‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 61 sur 77 · PAIX PERPÉTUELLE DE FRIBOURG AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

PAIX PERPÉTUELLE DE FRIBOURG AVEC LA FRANCE

pour l'expédition d'Italie an cas où Ton restituerait au roi une partie des bailliages italiens, cédés aux Suisses par Maximilien Sforza. François I^** assurait encore à cbaque canton un subside annuel de 2,000 francs qui fut porté à 3,000 par le traité subséquent. Les privilèges commerciaux des Suisses établis à Lyon étaient garantis. Les cantons, en revanche, s'engageaient à fournir au roi une levée de 6,000 bommes en temps de paix et de 16,000 en cas de guerre. Les Grisons, le Yaliais» St-Gall, Mulhouse, étaient admis à participer au bénéfice de l'alliance. Tel est le fameux traité de Fribourg, base de tous les traités conclus depuis lors avec les successeurs de François I«^ et qui, selon l'expression de Chateaubriand « ne laissait aux Suisses que le stérile honneur de « verser leur sang pour la France sur les champs de bataille de l'Europe * . »

Cette dépendance de la Suisse à l'endroit de la France ne commencera cependant à proprement parler que cinq ans plus tard, où la paix perpétuelle se convertit en alliance offensive et défensive de douze cantons et de leurs alliés (les Grisons, Mulhouse, Rothwyl, Bienne) avec François l®^ à la diète deLucerne, le 5 mai 1521 *. Ce n'est qu'à partir de ce traité de Lucerne que les Confédérés échangent leur rôle d'arbùres de Vltalie et de la politique européenne, que leur avaient valu leur supériorité militaire et les grands desseins du cardinal de Sion, contre la position humiliante de champions et auxiliaires de la grandeur et du despotisme des rois de France. Pendant trois siècles, tous les champs de bataille de ces princes seront arrosés du sang de nos compatriotes ; la libre et glorieuse terre des Winkelried et des Nicolas de Fliie semblera souvent s'être transformée en une colonie et une pépinière de soldats de la France.

La prépondérance de François I®*^ fit aussi tomber Matthieu Schinner. Frappé de la mazze et proscrit de nouveau par six dixains du Haut- Vallais, le cardinal de Sion avait lancé derechef aussi Tanathème à Georges Supersax et aux patriotes armés contre lui. Le dixain de Louëche, qui lui était resté fidèle, et les Bas-Valiaisans qui regardaient ceux du Haut comme des rebelles, avaient pris fait et cause pour le cardinal. Tenant tête à l'orage et la menace à la bouche : « Brigue, s'était écrié Schinner, < est le siège de la révolte, je le ferai démolir et raser. » Mais l'orage est plus fort que lui : ses partisans sont battus ou se soumettent ; Schinner, réduit à fuir pour la seconde ou troisième fois, se réfugie à Zurich (septembre 1518), où il cherche à se fixer et où il veut acheter une maison. Ce canton seul était toujours hostile à la France et suivait les

^ Chateaubriand, Études historiques. Edition Ladvocat, 1881, lY, 242.

' Ce traité est dans Strickler, eidg, Abschiede de 1521 à 1525, appendice, 1491.

PARTICIPATION DES SUISSES A l'ÉLKGTION DE CHARLES V. 421

inspirations de son nouveau curé, l'éloquent Zwingli, grand ami du cardinal, et un ardent champion de la politique romaine ^ Secondé par cet homme influent et les magistrats zuricois, Schinner obtient le renouvellement de l'union autrichienne et un vote formel de la diète en faveur de Charles V d'Autriche, compétiteur, pour la couronne impériale, de François l^', le vainqueur de Marignan et l'allié perpétuel des Suisses. Il se rendit lui-même à Worms, de la part du roi d'Angleterre Henri VIII, et contribua personnellement à l'élection qui eut heu le 28 juin 1519, en dépit du pape Léon X, successeur de Jules II, qui ne voulait pas de Charles V. Mais les Suisses, comme les princes-électeurs d'Allemagne, n'intervinrent pas gratuitement dans l'élection. La maison d'Autriche dut donner 800 florins à chaque canton sans compter les pensions secrètes*. « Quand on parle à eux, disait Berghes, l'ambassade deur de Charles V, il faut avoir de l'argent en mains comme si on « allait au marché. » François I^*" n'avait pas non plus épargné les largesses, et son ambassadeur, Louis Dessoliers, avait parcouru divers cantons, mais sans succès. Les Fribourgeois eux-mêmes, nonobstant leur dévouement à la France, se bornèrent à promettre qu'ils resteraient neutres. De ce que les Suisses recevaient de l'argent de Charles V, il ne faudrait donc pas conclure qu'ils n'agissaient que sous l'empire de ce métal, car le roi de France en était, comme on sait, plus richement pourvu que son compétiteur. Un sentiment plus élevé que l'intérêt privé respire dans la lettre adressée par les cantons aux princes électeurs pour les détourner d'élire François ^^ Ils déclaraient que cette élection serait un déshonneur pour la nation allemande, pour la chrétienté tout entière, et que pour leur compte ils la verraient avec le plus grand déplaisir «c attachés, disaient-ils, comme nous le sommes, au saint em- « pire dont nous avons reçu notre liberté la meilleure et dont nous « portons l'aigle dans nos armoiries '. » Au pape Léon X et au roi de France lui-même les Suisses écrivirent dans le même style, si différent de celui qu'ils employaient lors de la guerre de Souabe *.

^ Gisi, Die Beziehunyen zwischen der Schweiz und England in àen Jahren 1515 bis 1517, 270

* Correspondance officielle de Berghes, ambassadeur du roi de Castille. Documenta pour V Histoire de France^ 518. Le cardinal de Sion reçut en cette circonstance 1000 florins d'or du roi Henri YIII, dont il était le pensionnaire, comme il était celui du roi de Castille et du pape. « Il faut, écrivait Berghes au roi de Cas- « tille, Charles Y, que vous ayez égard à ce qu'il est poure et qu'on lui a pris « tous ses biens. Je lui ai donné 1000 florins et sollicite les 1000 autres promis. « C'est un léal personnage. II y a pitié à son cas (Constance, 12 avril 1518). »

' Voir la lettre des Confédérés aux électeurs. Segesser, Abschiede de 1500 à 1520, 1150.

* Ibid., 1164.

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