauvegarder leur nationalité. Au bout d'un siècle, elle était déjà cependant forte-

^ On trouve aussi à Noviodunum un preefecim arcendislairociniiSj qui n*est point un magistrat permanent, mais un commandant charité, dans une occasion donnée, de combattre le brigan lage aux environs de la viUe (Mommsen, Inscript. ^ 119).

' Civitates IIII vallis Pœninœ. Mommsen, Inscript,, 17. Civitas Vallima, ibid,

' Forum Claudii Vallensium Octodurum, 'M.ommaeu, Inscript. fil 4, 315, 316,817.

^ II y a quelques contradictions et obscurités à cet égard. Pline et Ptolémée attribnent les villes de Cologne, Noviodunum et Kaurica à la Gaule belgique, Strabon, an contraire, à la province lugdunaise. La plupart des savants modernes admettent que les Helvètes auraient dépendu pour le militaire de la Haute-Germanie dont le légat résidait à Mayence, et de la Gaule belgique, chef-lieu Reims, pour l'administration civile. Voir Mommsen, Die ScJiweiz in rômischer Zeit, 1856. MittUeilungen, IX.

ment entamée par le contact des colons et 'des soldats romains répandus dans tout le pays. Les colonies romaines ne se composaient pas seulement d'une ou deux classes de personnes. On y voyait des hommes <le tous les états et de toutes les coiiditions, flamines, prétresses, affranchis, scribes, avocats, médecins, architectes, artisans, joueurs de flûte et comédiens, dont les spectacles étaient faits pour amollir les âmes et les façonner à la servitude.

Aussi, éblouis par le luxe et les jouissances qui les environnaient, It's Helvètes eurent-ils promptement perdu, avec leur énergie sauvage, leur individualité et leur patriotisme. Les principaux de la nation donnèrent le mauvais exemple et allèrent jusqu'à prendre des noms romains ou à mettre à leurs noms celtiques une désinence latine. « Malheur au peuple, » dit Thistorien Zschokke, « qui oublie les tradi- * tiens de ses pères. » Les Helvètes devaient payer cher les avantajres trompeurs d'une culture extérieure sans dignité et sans indépendance".

Peut-être faut-il voir un de ces Helvètes dénationalisés dans ce chef de clan, Camulus ou Camillus, dont parle Appien, et qui mit à mort dans sa propre maison l'ancien consul Décirnus Brutus, le *'ousin et le complice du régicide, Tami politique de Cicéron et que César lui-même, qui l'appelait son premier ami, avait investi précédemment du gouvernement de la Gaule. Proscrit et réduit à s'enfuir rhez les Helvètes, Brutus aurait demandé à être conduit à Aventicum devant Camillus, son ami et protégé d'autrefois. Ce dernier fit un accueil favorable au suppliant, mais prit les ordres de Marc-Antoine qui lui ordonna de le faire périr et de lui envoyer sa tête, ce qui valut à Camillus les bonnes grâces du triumvir *.

Ce qui est certain, c'est que les CamiUi étaient une des plus grandes familles du pays, la principale même de la colonie flavienne à la fondation de laquelle ils avaient probablement contribué. On s'explique ainsi les honneurs inusités rendtis à l'un d'eux, à Valérius Camillus, par les Éduens et les Helvètes qui célébrèrent à frais communs ses funérailles. Ses compatriotes y ajoutèrent des statues érigées tant au nom de la civitas Helvetior unique de chacun des pagi en particulier. La persistance de ces tribus ou clans sous la domination romaine est attestée par ces monuments ^

^ Comparer Mommsen, Inscriptiones, 192, avec Appien, Yelleius Paterculus et la dissertation de M. Zttndel dans Jahrbucl^er des Vereins von AUerihitmsfreunden im lUieinlande, 39 et 40. Bonn, 1866.

* Appien, B. 0., III, 98. — Zûndel, dissertation citée.

^ Un autre CarniHus, Julias, fils de Caïus, grand prêtre d'Auguste, tribun mili-

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