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Révolte et sonmiflisloii des seigneurs bourguignons

litt Trêve de Dieu.

Origine des maisons de Savoie et de Zaerlngen.

Les seigneurs de la Bourgogne persistaient à refuser obéissance au loi des Allemands. Eudes, comte de Champagne et neveu du dernier roi se mit à leur tête et s'empara de Morat et de Neuchâtel où il plaça des garnisons (1033). Conrad marche sur la Bourgogne transjurane et se fait proclamer* roi à Payerne (!2 février 1033). Contraint par un froid excessif de renoncer au siège de Morat et de Neuchâtel, il les soumet l'année suivante. Genève, dont le seigneur nommé Gérold tenait pour Eudes, est obligée également d ouvrir ses portes et de reconnaître Conrad qui se fait couronner. Une assemblée des grands de la Bourgogne réunie à Soleure reconnaît Conrad et son fils empereur après lui sous lo nom d*Henri III (1038). La dernière résistance tomba parla soumission des comtes de Genève et de Haute-Bourgogne. De grands excès avaient été commis dans cette guerre, où un général italien, le marquis Boniface, fît couper le nez et les oreilles aux prisonniers de Morat.

C'est au milieu de ces luttes cruelles que prit naissance la bienfaisante institution de la Trêce de Dieu, Touché des malheurs de son peuple, Hugues, évêque de Lausanne et fils illégitime du dernier roi, convoqua k Mont-Riond sous Lausanne un synode des prélats de la Transjurane (1036). On y voyait les archevêques de Besançon, de Tarentaise et de Vienne en Dauphiné; les évoques de Bàle, Belley, Genève, Maurienne, Aoste, Sion. Cette assemblée défendit, sous peine d'excommunication, de faire la guerre pendant neuf mois de l'année et défendit également d'arrêter un serf, un villageois, le marchand ambulant et le moine inoffensif. La Trêve de Dieu, qui rétablissait la paix publique ei assurait la sécurité aux agriculteurs, fut accueillie avec de grandes

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démonstrations de joie. Le peuple se porta en foule au-devant des évèques, des rameaux verts à la main et criant : Paix, paix ^ !

Le Xl^^ siècle est marqué par l'apparition de plusieurs maisons souveraines, dont la plus importante est celle de Savoie. On regarde comme le fondateur de cette dynastie, Humbert aux blanches mains, comte d'Aoste et de Maurienue. Ce seigneur, connu d'abord comme Tun des conseillers de Rodolphe III ou de sa femme Irmengarde, s'était dévoué à la cause de l'empereur Conrad, dont il renforça avec ses troupes l'armée d'invasion pendant là campagne de 1034. Il en fut récompensé par la possession des passages des Alpes vallaisannes, cottiennes, grecques (1036-56) *.

Les libéralités du même monarque donnèrent naissance aux comtes de Neuchàtel, issus des sires de Fenis, dont le château était situé près de Cerlier, aux bords du lac de Bienne *.

A peine établis, les comtes de Savoie rencontraient de puissants rivaux dans les comtes du Genevois, dont le territoire embrassait toute la contrée environnante de Genève et d'Annecy.

Le même siècle voit surgir les sires de Zseringen, ainsi nommés d'un château situé dans le Brisgau et qui prirent le titre de ducs, lorsqu'on leur eut donné la Carinthie et la Bourgogne. Il n'y eut jamais de duché de Zaeringen proprement dit. Plus puissant alors que tous ces, seigneurs était le fameux Rodolphe de Rheinfelden dont les faits et gestes tiennent une si grande place dans la lutte du trône et de l'autel.

2. liUtte du trône et de l'autel. — Rodolphe de Rheinfelden, Tiee-roi en Allemannie et en Bourgogne.

Rodolphe de Rheinfelden était frère utérin du belHqueux évêque Werner de Habsbourg, et possédait déjà de riches alleux en Argovie et dans rUechtland, lorsque Agnès, veuve de Henri III et mère de l'empereur Henri IV y ajouta, avec la main de sa fille, le duché de Souabe et le rectorat de Bourgogne (1057). Pendant plus de vingt ans, le pays qui se nomme aujourd'hui la Suisse, se trouva soumis à Rodolphe, devenu une sorte de vice-roi de ce pays et qui avait fixé sa résidence à

^ L'analogie du nom de Mont-Biond et de Bomont en latin a longtemps accrédité Perrenr qne la Trêve de Dieu avait été jurée dans cette dernière ville. Forel, Bégestes 90. Gingins, la Trêve de Dieu dans la Transjurane.

^ Cibrario, Tableau chronologique de V Histoire de Savoie, page 1. L'origine exacte (allemande ou romande) de la maison de Savoie est encore un objet de controverse entre les érudits.

' Frédéric de Ghambrier, Histoire de Neuchâiel, 10.

Zurich, siège d'un certain commerce et parfois de diètes impériales comme celle qu'y tint en 1004 et 1018 l'empereur Henri II. On aurait pu lire sur les murs de cette ville déjà fière de sa prospérité l'inscription : Cest ici la noble Zurich, riche de tous les bien9\

Mais un but plus élevé fut offert à l'ambition de Rodolphe de Rheinfelden. A la mort de l'empereur Henri III, un prélat audacieux, l'archevêque Siegfried de Mayence, proposa d'élire Rodolphe à l'empire au lieu de Henri IV fils de Henri III. Ce dernier cependant l'emporta, et Rodolphe de Rheinfelden, comme les grands vassaux de la couronne, prêta le serment d'hommage qu'il devait violer peu d'années après, lorsque le pape Grégoire VII eut excommunié l'empereur Henri IV dans la grande lutte du trône et de l'autel.

La cause de cette lutte fut que les empereurs franconiens, suivant en cela l'exemple de leurs prédécesseurs de la maison de Saxe, prétendaient au droit de confirmer les papes et à celui de donner l'investiture aux évêq.ues et aux abbés, par la crosse, Vanneau et le sceptre. Les rois allemands fondaient ce droit sur la position que les prélats occupaient dans l'empire, où ils étaient princes temporels, possédaient comme tels de grands domaines et commandaient à de nombreux vassaux.

Mais l'archidiacre toscan Hildebrand, homme célèbre par sa vertu et son génie, étant devenu pape (1073) sous le nom de Grégoire VU, combattit la suprématie de l'État sur l'Église et y opposa le principe contraire de la suprématie de l'ÉgUse sur l'État. Il s'éleva contre la simonie ou trafic d'argent qui accompagnait souvent l'élection ou la confirmation des prélats par les laïques, et condamna le mariage des prêtres, le déclarant incompatible avec la dignité et l'indépendance du saint ministère. Il défendit, sous peine d'excommunication, d'entendre la messe d'un prêtre marié (1074-75)'.

L'empereur refusa de se soumettre aux décisions papales et fut soutenu dans sa résistance par beaucoup de prêtres et d'évêques qui trouvaient le célibat obligatoire en contradiction avec le texte de l 'Écriture. En revanche, les Saxons, nation opprimée par Henri IV, prince dissolu et cruel, se soulevèrent contre ce monarque et implorèrent la pro-

^ Nobile Turegum multarum copia rerum. Bertoldi annales ad annum 1056. Pertz.

' € L'Ëglise, écrivait Grégoire, ne sera délivrée de la tyrannie des laïques,

< qu'autant que les prêtres seront d'abord affranchis de leurs femmes... Le pouvoir € des rois, écrivait encore Hildebrand, est une invention de Satan. Le siècle où

< nous vivons est un siècle de fer. C'est du chef de l'église que doit partir l'amé- € lioratioxt, la réforme. C'est à lui à combattre à mort le mal partout où il se « trouve. > Gregorii Épisiolœ,

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tection du pape. Henri IV fut cité à Rome, sous peine d'excommunication. Mais il refusa de paraître et réunit à Worms un concile de 24 évèques allemands, qui décidèrent de ne plus reconnaître Grégoire YII comme chef de l'Église, et envoyèrent Tévêque de Bâle, Bourcard d'Âsuel, en Italie, pour engager le haut clergé de la péninsule à imiter leur exemple (1076).

A cette nouvelle, Grégoire excommunie Henri lY et ses jpurtisans. Enhardis par l'anathème, Siegfried, archevêque de Mayence et Berthold de Zœringen réunissent les seigneurs de leur parti à Forchheim, déposent l'empereur et nomment un nouveau roi dans la personne de Rodolphe de Rheinfelden (15 mars 1077). Henri IV, de son côté, fait élire un nouveau pape par les évêques qui lui étaient dévoués, et ôte le duché de Souabe à Rodolphe de Rheinfelden pour le transmettre à son partisan, Frédéric de Hohenstaufen (1079) \

Tout l'empire se divisa entre les deux rivaux. Une grande partie des seigneurs de l'AUemannie embrassèrent la cause du pape et de son protégé Rodolphe de Rheinfelden*. La ville de Zurich, l'ancienne résidence de Rodolphe et la partie bourguignonne ou romande, au contraire, se prononcèrent pour le roi et contre celui que ses ennemis appelaient par dérision l'antiroi ou le roi des prêtres (Pfaffenkœnig).

L'évêque de Lausanne, Boyrcard d'Oltingen, prélat marié, était le chef du parti impérial dans la Transjurane. Excommunié pour avoir pris part à la déposition de Grégoire VII, il combattit jusqu'à sa mort pour la cause d'Henri, qui en avait fait son chancelier à la cour et son^ porte-élendard sur les champs de bataille. Les troupes de ce prélat guerrier, jointes à celles d'Othon, évêque de Constance, et de Bourcard d'Asuel, évoque de Bâle, portèrent le fer et le feu sur les terres de Rheinfelden. Mais la petite armée épiscopale fut battue à plate couture par Berthold II de Zaeringen, beau-frère de Rodolphe de Rheinfelden qui mutila hideusement les prisonniers (1078).

Pendant trois ans, l'Allemagne dont notre pays faisait partie, fut le théâtre d'une lutte acharnée. Chaque monastère, chaque donjon, chaque village, fut tour à tour la proie des deux partis. La bataille de TElster, en Thuringe, mit un terme aux prétentions de Rheinfelden. Il y eut la

^ Hohenstaufen ; ce nom célèbre est celui d'un château de la Souabe.

' Les Zœringcn, les Montfort, lesNellenbourg, les Habsbourg, les Toggenbourg, les Begensberg, les Buchhom et plusieurs prélats. Les Lenzbourg et l'abbé Ulrich HI, de St-Gall, restèrent, au contraire, fidèles à Henri IV avec les évèques de Coire, Bâle, Augsbourg, Constance, Strasbourg. Les Lenzbourg reçurent en récompense le landgraviat du pays de Zurich, ôté aux Nellenbourg.

main droite coupée d'un coup d'épée que hii donna Godefroi de Bouillon, créé, pour cet exploit, duc de Lorraine, et mourut le lendemain (15 octobre 1080)*. Le sort des autres acteurs de cette lutte fameuse ne fut guère moins déplorable. Grégoire VII, chassé de Rome par l'empereur, mourut dans l'exil à Salerne (1085). Victorieux d'abord, Henri IV se vit réduit à mendier son pain dans les rues, après avoir été dépouillé de la couronne par un fils dénaturé qui lui succéda sous le titre d'Henri V (1106). Ce dernier prince essaya plus tard de raviver la querelle des investitures. Mais abandonné par les seigneurs, il se vit contraint a signer le concordat de Worms qui, en laissant à l'empereur le droit illusoire d'investir les prélats par le sceptre, symbole de la puissance temporelle, reconnaissait au pape seul celui de conférer l'anneau et la crosse, symboles de la puissance spirituelle. Le choix des prélats fut accordé aux chanoines, contrairement à l'ancien droit canon qui faisait intervenir le peuple et le clergé réunis (1122).

Sous Henri V, Frédéric de Hohenstaufen, qu'Henri IV avait fait duc de Souabeou AUemannie, fut obligé de partager son duché avec Berthold II de Zaeringen, époux d'Agnès de Rbeinfelden, son 'compétiteur. Berthold obtint pour sa part Tavouerie de Zurich avec le titre de duc (1097). C'est làl'origjnedeladomination des Zaeringen dans l'Helvétie allemande, c'est-à-dire des bords de l'Aar à ceux du lac de Constance.

La Transjurane obéissait en grande partie au comte Guillaume III de Bourgogne connu par ses sympathies allemandes et qui avait épousé la fille de Berthold II. Mais ce seigneur, dont la piété venait de se maoifester par la fondation d'un prieuré de l'ordre de Cluny dans l'île de St-Pierre, fut assassiné peu de temps après par une main inconnue. Le même sort tragique atteignit son fils Guillaume IV, occis au pied des autels dans l'église de Payerne (l®' mars 1127). Deux chevaliers de sa suite, Pierre et Philippe de Glane, qui avaient essayé de le défendre, périrent à ses côtés. Saisi d'un profond dégoût de la vie, le fils de Pierre de Glane se retira dans un lieu solitaire et y fonda le cloître d'Hauterive, à une lieue et demie du château de Fribor (Fribourg) (1137).

L'héritier naturel des comtes de Bourgogne était le comte Renaud de BQurgogne. Mais comme ce seigneur était hostile aux Allemands, l'empereur Lothaire donna la Bourgogne transjurane et cisjurane, avec le

^ On raconte que Hodolphe mourant se fit apporter sa main et s'écria avec l'accent du repentir: «Ah! cette main! c'est avec elle que j'avais juré fidélité à Henri. > Yillemain, dans son Histoire de Grégoire VII, Paris, 1874, dit que c'est là la version des ennemis de Rodolphe, que ses amis le font mourir sans remords et content de lui-même. 11^ 290.

titre de duc, à Conrad de Zaeringen, fils de Berlhold II et oncle du dernier comte Guillaume (1127)*. Renaud essaya de résister et combattit avec énergie pour les intérêts bourguignons et la liberté de son peuple (pro re burgunda et libertate suorum). Mais le sort des armes lui fut contraire et il succomba dans la lutte.

Le comte Amédée du Genevois soutenait la même cause et semble n avoir pas été étranger k l'assassinat des comtes Guillaume III et IV, tombés victimes de leur dévouement aux Allemands et aux Zaeringen. Conrad et Amédée en vinrent aux prises près de Payerne six ans après le meurtre du comte Guillaume IV. Mais la fortune trahit ses efforts comme elle avait trahi ceux du comte Renaud de Bourgogne. « Depuis « ce jour-là, dit un annotateur du XVI*"^ siècle, les Allemands prévalu- « rent sur les Bourguignons". »

C'est ainsi que presque toute la Suisse actuelle se trouva réunie sous la loi des Zaeringen, ducs et recteurs du comté de Zurich (Zurichgau) et des deux Bourgognes.

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