GUERRE DU VALLAIS ET CONQUÊTE DE LA LEVANTINE
de clous assurait rimpunité à ceux qui preDaient part au soulèvement.
Cette fois-ci, lorsqu'on vint à nommer le seigneur de Rarogne, la fnazze fit nn mouvement affirmatif et s'inclina profondément. On la porta ainsi de village en village dans tous les dixains du Vallais, en disant que la mazze se rendait vers le capitaine général vers tous ses adhérents et vers son neveu, l'évêque de Sion (1414).
Le seigneur de Rarogne n'attendit pas l'effet de ces menaces ; il s'enfuit en Savoie et implora l'assistance d'Amédée VIII que l'empereur Sigismond venait d'élever à la dignité ducale. Mais pendant que celui-ci «tait occupé à faire ses préparatifs de guerre, les Vallaisans réduisaient en cendres le grand château et la tour b&tis au-dessus de Sierre, la forteresse de l'évêque qui dominait Louëche et le ch&teau-fort de Beàuregard, situé sur le haut d'un rocher voisin de Chippis.
En attendant les secours de la Savoie, le seigneur de Rarogne suppliait ses concitoyens de Berne de le soutenir et de le sauver. Les Vallaisans de leur côté (Couches, Viége et Brigue) s'adressèrent à ceux -d'Uri et d'Underwald avec la promesse de leur aider à reprendre la Tdlée d'Ossola qui touche au Vallais. Sur-le-champ, les troupes d'Uri «t d'Underwald passèrent les Hautes- Alpes ; celles de Schwyz, de Lu- <îeme et de Zurich les suivirent ; les Vallaisans franchirent les Alpes sur un autre point, chassèrent le célèbre général milanais Carmagnola, «t toute la vallée d'Ossola fut reconquise (1416).
Berne avait refusé de marcher avec ses confédérés; il ne s'en tint pas là. Il prit en main les intérêts du sire de Rarogne son combourgeois et demanda qu'on lui rendit justice. Le roi Sigismond intervint •également en sa faveur. Pendant ce temps, Rarogne se faisait justice à lui-même, pillait et incendiait en partie la ville de Sion avec des troupes savoisiennes. D'autres officiers savoisiens tuaient et pillaient dans le Haut- Vallais. De longues négociations s'ensuivirent. Les Bernois voulaient marcher contre le Vallais et sommaient les confédérés de les suivre, à teneur du droit fédéral ; Uri, Underwald et Luc«Tie sommaient, au contraire, Berne de marcher avec eux contre Rarogne. Une guOT'e civile faillit éclater parmi les confédérés. Pour prévenir ce malheur, les États neutres, Zurich, Schwyz, Zoug et Claris convoquèrent une diète à Zurich, où après avoir entendu les amis et ennemis du seigneur de Rarogne, les représentants de ces pays, parmi lesquels figuraient le bourgmestre Henri Meyss et Ital Reding, landamman de Schwyz, arrêtèrent : « qu'avant tout les Vallaisans restitueraient à Rarogne tous ses biens, puis que, de son côté, celui-ci ferait droit k leurs plaintes » (1419).
2^ GUEiO^S DU. VALiAIS ET CONQUÊTE Dl^ LA.LEVANTiffE.
Les cbef^ vallaiaaAS refusèrent de se soumettre à cet arrêt et eng^ gèrent le peuple à une résistance opiniâtre. Ils rassemblèrent des .geos armés^ entrèrent dans TOberhassli, d'où ils emmenèrent des troiopeaux de moutons» alléguant qu'aidé par des gens de rOberland, le seigneur de Rarogne avait bieQ envahi le sol vallaisan et y avait exercé de grands ravages. Berne usa de représailles. Schwyz et Urfc tentèrent ei^çore à plusieurs reprises de terminer cette querelle à Tamiable. Dana phis de seize diètes> on s'occupa. des affaires vallaisannes : les Vallaisan$ ne voulurent riea entendre, préférant la guerre à un arrangemwt équitable. Les ducs de Savoie et Rarogne avaient fait prononcer contre eui l'interdit par le concile de Constance. Mais les armes spirituelles n'eurent pas-plus de succès que les autres \
Alors les Bernois, renforcés par les bannières de Fribourg, de Sor leure, deNeuchàtel> de Bienne, de Neuveville, de Gessenay, deGruyëreSi, sic, en tout 13,000 hommes, franchirent les hautes Alpes et entrèrent par le Sanetsch, du cOté de Si^re, dans le district vallaisan de Concbes* Ils reçurent là un contingent de Schviryz, tandis qu'Uri et Underwald n'en envoyèrent point aux Yallaisans dont ils blâmaient Topiniitreté. Lucerne seul penchait pour les Yallaisans et parlait de joindre ses armes aux leurs. En attendant, les Bernois portaient le fer et le feu danss le Vallais et la terreur se répandit dans ce pays.
Un simple paysan, Thomas Riédi du village d'Inder Binnep» rendit le courage à ses concitoyens *. Il se place en embuscade au village dlUlr richen avec 400 Yallaisans courageux et, au moment où les confédérés passent, il se jette à Timproviste avec sa troupe sur leurs nombreux bataillons. âOO Yallaisans, commandés par un prêtre patriote, le ^tk9kr pelain Jacques Minicbovir, fondent d'un autre c^^té sur Tarmée beraoiseL Riédi et Miniiàow combattirent en héros ; le premier fit BDK>rdpe lit poussière à 40 Bernois; à la On il tomba lui-même sur leurs cadavres. Les Bernois commençaient à chanceler (septembre 1419). Le secours deSchwyz arriva à propos pour forcer les Yallaisans à regagner leur première position* Mais personne n'osa les y poursuivre. Le lendemam du combat d'Ulricben, les auxiliaires bernois du Gessenay ayant nen>contré une résistance terrible près de Sion, les chefs da l'armée ne .ja*>
^ Furrer et Boceard, historiens du YaDais.
* Bocoard, 117. Le P^re Furrer (I, 190) doiiae à ce héros le nom' de Thomas Biédi, du village de Binneo. « Puissions- nous faire reverdir dans notre histoire les lauriers de cet homme courageux, » dit Brantschen dans sa chronique. Minichow, pour avoir répandu le sang, dut, en sa qualité de clerc, se faire abBOudre pai' Te cardinal Albam (1420). . >' '
GUERRE DU VALLAIS ET. eONQtJÉTE DE LA LEVANTINE. SS9d
gérant pâs à propos de. tenter de nouveau le sort des armes et rentrèrent dans l^rs foyers.
On fit de nouvelles propositions de paix. Les députés du Yallais et des x!oufédérés traitèrent à Évian sous la médiation d'Amédée YIII, duc de Savoie et de deux prélats, Tévêque de Lausanne et Tarchevêque- -de Tarentaise. Les Yallaisans consentirent enfin à restituer au seigneur de Rarogne toutes ses seigneuries et à lui payer la somme modique d& 10,000 florins; aux Bernois, la même somme pour les frais de la guerre; au chapitre de Sion, 4,000 florins (25 janvier 1 420).
Mais la paix ne fut pas entièrement rétablie à Tintérieur par le traité d'Évian, Les hommes du dixain de Conehes, enhardis par leurs succès et bravant les foudres de TéglLse, levèrent de nouveau la mazze. 2,000» hommes reprirent à Timproviste le château de Naters, où se trouvait Tévéque Guillaume de Rarogne, et Tobligèrent à reconnaître l'autorité des dixains, même sous le rapport spirituel (i 6 mars 1 425). La constitution démocratique de Naters mit le sceau à l'abaissement de l'évêque^ privé de sa juridiction civile et criminelle (1446) ^
Mais le successeur de ce prélat, Henri Asperling, parvint à recouvrer ses droits avec le titre de comte du Yallais. Alors déjà, comme aujourd'hui, les Yallaisans avaient la libre élection de leur chef spirituel qui se faisait sur la proposition et en présence des chanoines de la cathédrale.
Cependant le duc de Milan, Philippe-Marie Yisconti, ne pouvait se* consoler de la perte de la Léventine. Son ressentiment fut au comble, lorsqu'il apprit qu'Uri et Obwald venaient d'acheter, des barons do Sax, la seigneurie de Bellinzona et toute la contrée qui s'étend de la Léventine au lac Majeur, pour la minime somme de 2400 florins. (1419). Après avoir vainement réclamé la résiliation de ce marché, it arma en secret et s'empara, par surprise, d'Ossola et de Bellinzona (1422). La Levantine elle-même, malgré son attachement aux Suisses,. fut contrainte de jurer fidéUté. Reprise deux fois par Uri et Obwald,, elle dut être abandonnée de nouveau, faute de forces suffisantes pour s'y maintenir contre les Milanais. Ces deux États requirent lesecours des confédérés.
' C'était la huitième expédition qu'on allait faire en Lombardie. Plu* sieurs membres de la ligue étaient las de ces guerres d'outre-mont, conduites tout à fait en dehors du cercle des États confédérés. Le bourgmestre de Zurich, Henri Meyss, déjà opposé à la conquête de l'Argovie^
* Farrer, Oesch. von WàlUs^ I, 210.