‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 39 sur 77 · AMÉOÉE VIII DR SAVOIE · texte numérisé non relu

AMÉOÉE VIII DR SAVOIE

tS. Amédée VIII9 doc de Savoie et baron de Yaod. — FrlbonriT» émaneipé de rAntrlche et de la SaTole, doTlent rallié des Suisses. — (1400 ft 1460.)

Pendant la guerre de Zurich et toute la première moitié du XV"^® siècle, les populations romandes des bords du Léman étaient soumises k la <]omination ou à l'influence d'Amédée VIII, le plus célèbre des anciens princes de Savoie après le Petit-Charlemagne. Sa prudence et son habileté le firent surnommer le « Salomon de son siècle. » Duc de Savoie (1391-1434), ensuite ermite, pour là forme, à Ripaille, il avait été nommé pape au concile de Bâie sous le nom de Félix V, et reçut, à Moral, iEneas Sylvius et les autres ambassadeurs du concile qui lui annoncèrent son exaltation (1439). Mais, dix ans plus tard, lassé de sa lutte contre le pape Eugène IV, pour lequel le roi Frédéric III avait pris fait et cause, il avait abdiqué à Lausanne et échangé la tiare contre le chapeau de cardinal et la mitre des évêques de Genève qu'il réussit à transmettre à son petit-lils, âgé de huit ans seulement, et à plusieurs princes de sa famille. L'acquisition du comté de Genevois, en augmentant sa puissance, accrut ses prétentions. Il chercha d'abord k soumettre entièrement à sa maison la cité d'Arve et Rhône, située au cœur de ses Etats, puis toutes les principales villes de la terre romande, entre autres Lausanne et Sion, déjà si souvent occupées par les Savoyards. A Genève, comme nous l'avons vu plus haut, une concession épiscopale était venue sanctionner l'élection par le duc de Savoie du ridomne ou juge épiscopal et du châtelain de Gaillard, chargé de présider à l'exécution des criminels prononcée par les syndics ou premiers magistrats de la ville. Mais Araédée VIII ayant entrepris d'étendre ses droits légaux, ses tentatives échouèrent devant la résistance des chefs de famille on maîtres d'hôtel, qui, assemblés au son de la cloche, au nombre de 727, par les quatre syndics ou premiers magistrats de la ville déclarèrent solennellement « repousser à jamais toute domination étrangère. »

Le gouvernement de Genève conserva donc sa forme îw/jc^e», c'est-à-dire à la fois monarchique par l'évêque, aristocratique par les chanoines, le conseil et les syndics, et démocratique par le conseil général des chefs de famille qui se réunissaient deux fois l'année au son de la grande cloche de Saint-Pierre. Les libertés de Genève furent confirmées par Tempe-

H&mmerli, publié par M. Jean-Henri VôgeM (1873), et un article de M. Th. de Liebenau dans V Indicateur d'histoire suisse, 1876. 189. Le nom du savant et infortuné chanoine s'écrit indifféremment Hemmerlein, Hoemmerlci i ou Hammerli ; au moyen âge, on n'y regardait pas de si près.

*]â6 AMÉDÉE Mil DE SAVOIE.

reur Sigismond, qui prit « V Église et la cité sous la protection àeVaigle impériale ».

Mais ce qui valait mieux que la protection des empereurs, c'étaient le généreux courage et l'esprit publicqui animaient les citoyens de Genève. Au premier rang on voyait déjà briller les noms de ces treize mémorables familles dont les descendants immédiats devaient procurer à leur patrie, an prix de leurs biens et de leur sang, l'affranchissement complet du joug étranger*.

Dans le pays de Vaud, Amédée VIII eut plus de succès qu'à Genève. Il s'empara des trente seigneuries du dernier sire de Cossonay et de toutes les propriétés d'Othon de Grandson, le plus puissant des chevaliers vaudois.

Otlion avait guerroyé en France, en Angleterre, en Italie; il était beau, spirituel, connu à la fois dans les cours de l'Europe comme gracieux troubadour et vaillant capitaine. Mais une passion coupable qu'il avait nourrie dans sa jeunesse pour la femme de Gérard, baron d'Estavayer, causa sa ruine et celle de toute sa famille. La mort subite du précédent comte de Savoie, Amédée VII, avait donné lieu à des bruiU d'empoisonnement. Gérard accusa de ce crime Othon de Grandson, son rival. En vain, le malheureux chevalier chercha-t-il à se laver de cet horrible soupçon; il fut obligé de se soumettre ?iu jugement de Dieu, et de se battre en duel avec son accusateur à Bourg-en-Bresse, où s'étaient rendus Amédée VIII et un grand nombre de nobles vaudois, savoyards, bourguignons, partisans d'Othon ou de Gérard d'Estavayer. Othon, qui était malade le jour du combat, fut vaincu et tué par son implacable adversaire (3 août 1397). Toutes ses seigneuries furent confisquées par le duc de Savoie. Il garda pour lui le Vully et Cudrefin, et inféoda Grandson k Louis de ChAlons, prince d'Orange, qui possédait déjà Orbe et Cerlier, et qui, de suzerain du comté de Neuchâtel, visait à devenir le souverain de ce pays.

De Lausanne, une de ses résidences favorites, et qui lui dut la fondation du couvent de Saint-François, comme Vevey celui de Sainte-Claire, Amédée VIIl jetait aussi des regards de convoitise sur Fribourg, ville dépendante des ducs d'Autriche, mais entièrement isolée au milieu d'un réseau de chAteaux et de villes dévouées à Berne ou à la Savoie. A Fribourg le commun peuple, les bourgeois, et les paysans allemands surtout, gardaient un dévouement aveugle à l'Autriche, pendant que la

* Ces treize noms historiques sont ceux de Lullin, Hugues, de la Rive, Pécolat, Taron, Berthelier, Lévrier, Jean-Philippe, Roset, d'Orsières, Carra de Baud, Bandières, Vandel. M. Pictet de Sergy, Histoire de Genève,

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