‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 22 sur 77 · Première eroisade (1096). — Ordres religieux et · texte numérisé non relu

Première eroisade (1096). — Ordres religieux et

militaires.

La pensée de délivrer le tombeau du Christ et de soustraire les pèlerins de la Terre-Sainte aux mauvais traitements des infidèles donna naissance à ces expéditions d'outre-mer qu'on nomme les Croisades. I^s Croisés, ainsi s'appelaient les pieux combattants, portaient une croix de soie ou de drap rouge ou blanc sur l'épaule. Ce furent les papes qui prêchèrent les premiers et qui dirigèrent de loin la croisade ; mais ils remirent à d'autres le soin de la conduire en personne. Il y eut en tout dix croisades, et presque tous les pays chrétiens, sauf l'Espagne, absorbée par sa croisade intérieure contre les Maures, y prirent part*.

Les habitants des Alpes ne restèrent pas en arrière ; on cite parmi les chevaliers qui firent partie de la première croisade, le comte Arnold

* Eopp, Geschichte der eidg. Bûnde, 1049, 4"« livre, 3.

* Indicateur d'histoire^ de 1866-61. La bataille de Payerne eut lieu en 1183, comme l'a découvert M. Schneuwli, archiviste d'État à Fribourg.

' Le départ des Gruyériens est raconté en termes naïfs et touchants par la tradition locale : « Quand ce vint le moment de partir, les jeunes filles baissèrent le

< pont-Ievis et fermèrent les portes du castel. Mais quand le banneret, armé de

< toutes pièces, fit entendre ces mots : « Pars, Gruyère, reviendra qui pourra, » les

< jeunes Gruyériennes se mirent à pleurer et demandèrent si cette mer qu'il fallait

< traverser était plus grande que ce lac le long duquel il fallait passer pour se

< rendre à Notre-Dame de Lausanne. » Bridel, Conservateur suisse.

de Brienz, les sires de Kybourg, Thierstein, Wœdenschwyl, Grandson, de Blonay, le comte de Rapperswyl, fondateur de la nouvelle ville de ce nom (en 1091), Guillaume l®^ comte de Gruyère, avec son fils Ulric, chanoine de Lausanne, et ses neveusc ou cousins, Turin et Hugues. Cent vigoureux montagnards accompagnaient le comte Guillaume. Un autre personnage important de la première croisade était le noble Gebhard, abbé de Tous-les-Sainls à Schaffhouse, que Godefroi de Bouillon, devenu roi de Jérusalem, fit gardien du Saint-Sépulucre (1100).

La première croisade a été chantée par le Tasse dans son poëme héroïque de la JéntsaUm délivrée. Une strophe du premier chant est consacrée aux 6000 Helvétiens qui, si Ton en croit le grand poète, échangèrent le fer des houlettes contre celui des lances et des épées.

La première croisade donna le jour aux trois ordres religieux et militaires des Hospitaliers ou ChevaHers de Sain-Jean, des Templiers et des Chevaliers teuton iques. Le principal but de celte institution était de défendre la Terre-Sainte et de combattre les infidèles. Les Hospitaliers devaient y joindre, comme leur nom l'indique, le soin des malades*.

Deux ordres purement religieux se formèrent, avec l'approbation des papes, pendant les croisades ; c'étaient les Franciscains ou Cordeliers (1209) et les Dominicains ou frères-prêcheurs (1215). Comme ils ne possédaient rien en propre et vivaient des libéralités d'autrui, on les nomma les ordres mendiants. Très-peu de temps après la fondation de ces ordres religieux et militaires, nous les trouvons déjà établis, sous la protection des Hohenstaufen, dans la haute Allemagne. Les Templiers avaient des maisons à Genève et à la Chaux, près Cossonay ; les Hospitaliers avaient des commanderies à Buchsée, Fribourg ; les Chevaliers teutoniques, à Kœnitz près de Berne, Sumiswald, BAle, Zurich et à Freschels près de Moral. Les Franciscains et les Dominicains eurent des couvents à Bâle, Zurich, Berne, Genève et Lausanne; les Franciscains seuls, à Fribourg, Lucerne et Soleure.

Le nombre des couvents avait, du reste, beaucoup augmenté depuis la fin du XI"« siècle. On comptait dans les diverses contrées qui forment aujourd'hui la Suisse, environ 100 cloîtres « servant à la fois d'églises, d'écoles et de fermes- modèles '. » Une chapelle bâtie en 1061 par l'abbé de St-Gall, Norbert, sur les boçds de la Sitter, donne naissance au bourg et au pays d'Appenzell (cellule de l'abbé).

^ Le costume distinguait ces ordres. Les Hospitaliers portaient un habit noir avec une croix blanche à huit pointes ; les Templiers un habit blanc avec la croix rouge ; les Teutons le manteau blanc avec la croix noire liserée d'argent.

' Selon l'expression de M. F. Forel dans V Introduction du Régesle des documents de la Suisse romande, p. 73.

LES EMPEREURS DE LA MAISON DE FRAxNGOME. 109

Les W^ et le XU"*® siècles sont les temps par excellence des donations ecclésiastiques. Les papes, les empereurs, les princes et les évoques ne semblent occupés qu'à octroyer des droits et privilèges aux égliw^s et aux cloîtres ou à confirmer des chartes précédentes, ou bien encore à protéger les maisons religieuses contre les empiétements de tous genres et à régler leurs litiges avec les seigneurs et les cloîtres voisins. On s'étonne en parcourant les cartulaires et les livres de donations du nombre considérable de bulles papales et de chartes royales délivrées à celte époque;* toutes ces bulles et chartes n'étaient, sans doute, pas authentiques. La fabrication de faux documents et la falsification des chartes n'étaient pas rares. Deux cloîtres de notre pays, Frienisberg près Aarberg, et Engelberg dans TUnderwald avaient la triste renommée d'être^abiles dans l'art de simuler des actes lucratifs et de les munir de sceaux empruntés à des pièces authentiques *. Pour donner plus d'authenticité aux copies de la charte de fondation de leur abbaye par la reine Berthe, les moines de Payerne eurent la mauvaise idée d'y opposer de prétendus sceaux de cette princesse*. Les falsifications de sceaux dont Saint-Bernard se plaint dans une de ses lettres (la 148"^) étaient déjà anciennes. Lafabrication d'actes faux ne l'était pas moins et remonte, en ce qui concerne notre pays, à la donation du roi Sigismond à l'abbaye d'Agaune ou Saint-Maurice (en 515). Le roi avait doté richement cette abbaye, dit rhislorien Gelpke ; mais l'auteur l'a dotée plus richement dans son factum^ La fameuse Caroline par laquelle Charlemagne avait donné le Yallais aux évoques de Sion a déjà été mentionnée dans ces pages. Les auteurs de ces faux documents étaient encore plus ignorants que rusés, lis croyaient naïvement servir la cause du monastère ou de Téglise à laquelle ils étaient attachés et qu'ils envisageaient comme leur patrie; c'est l'expression dont se servaient les moines de Saint-Gall en parlant de leur cloître. La falsification des actes ne s'est pas circonscrite d'ailleurs aux actes ecclésiastiques.

Plusieurs des chartes sur lesquelles s'appuyaient la liberté des villes au XIII'"® siècle, celles de Berne, par exemple, ont été également interpolées ou fabriquées. « Les chartes les plus grossièrement falsifiées, dit « un savant paléographe français, étaient admises comme sincères.

* Wattenwyl, Oeschichte der Stadt und Landschafi Bern, I, 848. Le savant bernois rappeUe à cette occasion les fausses décrétâtes des papes et les 400 buUes papales reconnues fausses par M. Jaffé, de Berlin, et cela seulement pour les temps antérieurs à 1295.

* Indicateur d'histoire, 1858, 4°**» année, 49.

* Gelpke, Kirchengeschichte der Schweiz, II, 123.

or Les moines dont on attaque souvent la bonne foi quand il faudrait <c plutôt constater leur ignorance en matière diplomatique, recevaient <r souvent en dépôt dans leurs archives des actes qui portaient la trace « de la fraude. La chancellerie impériale n'était pas exempte de ces er- « reurs qui tenaient au manque absolue de critique paléographique\ » Au reste, les e^lpereurs et les seigneurs ne se contentaient pas de doter richement les cloîtres et les églises ; ils se plaisaient aussi à les embellir de sculptures et d'œuvres d'art magnifiques comme la table d'or dont Henri II fit don à la cathédrale de Bâlè et qui est aujourd'hui l'un des principaux ornements du musée de Cluny à Paris, et si l'on en excepte les abbayes de fondation royale comme Saint-Maurice, Payerne, Einsiedèln, la plupart des cloîtres doivent leur naissance aux dynastes el seigneurs de la partie allemannique et de la partie romande ou bourguignonne de notre pays. Aux couvents se joignent, depuis le VIII"® siècle, des chapitres de chanoines fondés également par les grands. Le plus ancien de ces chapitres (Stift en allemand) est Beromûnster en Argovie, institué déjà en 720 par le comte Béro de Lenzbourg et le chapitre de la collégiale (Gross-Mûnster) de Zurich, dont on fait remonter l'établissement définitif à Charlemagne*.

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