Guerre de Niefels. — Émancipation définitive de Glaris
Claris avait profité aussi de la victoire de ses alliés à Sempach pour relever la tète et s'affranchir définitivement de l'Autriche. Mais la posi-
^ Theodor von Liebenau, 74.
' Ainsi les Duens, Wuippens, Yelga, Rych, Praroman , Mossel, Chastel, Corpastoar.
' On nommait ainsi les pays autrichiens de la Haute-Allemagne on Suisse.
tion était précaire et la sécurité nulle tant que la ville forte de Wesen restait aux mains de l'Autriche. Les Glaronnais s'en emparèrent avec le secours de leurs amis de Zurich, d'Uri et de Schwyz et y mirent une garnison (17 août 1386). Les habitants les plus compromis par leur dévouement à rAutriche avaient jugé à propos de se réfugier sur les terres ducales.
Tranquilles de ce côté, les Glaronnais s'organisent à Tinlérieur, se donnent une landsgemeinde, une justice propre, un droit civil et pénal sans souci de l'abbesse de Seckingen, la souveraine de la vallée et du duc d'Autriche, son avoué (11 mars 1387). Mais le duc Albert III songeait, lui, sérieusement à recouvrer ses États perdus. Les gens de Wesen préféraient la domination de ce prince à celle de leurs égaux; ils se laissèrent gagner par ses partisans. Feignant le dévouement aux confédérés pour endormir leur vigilance, ils introduisirent dans la nuit du 22 au 23 février 1388 des soldats ducaux qui massacrèrent dans leurs lits trente des soldats qui composaient la garnison, avec le commandant de la place, Conrad von Au d'Uri*. C'est là ce qu'on appelle le massacre nocturne, la Mordnacht de Wesen. Claris et Uri, exaspérés, appellent aux armes les autres États et les convoquent en diète à Zurich. Mais l'absence de machines de guerre et la crainte de manquer de vivres devant la place de Wesen firent échouer l'expédition.
Enhardis par leur facile triomphe, les officiers autrichiens somment Claris de reconnaître le duc. Se sentant abandonnés à leurs propres forces, les habitants de la vallée se résignent à prêter serment. Mais cela ne suffit pas à une noblesse altérée de vengeance. « Les Glaronnais de « quelque condition qu'ils soient, fussent-ils des gens de race libre et à « armoiries (Wappengenossen), deviendront simples serfs du duc ; ils « feront la corvée et toutes les prestations d'usage ; ils renonceront à < toutes leurs franchises, à tous leurs droits et en particulier à leur « alliance avec les confédérés. La ville de Wesen sera indemnisée par c Claris de toutes ses pertes. » A ces conditions écrasantes, Claris répond par un refus formel. 6,000 Autrichiens pénètrent le 9 avril dans la vallée, repoussent les 3 à 400 pâtres qui en défendaient le retranchement et se répandent dans toute la contrée, qu'ils Hvrent au pillage et à la désolation'. Les femmes, les enfants et les hommes eux-mêmes
^ Blumer, Jahrbuch, IV, 834. La chronique qai parle de 80 tués ne mente aucune créance.
* Quant au nombre des Autrichiens, les chroniques varient de 3,000 à 15,000. Le chant de la bataille porte aussi à 15,000 le nombre des ennemis de Claris. Mais le chiffre de 6,000, admis par la chronique de Klingenberg et celle de Zurich, est le plus vraisemblable. Blumer, Jahrb. des hist, Vereins von Olarus, IV, 340.
fuient dans les montagnes. Mais à l'aspect de l'ennemi ainsi dispersé, le courage revient aux Glaronnais.. Aidés de 30 ou 50 auxiliaires de Schwyz, et appelant à leur secours la Vierge et les saints patrons du pays, Fridolin et Hilaire, ils vont s'adosser à un rocher défendu par un chemin pierreux (Gand dans le dialecte populaire) et attendent l'ennemi, à Naefels près de Schweisingen. Assaillis par les Autrichiens, ils font pleuvoir sur eux un déluge de pierres. Onze fois les Autrichiens reviennent à la Charge ; à la onzième fois ils sont mis en déroule.
La lâcheté du comte de Werdenberg-Sargans, gouverneur de Wesen pour le duc d'Autriche, qui s'était enfui du champ de bataille avec 1500 hommes, avait démoralisé les guerriers de ce prince. Poursuivis l'épée dans les reins par les Glaronnais vainqueurs, les fuyards encombrent le pont de Wesen qui se rompt sous le poids et précipite une foule de malheureux dans les flots de la Linth et du lac de Wallenstadt« La perte des Autrichiens a été évaluée à 17 ou 1800 hommes*, celle des Glaronnais à 54 dont les noms sont consignés dans le nécrologe du Linththal '.
Neuf drapeaux conquis, la grande bannière de l'Autriche entre autres, avec les étendards des comtes de Monlfort, de Toggenbourg et ceux des villes de SchafThouse, Stuttgard, Winterlhour, allèrent orner le chœur de l'égHse de Glaris ; le drapeau de Frauenfeld fut porté à Schwyz.
Pas plus tôt leur pays débarrassé de la présence des Autrichiens, les Glaronnais unis à leurs alliés songent à tirer vengeance de la trahison de Wesen. Mais les Autrichiens ne veulent pas laisser ce boulevard aux mains des ennemis et y mettent le feu eux-mêmes avant de se retirer. La ville autrichienne de Rapperschwyl est attaquée ensuite par les confédérés auxquels s'étaient joints les Soleurois. Elle résiste avec héroïsme à tous leurs efforts.
Dans la joie qu'ils éprouvaient de la miraculeuse délivrance de leur vallée, les Glaronnais instituèrent une fête religieuse et patriotique qui se célèbre encore chaque année le 9 avril et à laquelle tout le peuple prend part. Cette fête porte le nom de pèlerinage de Nœfek (Nœfeker Fahrt) \
^ Ce chiffre est celui de la chronique de Zurich et du Bûrgerhueh de Lucerne, pendant que d'autres sources parlent de 2,500 morts et que la chronique de Ellagenherg réduit le nomhre des morts à 4 ou 500, à partir du champ de bataille jusqu'au pont de Wesen. Blumer, Jàhrbttch, lY, 340.
' Blumer, Jahrhuch, lY, 838. On y trouve, en fait de noms connus, des GaUati, Wanner, Stapfer, Jenny, Kilchmatter, Wala, Welti, Fr. Trûmpi, Stâger, KolL
' L'acte qui institue le pèlerinage commence ainsi : « Au nom de la Très-sainte Trinité. Pour remercier le Dieu puissant, la vierge Marie et les princes du ciel,
Dans toute la Haute- Allemagne, la guerre de Naefels remit aux prises les deux partis. Berne et Fribourg se firent de nouveau une guerre acharnée, qui dura plusieurs mois et où les campagnes fribourgeoises eurent énormément à souffrir. La présence d'un corps de troupes considérable envoyé par le duc d'Autriche ne fut presque d'aucun secours à la ville de Berthold IV, qui ne fut défendue avec courage au combat de Villars-les-Joncs que par la milice du pays. Bûren et Nidau, quoique vaillamment défendus par leur garnison moitié fri bourgeoise, moitié française, tombèrent aux mains des Bernois.
Une entreprise des sujets autrichiens de l'Argovie contre Berthoud échoua complètement par l'éclatante valeur des citoyens de cette petite ville secondés par leurs femmes. Cette participation glorieuse des femmes de Berthoud à la déhvrance de leur cité y était encore naguère l'objet d'une fête de famille appelée la soupe despouks (Hûhnersuppe)*. Par mjy^ïière de représailles, les Bernois portèrent leurs armes jusque dans le Frickthal et en revinrent chargés de butin.
Les Zougois eurent moins de chance contre les Argoviens et perdirent 24 hommes avec leur chef, d'Ospenthal, dans l'endroit appelé depuis Terre des Morts ou Todtenhûgel. La chronique anonyme de Fribourg en Uechtland prétend que TEntlibouch aurait été aussi châtié de sa rébellion contre l'Autriche, par l'incendie de toute la contrée et le massacre de 1,000 personnes qui auraient en vain sollicité leur grâce à genoux (juin i 388).
Au bout d'un an, les horreurs de la guerre s'étaient assez fait sentir aux deux partis pour leur rendre à tous deux la paix désirable. Les villes impériales servirent de nouveau de médiatrices et ménagèrent à Zurich une paix de sept ans, entre les confédérés et les ducs d'Autriche Albert III, frère du duc tué à Sempach, et ses cousins, les ducs Guillaume, Léopold IV, Ernest et Frédéric (avril 1389). En vertu de ce traité, toutes les conquêtes faites par les confédérés et tous leurs traités d'alliance avec les sujets des ducs étaient reconnus valides, et partant l'indépendance de Glaris assurée comme celle de Lucerne et Zoug, quoique le nom de cette vallée ne se trouvât point exprimé dans l'acte. Par une concession qui devait leur coûter davantage encore, les ducs d'Autriche prenaient l'engagement de ne pas tolérer la rentrée à Wesen des citoyens de cette ville qui avaient manqué à la foi jurée envers les confédérés ; ces derniers, de leur côté, s'engageaient à ne plus
Fridolin et Hilaire, nos protecteurs, et perpétuer la mémoire de leurs secours, nous, Conseil et gens du pays de Glaris. ...» Blumer, Jahrhuchj IV, 347. * Wattenwyl-Diesbach, H, 299.
faire de bourgeois sur les terres des ducs et à n'accepter comme tels que ceux qui résidaient sur leur territoire *.
Parmi les villes impériales qui avaient négocié celte paix, la chronique dite de Klingenberg et celle de Zurich ^nomment Rotwyl, Constance, Ueberlingen, Ravensbourg, que nous trouvons souvent mêlées aux affaires des confédérés. Elles faisaient partie d'une nouvelle ligue de plus de trente villes sous le nom de Confédératwn du tour du lac (Bund iim den See) conclue en opposition aux liguQs formées par les seigneurs sous le nom de chevaliers du Lion, de Saint-Georges, de Saint-Guillaume. Cette ligue des villes souabes donnait la main à celle des villes rhénanes, Mayence, Worms, Strasbourg '. Mais chose étonnante, pendant que l'humble Confédération formée par les Waldstaetlen et quelques villes et peuplades du voisinage, se consolide et prospère après les guerres de Sempach et Naefels, ces ligues bien autrement puissantes qu'on nommaient le Rheinbund et le Schwabenbund s'écroulent. Une bataijle avait sauvé les confédérés ; une bataille, celle de Dôffingen, perdit la ligue des villes impériales de la Souabe. Les troupes de ces villes y furent battues à plate couture par le comte Éverard de Wurtemberg (le 24 août 1388), c'est-à-dire quelques semaines après la bataille de Naefels. Pour achever leur ruine, un édit du versatile roi Wenceslas, daté d'Éger en Bohême (le 2 mai 1389), déclara dissoutes dans TEmpire toutes les ligues existantes comme attentatoires à Dieu, au roi, au saint empire et au droit.
9* lie bourgmestre Sehœno à Zurich. ~ I^e ConTeiiaiit de Sempaeh. ~ Agrandissemeiit des États eonfédérés
Le sort des armes avait affranchi les Glaronnais de la dépendance del'abbesse de Seckingen et des ducs d'Autriche, les avoués de ce pays. Mais l'autonomie de la vallée n'était pas complète dans les vingtdeux Tagwen ' ou communes dont se composait le pays émancipé.
Par Tentremise des principaux magistrats de Zurich, Claris chercha à obtenir et obtint en effet, mais après cinq ans de négociations seulement (1390-1395), le rachat de tous les droits de Tabbesse (censés, dîmes, droit de meilleur catel) *. Les redevances des Glaronnais consis-
^ Segesser, eidg, Ahschiedede 1245 à 1420, appendice, 324. ' Vischer, Gesch. des schwàhischen Stadtebundes^ 170. • Blumer, Jahrbuch, VI, 362.
^ Blumer, Jahrbuchj YI, 359-369, et Liste des landammans de Glaris en appendice à son StaatS' und Bechtsaesch, der schw, DcmocraHen,
tant principalement en nature, celles-ci durent être évaluées en argent pour l'opération du rachat. Au nombre des négociateurs zuricois on voit figurer le bourgmestre Rodolphe Schwend, les conseillers Jean Erishaupl, Rodolphe Schœno, Henri Landolt et Rodolphe Stûssi, le père de celui qui devait jouer un rôle si considérable dans la politique suisse pendant la première moitié du XV"*® siècle.
Dans cette affaire comme dans celle du rachat de Seckingen, Claris est représenté par son premier landamman librement élu, Jacob Huphan, dontle nom apparaît, le 23 juin 1391, k la tète delà landsgemeinde et de la magistrature des Trente qui formaient alors le conseil porté plus tard à soixante membres.
Mais la paix et les négociations ont souvent été plus dangereuses aux anciens Suisses que la force ouverte et les batailles. Le décès du bourgmestre Rodolphe Schwend avait placé à la tête des Conseils du canton de Zurich Rodolphe Schœno, magistrat qui avait hérité des vices de Broun, mais non de ses grandes qualités. Léopold IV du nom, surnommé le Gros, profita du rétablissement des communications pour corrompre ce chef de la république et l'engager à contracter une alliance de vingt ans avec l'Autriche. Deux autres membres du gouvernement, Jean Erishaupt et Henri Landolt, entrèrent dans le complot et travaillèrent avec Schœno à gagner la majorité du conseil. Informés parleurs amis de ce qui se passait, six membres de la Ligue, savoir : les trois Waldstaetten, Zoug, Lucerne, Claris, firent des représentations au gouvernement de Zurich au sujet de ce projet d'alliance séparée, violation flagrante de l'alliance éternelle. Les représentations ne furent pas écoutées. On ne s'arrêta pas davantage à l'opposition des magistrats et des bourgeois dévoués à l'union fédérale.
Au mois de juin 1393, le Sonderbund autrichien fut signé à Zurich. Il était conçu en termes tels, que cet État déclarait ouvertement se séparer de la Confédération et se mettre sous le patronage des ducs d'Autriche.
A cette nouvelle alarmante, les députés de tous les cantons auxquels s'étaient joints ceux de Soleure, allié de Rerne, accoururent à Zurich. C'était le 8 juillet. Comme en 1370, le peuple s'attroupa devant l'hôtel de ville. La bourgeoisie convoquée aux Cordeliers par décision du . grand conseil, déposa et punit de l'exil le bourgmestre et les conseillers infidèles. Rodolphe Schœno sortit de sa ville natale pour n'y plus reparaître. Il fut remplacé comme bourgmestre par Henry Meywss, l'un des principaux membres de la patriotique société des Renards et dont l'oncle était tombé pour la patrie à Taetwyl (15 juillet 1393).
La chute de Schœno eut pour résultat un nouveau changement dans la constitution zuricoise, où le petit conseil effrayé avait convoqué le grand à la hâte. Le conseil des Deux-Cents, subordonné précédemment au bourgmestre et au petit conseil, devint le pouvoir prépondérant de l'État. Tous les six mois on élisait un des deux bourgmestres et les conseillers en charge. Le grand conseil partageait avec le petit le droit de faire cette élection auparavant réservée k ce dernier. Les membres du petit conseil furent pris indifféremment parmi les constables et les hommes de métier. On remarque dès lors au sein du grand conseil la tendance à empêcher ces appels à la commune si fréquents depuis Broun. Il décida même qu'on ne soumettrait plus aux assemblées générales que les affaires majeures de paix et de guerre, d'alliance, les relations avec le saint Empire, et cela seulement dans les cas où la majorité du grand conseil le jugerait opportun à la chose publique*.
Les députés des huit États confédérés et de Soleure, l'aUiée de Berne, profilèrent de leur réunion à Zurich pour élaborer en commun un code militaire dont le besoin s'était particulièrement fait sentir dans les dernières guerres. Ce code, connu sous le nom de Lettre ou Cotwenant de Sempach (Sempacher-Brief), a été appelé la Lettre des Femmes (Frauenbrief), à cause de certaines dispositions relatives au sexe faible. Un respect touchant pour la femme et un profond sentiment religieux et humain respirent dans cette ordonnance et en font un beau monument de l'esprit de nos pères. Nous donnons en note* les principaux
* Bluntschli, Gesch. der Bepuhlik Zurich^ I, 276 et suiv.
^ « Nous, les bourgmestres, avoyers, landammans, conseils, bourgeois et campa- « gnards des villes libres et des États (Orte) de Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, « Zoug, Urî, Schwyz, Underwdld et Glaris, arrêtons d'un commun accord ce qui « suit : Nul ne doit commencer sans nécessité et par caprice une guerre générale «. on privée. Lorsque nous marcherons ensemble ou séparément contre l'ennemi,
< chacun se rangera sous sa bannière et combattra autour d'elle, en brave, selon « la coutume de nos ancêtres. Celui qui abandonnerait sa bannière, ou s'en éloignent rait pour pénétrer de force dans une maison et y commettre quelque attentat, « s'il est convaincu de ce crime par deux témoins honorables, sera arrêté par le « gouvernement dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa personne c et ses biens pour servir d'exemple aux autres. Celui qui dans un combat ou dans
< une attaque reçoit une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque autre « blessure qni le mette hors d'état d'être en aide à lui-même où à l'armée, doit
< néanmoins ne pas fuir, mais rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du « danger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera l'ennemi jusqu'au der-
< nier moment. Comme l'ennemi aurait souffert bien davantage près de Sempach, « si l'on s'était moins pressé de se livrer au pillage, et qu'il aurait pu profiter de ce « moment pour se rallier, personne à l'avenir ne se jettera sur le butin avant que « les chefs n'aient donné le signal du pillage. Chacun leur remettra fidèlement tout
< ce qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force des contingents,
passages de la Lettre ou Convenant de Sempach. Ce souci respectueux de la femme se retrouve, par une curieuse analogie, dans les dernières instructions que le grand connétable de France, Duguesclin laissa en mourant aux vieux capitaines qui s'étaient attachés depuis quarante ans à sa fortune : « Il les pria de ne point oublier ce qu'il leur avait « dit mille fois, qu'en quelque part qu'ils fissent la guerre, les gens « d'église, les femmes et les enfants et le pauvre peuple n'étaient point « leurs ennemis (1380) *. »
Les temps du Convenant du Sempach sont marqués par l'accroissement du territoire de la plupart des États confédérés, La ville de Berne, maîtresse de l'Emmenthal, d'une partie del'Oberland (Tboune, Untersée), deBuren et Nidau conquis en 1388, alHée perpétuelle de Neuveville, à la même date, s'agrandit encore de la vallée de Frutigen, d'Aarberg, de Signau et du Siebenthal. Le seigneur de ce dernier pays l'avait vendu aux Fr ibourgeois ; mais les habitants refusèrent de souscrire à cette vente et se donnèrent à Berne. Fribourg et Berne, du reste, s'étaient réconciliées et venaient de renouveler à perpétuité leur combourgeoisie dans l'église de Laupen (1403).
Lucerne garda les conquêtes qu'il avait faites durant la guerre de 1386, et ajouta ainsi plusieurs contrées à son territoire : TEntlibouch, Hochdorf, Russwyl, Sempach. L'or lui procura Willisau, Rothenbourg, Ébikon et Weggis. Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il fallut employer le fer pour forcer ceux de Weggis à obéir comme sujets à ces mêmes bourgeois de Lucerne qui les avaient admis, quelques années auparavant, comme libres confédérés dans leur combourgeoisie. Les Waldstaetten auxquels en appelèrent les hommes de Weggis, donnèrent gain de cause aux Lucernois. Triste exemple de l'égoisme d'hommes étroits et cupides, qui, après avoir conquis la liberté pour eux, s'arrogent un pouvoir usurpé sur les autres!
La commune de . Gersau qui, plus heureuse ou plus habile, était parvenue à se hbérer de l'hypothèque qui pesait sur elle et à faire reconnaître ses 400 habitants avec ses cent feux comme république
€ entre tous ceux qui auront pris part à l'action. Puisque le Dieu tout-puissant a « déclaré les églises ses demeures, et qu'il a accompli le salut du genre humain par « une femme, notre volonté est qu'aucun des nôtres n'ait la témérité de forcer, « piUcr, dévaster, incendier un couvent, une église ou une chapelle, ou d'attaquer « à main armée, blesser ou frapper une femme ou une fille. Il est cependant permis « de poursuivre l'ennemi jusque dans les églises et de sévir contre les femmes qui « nous attaquent ou crient si fort qu'il pourrait en résulter un préjudice pour nos « armes. Ainsi fait et juré le 10 juillet 1393. » Segesser, de 1245 à 1420, 327. ^ Hénault, Abrégé chronologique de VHistoire de France, 179.
indépendante, se maintint libre et souveraine pendant quatre siècles, de 1390 k 1798 \ Zurich acheta de la noblesse appauvrie les bailliages de Kùssnacht sur le lac de Zurich, Hœngg, Thalwyl, les seigneuries de Grûningen, Greiffensée, Regensberg et plusieurs autres. Une combourgeoisie de dix-huit ans unit cette ville et le comte Frédéric VII de Toggenbourg, ancien ami des Zuricois (1400). L'abbé d'Einsiedeln fit une alliance analogue, et son exemple fut suivi par ceux de Rûti, de Cappel et une foule de seigneurs laïques, les Bonstetten entre autres, propriétaires de plusieurs châteaux aux environs de Zurich, Uster par exemple. Zoug acquit Saint- André près de Cham ; Underwald Hergiswyl et Alpnach, et partagea avec Uri le droit de péage du Saint- Gothard. Uri fit une alliance perpétuelle avec la vallée d'Urseren.
Le Nidwald essaya d'étendre sa domination sur les gens de la vallée d'Engelberg, dépendance de Tabbaye de ce nom, et à les attirer dans sa combourgeoisie. L'excommunication de Tévêque de Constance n'arrêta point les empiétements. Il fallut une sentence des États confédérés de I.ucerne, Schwyz et Underwald, sous le protectorat desquels Tabbéprince d'Engelberg avait placé ses droits de souveraineté.
Schaffhouse où les nobles et les bourgeois étaient aux prises depuis un demi-siècle, change pour la troisième fois sa constitution, adopte l'institution des tribuns et nomme un bourgmestre à l'instar de Zurich (1411).
Soleure, après avoir partagé avec Berne le territoire autrichien de Bùren, s'arrondissait par l'acquisition des terres de Balm, de celles du Leberberg au pied du Jura et enlevait ainsi la clef du pays aux gentilshommes pillards des deux châteaux de Falkenstein, dans les défilés de ces montagnes.
Un peu avantla bataille de Sempach, l'esprit démocratique en progrès à Bàle, opposait à son bourgmestre et à son grand tribun une magistrature plus démocratique, celle de YAmméstre, calquée sur la constitution strasbourgeoise. Bâle est alors le théâtre de révolutions incessantes où la
^ Cette petite république {r^ublichetta, comme diraient les Italiens) a eu ses historiens locaux. Voir la monographie de Pabbé Rigert, Kurisgefcussie Gesch, des Freiataates Gersau (1817), et la notice plus complète insérée dans le GeschicMsfreund de 1861 par le conseiller Damian Camenzind, de la famille la plus ancienne et la plus nombreuse de cette commune, jadis souveraine. Gersau avait sa Landsgemeinde, son Amman, son capitaine du pays, son Statthalter ou lieutenant du Landamman, et les mêmes magistrats que les Waldstaetten. Elle avait un gibet, marque de son indépendance judiciaire. Les armes de Gersau étaient de gueules parti d'azur. Ce sceau portait Pimage de St-Marcel. Les destinées de cet Ëtat microscopique ont fait l'objet d'une curieuse notice intitulée : La Eépubligue de Gersau, par Adolphe Gautier. Genève, 1868, chez Georg.
bourgeoisie avec las quinze corps de métier lutte avec succès contre une noblesse hautaine et de plus en plus impopulaire. L'acquisition du Petit- Bile, celle de Liestal et la cession à prix d'argent de Tavouerie impériale par le roi Wenceslas viennent ajouter à la sécurité et à la puissance delà cité du Rhin (1«' août 1386) \
Une alliance de vingt ans avec Berne et Soleure devait peu de temps après consolider l'autonomie bâloise. Tout cela était l'œuvre de la victoire des confédérés à Sempach, coïncidant avec le déclin de la maison d'Autriche et la faiblesse croissante de l'empire sous son indigne chef Wenceslas. Les électeurs coalisés contre ce dernier s'entendirent à la fin pour le déposer, et le remplacèrent par un prince plus digne du trône, Robert de Bavière (20 août 1400).
La haine des confédérés pour l'Autriche n'avait pas encore altéré leur respect pour l'Empire. A l'avènement du nouveau roi, les confédérés lui auraient, si l'on en croit Tschoudi, prêté hommage. Les Schwyzois seuls s'en seraient dispensés en disant : « A quoi bon ces € formalités? Nos ancêtres les ont rempHes et n'ont pas été protégés « par l'Empire. Nous nous protégerons bien nous-mêmes. »
Comme le fait observer le savant historien lucernois Segesser, ce langage est anticipé et en contradiction avec des documents authentiques, ceux par lesquels le roi Robert confirme les franchises et libertés des confédérés, y compris Schwyz, en date des 28 août et 28 septembre 1 401 * par actes signés à Amberg et à Inspruck.
Jusqu'aux temps de la guerre de Sempach et de Naefels, le seul nom collectif sous lequel on paisse désigner les États de l'alliance perpétuelle est celui de Confédérés. Encore dans les actes officiels, les pays de l'alHance ne se désignent-ils eux-mêmes que sous leurs noms ethniques particuliers.
Le nom de Suisses (Suitenses) employé par le chroniqueur autrichien Jean de Winterthour ne s'appliquait dans le principe qu'aux Schwyzois proprement dits et par extension à leurs alliés d'Uri et d'Underwald. Avant le milieu du XIV"^ siècle cependant, cette appellation commence à prendre un sens plus général et paraît dans certaines chroniques du temps écrites en Allemagne'. Mais ce n'est que depuis la
* Heussler, Verfassungsgesch. der Stadt Baseî, 280 et suiv.
* Segesser, eidg. Ahschiede de 1245 à 1420, 99 et 100. — Bœhmer et Chmel, Beffesta RyperU^ 18S4. 49, 55.
' Toirles annales deZwetl (1320), Mathias de Neachàtel sur le Rhin (1350). « ProvineiaqM dicitur Sweines, » lit-on dans le Calendrier de Zwetl (1352). Georges de Wyss, Indicateur d^histoire de 1870, 51. On écrivait aussi Swicze.
HI8TOIBB SUISSE. 18
274 aviLiSATioN au xiv">« siècle.
guerre de Sempach que le nom de Suisse commence à devenir d'un usage plus ou moins commun dans le langage des chroniqueurs, car il n'y en a pas encore trace dans la langue officielle et les actes des diètes \