‹ Histoire de la confédération suisse (volume 4)Chapitre 28 sur 75 · Première alliance perpétuelle (^!S · texte numérisé non relu

Première alliance perpétuelle (^!S

Toujours occupé de l'agrandissement de sa famille, Rodolphe de Habsbourg avait vainement cherché, avant de mourir, à faire élire son fils aîné Albert comme son successeur. Sans doute, ce prince avait plusieurs des qualités qui font le héros et Thomme d'État. Il était sobre^ économe, régulier dans ses mœurs, brave à la guerre et toujours parfaitement maître de lui-même. Mais on eût vainement cherché chez lui cette loyauté de caractère et ces qualités joviales qui avaient rendu Rodolphe si cher aux bourgeois d'Allemagne. Son abord froid et sévère, son regard terne, sa taille voûtée, n'étaient pas propres à corriger l'impression défavorable que faisait éprouver à ceux qui rapprochaient le caractère dur et inflexible de ce prince. On le savait d'ailleurs père de nombreux enfants et homme à user de toutes sortes de moyens pour pourvoir à l'entretien de sa famille.

Dans l'administration de ses États héréditaires, Albert avait donné la mesure de son peu de respect pour les droits acquis des seigneurs et des villes; il avait vu se soulever contre lui les bourgeois de Vienne, toute la noblesse du pays, la Bohême, la Styrie et Salzbourg. Pour se

concilier les Viennois au temps de sa guerre contre Olfokar, roi de Bohême, Rodolphe, père d'Albert, leur avait octroyé de grandes franchises et la liberté impériale. Albert refusa de reconnaître la charte paternelle, bloqua sa capitale par terre et par eau, et força les députés de la bourgeoisie à venir pieds nus et tête nue lui apporter sur le Galenberg, où il était campé, les clefs de leur ville avec la charte du roi son pèrç qu'il se donna le plaisir de lacérer sous les yeux des opprimés. Joignant la cruauté au mépris du droit, Albert fit crever les yeux, arracher la langue et couper les doigts à un certain nombre de prisonniers*. Ceci se passait le 18 février 1288*. Aussi, à la mort du roi Rodolphe, la crainte de lui voir succéder Albert émut-elle toute la Haute- Allemagne.

Zurich jeta le premier cri d'alarme*. Neuf jours après le décès du premier des Habsbourg, le Petit et le Grand Conseil de cette ville jurèrent de n'obéir qu'au monarque dont le choix aurait obtenu l'assentiment de toute la bourgeoisie (24 juillet 1291).

Peu de jours après (le dix-septième depuis la mort de l'empereur) les Waldstaetten risquèrent un oas Nen autrement décisif. Uri, Schwyz et le Nidwald ou Bas-Unde^v^dld ^le Haut y adhéra plus tard) conclurent

^ Malgré sa partialité notoire pour les Habsbourg, l'historien lucernois Eopp n*a pas pu déguiser ce fait que Jean de Muller avait déjà mis en lumière (p. 54 du 2™« vol., traduction de Monnard). Les sources communes où ont puisé ces deux historiens sont la chronique autrichienne de Grégoire Hagen et la chronique rimée d'Oitokar. L'avarice d'Albert et sa soif insatiable d'agrandissement sont attestés par tous les chroniqueurs contemporains, même les plus dévoués aux Habsbourg : le moine de Winterthour, Matthieu de Neuenbourg, la chronique de Fûrstenfeld, celle d'Osterhofen, de Haselbach, les annales léobiennes, celles de Worms et de May ence. Voici le langage de Jean de Winterthour : «Huncregem « Albertum fama vicio avancie minis excessive irretitum testatur : castra, < civitates et oppida suorum consanguinorum sibi indebite usurpavit quod causam ante tempus morti c sue dédit. » Parlant de sa fin tragique, l'annaliste de Mayonce prétend qu'Albert ne fut pleuré par personne, attendu qu'il n'y avait en lui ni vertu ni justice (Pertz,Monumenta, XVIH, 317). La chronique du moine de Fûrstenfeld (Volmarc) accuse Albert d'avoir tourné les électeurs contre Adolphe de Nassau à force d'argent et ne dissimule pas le fort soupçon d'empoisonnement que fit naître contre le fils aîné du roi Rodolphe la mort subite et si opportune pour lui du roi de Bohême Wenceslas et de son fils, beau jeune homme plein de talents et d'avenir (1305, et 1306) (V. Bôhmer, Fontes rerum Germanicarum, 1845). Ce savant n'en a pas moins traité de calomnie tout ce qu'on dit d'Albert, donnant pour raison de ce dénigrement systématique selon lui, le besoin qu^on avait cPun tyran pour servir de cadre à Vhiatoire de Guillaume TelL Mais comment Bôhmer et les écrivains suisses qui ont reproduit ce passage pourraient-ils concilier avec ce besoin les jugements des chroniqueurs contemporains auxquels Guillaume Tell était parfaitement inconnu ?

* Kopp, Geschichte, Buch II, 532, d'après la chronique rimée d'Ottokar, 618.

^ « Zurich gab den ersten Anstoss. » Kopp, Urkunden, I, Si.

leur première alliance perpétuelle (i^^ août 1291). Le document de celle alliance, muni des sceaux des trois vallées, a été retrouvés en allemand, dans les archives de Stanz et en latin dans celles de Schwyz. Ce pacte de 1291 est la pierre angulaire de l'état fédéralif des Waldstaetten et le noyau d'une Confédération plus étendue et destinée à rallier en faisceau toutes les forces nationales éparpillées autour d'elle, dans la plaine et sur les montagnes. Le nom d^Eidgenossen (compagnons du serment), déjà consacré dans l'alliance à terme de Berne et Lucerne (1251), reparaît dans le pactadu 1®"" août 1291. « Tous pour un, un pour tous, » telle est l'âme de l'alliance perpétuelle.

Voici, en français, le résumé aussi fidèle que possible de ce document à jamais mémorable :

Au nom de Dieu, Amen.

Considérant la malice des temps, à reiTet de se défendre avec plus d'efficace ainsi que de se conserver dans la situation désirée, les hommes de la vallée d*Uri:, tous les hommes de la vallée de Schwyz et ceux de la vallée inférieure de TEntreroont ', ont promis de bonne foi de se soutenir nutiiellement au dedans et au dehors du pays avec toutes les forces dont ils ^lo ye^/4isposer, envers et contre quiconque tenterait de leur faire violence, de les inquiéter ou de porter atteinte à leurs personnes et à leurs biens. Ils s'engagent par serment à se secourir les uns les autres à leurs frais, à résister aux attaques des méchants, à venger les injures qui pourraient leur être faites, renouvelant ainsi Tancienne forme de Confédération ' scellée par serment. Tout cela sans préjudice des services que chacun, selon sa condition, doit rendre à son Seigneur et qu il rendra comme par le passé. Nous sommes unanimes à convenir que nous ne reconnaîtrons pas pour Juge celui qui aura acheté sa charge ou qui ne serait indigène et habitant de ces contrées. Si quelque conflit vient à surgir entre les Confédérés, les plus prudents interviendront par arbitrage pour apaiser le différend selon qu'il leur paraîtra expédient, et si Tune ou l'autre des parties refusait de se soumettre, tous les autres Confédérés se déclareraient contre lui. Si quelqu'un tue un autre sans être en état de légitime défense qu'on le saisisse et qu'il soit mis à mort, à moins qu'il puisse démontrer son innocence. Et s'il sort du pays, qu'il n'ait pas l'audace d'y rentrer. Les fauteurs et partisans d'un malfaiteur sont bannis des vallées jusqu'à ce qu'ils soient rappelés par les Confédérés. Si quelqu'un d'entre ces derniers profite du silence de la nuit pour commettre un incendie, il aura cessé d'être notre concitoyen.

Tous ces statuts établis pour l'utilité générale sont faits pour durer à perpétuité avec la grâce de Dieu. En foi de quoi nous rédigeons le présent acte et nous y apposons les sceaux des trois Communautés et vallées *,

* Par le savant Gleser, de Bâlc, en 1760.

^ Communiias hominum intramontanorum vallis inférions. Nous avons déjà fait observer que c'est ainsi que s'appelait le Nidwald ou l'Underwald du Bas. ' « Antiquam confederationis forniam juramento vallatam. »

* Segesscr, Eidgenôssiscke Abschiede, de 1245 à 1420. Appendice, 241.

Certes, il faut être grandement égaré par Tesprit de parti ou de système pour trouver, avec certains publicistes, une rébeUùm de stgets dans cet acte d'union où tout respire^» au contraire, le souci et le respect du droit. On a accusé les auteurs du pacte de 1201 d'avoir usurpé l'autorité du landgrave ou du bailli impérial, en décidant de leur chef que « tout « confédéré qui en attaquerait un autre injustement et par surprise se- « rait mis à mort. 3> Mais dans un temps d'anarchie, où la majesté impériale était foulée aux pieds par les seigneurs et par Albert d'Autriche lui-même, ou y avait-il hors de soi pour un peuple quelque garantie de justice? Et quand chaque dynaste et hobereau, chaque ville et commune cherchaient, de l'aveu de l'historien Kopp lui-même {Urkunden, I, 34), à étendre son pouvoir privé aux dépens de la puissance publique, peut-on faire un crime aux hommes libres de s'être protégés euxmêmes et d'avoir fait usage de Tarme de la légitime défense ? Là où cesse le droit positif (et quel droit que celui de ces temps de ruse et de violence ?), là commence le droit naturel et imprescriptible de l'homme créé moralement libre et à l'image de Dieu.

Deux mois après l'établissement de cette Confédération, si frêle en apparence, et en réalité si riche d'avenir, une alliance défensive de trois ans fut jurée entre Uri, Schwyz et Zurich (16 octobre 1291)*. L'Underwald, où les Winkelried et d'autres nobles tenaient des fiefs de la maison d'Autriche et où les éléments féodaux entravaient encore le développement national, demeura à l'écart de cette seconde alliance.

L'alliance d'Uri et Schwyz avec Zurich reposait sur les mêmes principes que celle des trois Waldstœlten et avait évidemment en vue les ducs d'Autriche, bien que leur nom ne soit pas prononcé dans l'acte. Les droits des propriétaires fonciers y étaient reconnus et tout homme lige d'un seigneur féodal tenu de rendre ce qui était dû à ce dernier, comme cela ce pratiquait avant les temps de Rodolphe de Habsbourg, preuve qu'on envisageait ce prince comme ayant empiété sur les droits des villes et pays libres.

« Si quelqu'un fait la guerre à Zurich, disaient les représentants des « confédérés, et endommage ses arbres et ses vignes, nous le défendi'ons « de tout notre pouvoir, et si nous ne parvenons pas à le garantir, nous « porterons le pillage et l'incendie sur les terres de l'ennemi. Zurich « prend le même engagement envers nous. Si l'un des pays confédérés « veut se Jier envers un seigneur, les autres ne sont pas tenus de « suivre son exemple. »

* Segesser, Die eidgenôssischc Abschiede, de 1245 à 1420. Appenclice 242.

FONDATION DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE. I6i

Le traité d'alliance se terminait par les noms de douze citoyens désignés pour procurer l'exacte observation des dispositions qu'il contenait et prendre en commun les mesures nécesssaires. Six de ces douze notables avaient été choisis par les Zuricois dans les Waldstaetten, les six autres par les Waldst<etten chez leurs alliés de Zurich. L'histoire ignore les noms des notables qui ont signé le mémorable pacte, conclu par les trois Waldstœtten, entre eux, le l^^ août 1291. Mais ces noms étaient, selon toute probabilité, les mêmes que ceux qu'on lit en tête du pacte du 16 octobre conclu avec Zurich, savoir : Conrad ab Yberg, landamman de Schwyz, et Arnold de Silinen, landamman d'Uri. Sont cités ensuite dans le corps de l'acte, avec dix autres notables, comme garants de l'alliance : Rodolphe Stauffacher, qui devait remplacer ab Yberg dans la magistrature suprême, et le baron Werner d'Attinghausen, qui succéda à Sihnen et que l'on trouve dès lors presque constamment à la tête du pays, comme landamman, jusqu'en 1331 *. Ce sont là les vrais fondateurs de la Confédération Suisse. Deux Zuricois marquants, Roger Manesse et Rodolphe Miilner figurent aussi parmi les douze.

En même temps qu'ils s'alUaient aux Waldsticlten, las Zuricois avaient aussi conclu une alliance, contre Albert d*A4itriche, avec l'évêque de Constance (un Habsbourg cependant) et la comtesse de Rapperschwyl, de la maison de Homberg. La guerre ayant éclaté entre les deux partis, les Zuricois avaient mis le siège devant Winterthour et serraient de près cette place habsbourgeoise, lorsqu'un chef du parti autrichien, le comte Hugues de Werdenberg, la sauva par une ruse de guerre bien ourdie. Il fit prendre à ses troupes le drapeau de l'évêque de Constance et pénétra, grâce à ce stratagème, jusqu'au milieu des assiégeants qu'il mit en déroute après leur avoir tué cent hommes et enlevé leur bannière (13 avril 1292) '.

Un mois après, le 5 mai, le comte Adolphe de Nassau, prince brave et humain, ayant été préféré au duc Albert d'Autriche par les princes électeurs, le duc refusa de le reconnaître et tout le parti autrichien courut aux armes. Les bourgeois de Winterthour et les vassaux de Habsbourg, jugeant les Zuricois démoralisés et affaiblis parleur défaite, persuadèrent au duc d'Autriche de tenter un coup de main sur la ville de la Limmat. Albert s'approcha en effet avec un corps de troupes. Mais, du haut du

^ Voir la liste des landammans dans Blumer. Conrad ab Yberg est le premier landamman connu de Scbwyz.

•^ Bluntschli, I, 128. — Kopp, Gescli., Buch VI, 31.

Zurichberg, les troupes ducales virent avec surprise les rem[)arts garnis d'hommes armés et des bandes de guerriers stationner sur les places publiques. Croyant à une méprise ou à une trahison^ le duc trouva à propos de se retirer à Winterthour. Or ces bataillons nombrjeùx qui avaient imposé au duc étaient, si Ton en croit la tradition, formés en partie des femmes et des jeunes garçons de Zurich qui s'étaient revêlus à la liàte des armures des guerriers morts ou absents. Cette attaque soudaine n'avait pas laissé d'intimider les Zuricois. Ils firent la paix avec l'Autriche et annulèrent ainsi les fruits de leur alliance antérieure avec Uri et Schwyz*.

Le nouveau roi n'hésita cependant pas à confirmer les franchises des Zuricois, par un acte daté de Colmar (1 ^ janvier 1 293), et y ajouta même le privilège important de disposer du droit de glaive (Blutbann) pendant les interrègnes*. Le même jour et dans le même endroit, Adolphe de Nassau favorisa les Bernois de chartes analogues '. Deux ans après, il recevait un splendide accueil dans la cité de l'Aar, ne dédaignait pas de s'arrêter dans les murs de Laupen (appelée alors Loyes en français), la petite ville impériale, et se rendait de là à Zurich. Mais une coalition dangereuse était en train de se former contre la puissance croissante de Berne*. Les trois comtes de Savoie, Neuchâtel et Gruyère s'armaient contre elle avec les Fribourgeois. Ces derniers, tour à tour amis zélés ou ennemis redoutables, s'étaient solennellement réconciUés avec leurs voisins dans une conférence tenue à Laupen entre les magistrats des deux villes, trois ans auparavant (avril 1295). Ce n'était qu'avec le consentement des Fribourgeois que Berne avait renouvelé une alliance avec Soleure (29 avril 1294). Mais les sympathies des vassaux de l'Autriche l'emportèrent sur la politique des amis de Berne. Une armée de 10,000 hommes alla camper au Dornbûhl, près d'Oberwangen, à une lieue de la ville de Berne (2 mars 1298). Mais ce fut pour y essuyer une sanglante défaite, où les Fribourgeois seuls perdirent 60 hommes et ce qui, dit la Chronique de Berne, est le comble de l'ignominie, leur grande bannière. 400 morts, 300 captifs, 18 étendards, tels furent les fruits de la journée*. La même chronique donne pour chef aux Bernois Ulrich d'Erlach, le père du vaillant capi-

* Bluntschli. Gesch, der Repuhlik Zurich ^ I, 130.

' Ibid., 133. — Kopp, Buch VI, 102. Adolphe octroie aux Zuricois deux chartes, la première du 23 décembre 1292, la seconde du 11 janvier 1293. » Wattenwyl-Diesbach, I, 174. — Kopp, Buch VI, Ul.

* AVattenwyl-Diesbach, I, 187, 188. — Kopp, Buch VI, 251.

taine qui vaincra à Laupen 41 ans plus tard*. La bannière de Berne qui dès le commencement de cette ville portait Tours noir pour emblème, sur un fond blanc, comme le prouvent les monnaies et le plus ancien sceau de la République, subit un changement pour le fond, qui devint rouge avec une bande jaune *.

La guerre aux châteaux fut la suite naturelle de cette expédition téméraire. Bremgarten, Belp et Gerenstein tombèrent sous les béliers des Bernois dirigés par deux ingénieurs habiles, maîtres Bourcard et Rieder.

Les Waldstaetten avaient pris les armes en i 292 pour leurs alliés de Zurich dans la guerre de ceux-ci contre TAutriche. L'année suivante, ils refusèrent d'assister au Landtag ou plaid général convoqué par les officiers ducaux pour jurer la paix publique (Landfrieden), Ils en furent punis par le bailli autrichien de Bade qui interdit le transit des marchandises d'Italie par la vallée d'Uri, hostile à la maison d'Autriche *.

Le nouveau roi comptait également de nombreux partisans dans le Vallais, à Bâie, Soleure et Saint-Gall dont Adolphe venait de confirmer les franchises à UeberHngeu (23 janvier 1293). Les Lucernois, quoique sujets du duc, s'étaient laissés entraîner dans le parti d'Adolphe par le contact des Waldstœtten. Mais les armements du parti des Habsbourg les engagèrent à se soumettre et à prêter le serment au duc. Albert (31 mai 1292). Le duc jugea à propos de les maintenir dans ces bonnes dispositions en renouvelant la confirmation de leurs franchises et par la promesse de leur en donner de nouvelles, ce qui n'empêcha pas les bourgeois de Lucerne de s'émanciper de nouveau en 1297 et de se donner de leur chef un bourgmestre à la place de Tamman ducal *. Cette magistrature ne fut pas, il est vrai, de longue durée et fit place à un avoyer élu par les ducs. Les Glaronnais n'étaient pas plus soumis, en dépit des liens de dépendance qui les unissaient à Seckingen, avouerie de Habsbourg ; ils firent cause commune avec les vallées forestières. Uri et Schwyz furent récompensés de leur dévouement a Adolphe par

^ Les érudits bernois ont élevé des doutes sur le commandement et la présence d'Ulrich d'Ërlach au DornbQhl, attendu que ce gentilhomme était vassal de Nidau, l'un des belligérants, et qui plus est, copropriétaire avec ce seigneur d'un des châteaux que les Bernois démolirent après le combat, le château de Bremgarten. A cela, un autre érudit, M. £d. de Murait, répond dans la Galerie suisse que le comte de Nidau n'était pas au nombre des belligérants, qu'on l'a confondu avec le comte de Neuchfttel. Il fait observer ensuite que Berne offrit un dédommagement de 200 livres de dommages-intérêts pour les dégâts causés au château de Bremgarten (Document du 12 novembre 1302, archives de la famille d'Erlach).

* Stantz, Wappen der schweiz, Eidgenossenschafl. Archiv hist. Vereins Bern, 676. ' Popter discordiam hominibus vallis de Ure motam. Kopp, Urkunden, I, 45.

* Segesser, Reclttsgeschicfite Liizern-s, I, 145.

une charte de ce prince, qui se bornait k reproduire textuellement dans sa teneur le fameux document de Faënza, mais sans en indiquer Torigine première, à l'effet sans doute de prévenir toute contestation k ce sujet.

Sous le règne d'Adolphe de Nassau, les trois vallées respirèrent librement. De cette époque date la première landsgemeinde authentiquement connue. Elle eut lieu k Schvvyz même, en 1294 *, et fit des lois pour astreindre les couvents de la vallée k contribuer aux charges publiques, avec menace, en cas de refus, de leur retrancher le bois, Teau, le feu et la jouissance des pâturages communaux (VVunn und Weid). En même temps, défense fut faite aux cloîtres d'acquérir des biens-fonds dans la conlrée. « C 'étaient là, dit le savant Kopp, des me- « sures acerbes et que ne se permettaient alors ni les seigneurs ni les « villes impériales. En rapprochant ce fait de la lutte de Schwyz avecEin- « siedeln, on peut y voir le germe de la haine des anciens Suisses pour « les monastères'.» Mais cette haine elle-même, comment les cloîtres Tavaient-elle fait naître, sinon par leur convoitise insatiable, d'une part, et par leur dévouement k l'Autriche, de l'autre. Le fait que la noblesse cherchait k accaparer les monastères enrichis, celui d'Einsiedeln, par exemple, k l'exclusion des classes inférieures, ne devait pas contribuer k les rendre populaires. « La noblesse, dit un historien d'Allemagne, ne « voulait prier et chanter Dieu qu'avec ses égaux dans les chapitres et « abbayes'. » Nous retrouvons ici comme landamman de Schwyz Conrad ab Yberg, et k la tête du pays d'Uri Werner d'Attinghausen, le premier des landammans de celte illustre famille de barons populaires.

Mais le roi Adolphe, abandonné par ceux-lk même qui l'avaient mis sur le pavois, ne se soutenait plus qu'avec effort en Allemagne. Le parti d'Albert et le sien en vinrent aux mains k Gôlheim, k cinq Heues de Worms, où l'abbé de Saint-Gall, l'héroïque Guillaume de Montfort, fit des prodiges de valeur et où une foule de chevaliers de la Thurgovie versèrent leur sang pour la cause d'Adolphe *. Mais la victoire se déclara contre ce prince qui tomba lui-même sous les coups de son rival (le 2 juillet 1298). « Aujourd'hui un brave cœur a été brisé, » s'écria avec larmes l'archevêque Gerhard de Mayence, un des électeurs qui avaient abandonné son parti pour celui d'Albert \ Le vainqueur n'eut

* Blumer, Stattis-und Bechisgeschichie der schw, Demokratien, I, 135. 2 Kopp, Geschichte, Biich, VI, 116-118.

^ Schmidt, Histoire des Allemands, trad. de Laveaux, III, 91.

* L'opinion commune était qu'Albert avait tué lui-même Adolphe.

* Kopp, Buch VI, 271.

pas de peine alors à faire confirmer son élection déjà convenue avec plusieurs princes dans une assemblée antérieure. Le règne d'Adolphe, si favorable à la liberté dans le Waldstaetten, ne l'avait pas été au même degré à la ville de Saint-Gall dont ce monarque avait, en dépit de ses privilèges, hypothéqué Tavouerie au prince-abbé, Guillaume de Monfort, pour le récompenser de son dévouement. Mais à la mort d'Adolphe, Tabbé de Saint-Gall perdit Tavouerie que le nouveau roi n'était pas disposé à lui reconnaître et la ville de la Steinach échappa au danger de tomber au rang de villes sujettes '.

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