GUERRE DU VALLAIS ET CONQUÊTE DE LA LEVANTINE
s'éleva contre la demanda d'Uri et d'Obwald aux diètes de Lucerne et •de Schwyz. « Bellinzona, disait le chef des Zuricois, est située bors des limites naturelles des ligues suisses. » Mais les Lucernois étaient favorables à la guerre, et le vote de ce dernier État entraîna tous les autres, sauf Eierne (24 juin).
Malheureusement la concorde avait cessé de régner parmi les confé- <]érés. Dans la marche des troupes fédérales, les Sch\^7zois, auxquels on ne pouvait pardonner d'avoir fait cause commune avec Berne dans la guerre vallaisanne, furent Tobjet de railleries amères. L'avoyer Lucernois, Ulric Walker, qui commandait l'armée, pressa le pas pour laisser les Scbwyzois en arrière. Suivi seulement de 3,900 hommes, Lucernois, Bernois, Underwaldois et Zougois, il eut la folle hardiesse d'engager la bataille dans les champs d'Arbedo, près de Bellinzona, contre une armée milanaise forte de 24,000 hommes et conduite par les deux 'Célèbres condottieri iiàMem, Carmagnola et Pergola ^ (30 juin 1 422).
La mêlée fut sanglante et dura une journée entière. Mais les confédérés y perdirent près de 400 hommes et, entre autres, plusieurs capitaines et magistrats intrépides, le banneret Piintiner et le landamman Jean Rott d'Uri, Pierre Koliu, de Zoug, et Jean son fils, morts tous deux «n défendant la bannière cantonale, que recueiUit de leurs mains mourantes et releva teinte de leur sang et du sien propre, un autre 2ougois héroïque, Jean Lantwing. Aussi Uche qu'imprudent, Walker osa parler de reddition et se laissa prendre par l'ennemi, sans avoir reçu de blessures, portant un marteau à la main en guise de hallebarde.
Carmagnola et Pergola allaient dicter la paix aux confédérés, lors- <]u'un corps de 600 hommes, qui s'était détaché de l'armée fédérale pour se livrer au pillage, arriva à propos pour sauver cette ai*mée d'une défaite totale ou d'une capitulation humiliante. Le lendemain arrivèrent les hommes de Schwyz que les Lucernois avaient refusé d'attendre. Mais ces derniers étaient cruellement punis de leur conduite. De sept barques pleines de guerriers qui étaient parties de Lucerne, deux seulement revinrent. Le gouvernement lucernois, craignant les effets du désespoir, défendit aux parents et au peuple d'aller recevoir les arrivants sur les bords du lac. On eut beaucoup de peine à empêcher le pillage <le la maison de l'avoyer Walker V Le malheur des Lucernois ne les
' Condottieri^ littéralement conducieurSj était le nom dont on se seiTait au moyen âge pour désigner les chefs de bandes mercenaires qui passaient d'un service à l'autre, selon l'intérêt, le caprice ou les circonstances politiques.
' Casimir PfyfTer, Geachichte der Stadt und Cantons Lazem, 129. Walker, mis en Jugement, fut cependant acquitté et maintenu en charge; on le trouve plus tard re» vêtu de missions diplomatiques. Segesser, eidgen. AbsclMe^ de 1421 à 77. 46.
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mit point à l'abri des outrages. Un député de Zurich alla jusqu'à dire a un député de Schwyz., que « les Lucernois avaient mérité la potence à Arbedo. »
Toutefois, Uri et le Nidwatd songeaient à se venger et surtout à n& pas perdre la Levantine. Le roi Sigismond, hostile aux ducs de Milan^ ordonnait aux confédérés de prendre les armes. Une ambassade florentine travaillait dans le même sens une partie des confédérés (Zurich^ Berne, Schwyz, Claris et Soleure), qui ne voulaient pas servir directement la politique personnelle du chef de Tempire. « Que le roi» disaient-ils, se mette à notre tête, et nous marcherons. » Mais Uri et Nidwald ayant entraîné Lucerne, les représentations des autres États^ demeurent infructueuses. Lucerne, Uri et Nidwald entreprennent un& expédition qui reste sans résultat, par la trahison de Rott d'Uri, indigne fils du héros d'Ârbedo (1425). Ce nouvel outrage, fait à. l'honneur national, indigne l'âme généreuse d'un guerrier Schwyzois,. nommé Pétermann Rysig. Cet homme intrépide et plein d'audace ras* semble autour de lui un corps-franc de 600 hommes, passe le Saint- Gothard, descend avec la rapidité de l'éclair dans la vallée d'Ossola, en chasse la garnison et s'y établit à la place des troupes milanaises. Toutes les forces du duc de Milan marchent contre lui; Pergola somme les Suisses de se rendre. « On ne prend pas les Suisses avec des mots, » répondit Pétermann Rysig et, avec ses 600 héros, il brave 30,000^ hommes et les potences que Pergola élève pour TeflEpayer sous les remparts de la ville.
L'héroïsme de la petite troupe de Schwyz réveilla l'énergie des coufédérés. 22,000 hommes marchent vers la vallée d'Ossola (14 novembre 1425). On y comptait des soldats de tous les États suisses et des auxiliaires de Soleure, du Vallais, du Toggenbourg, d'Appenzell et de la Rhétie. Berne lui-même, cédant aux prières des députés de Schwyz, vieillards à barbe blanche, qui étaient venus lui rappeler Laupen et leur généreux secours, avait armé 5000 hommes, commandés par l'avoyer Rodolphe Hofmeister, déjà capitaine des Bernois lors de la conquête de l'Argovie. L'arrivée de ces troupes jeta le duc dans la consternation. Il était perdu, sans la vénaUté des chefs suisses et les finesses de la diplomatie milanaise. Un chambellan du duc, Ottolin Zoppo, se rendit dans le camp des confédérés. Par ses artifices, accompagnés de largesses, il parvint à diviser les États, gagna d'abord Zurich, Schwyz, Zoug et Glaris, en leur comptant 3,000 florins (12 juillet 1426), huit jours après, Lucerne, Uri et Nidwald, moyennant 1 0,000 florins, et conclut des traités séparés à Sion, à Brigue et
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à Bellinzona\ L'Obwald fit la sourde oreille pendant plusieurs mois, «et ne se rendit que le 7 novembre, par un traité séparé et signé à Brigue. Au prix de 31,000 florins et de quelques privilèges commerciaux, le Val d'Ossola, Bellinzona, et la fidèle Levantine furent abandonnés au duc, et la plus grande armée qu'eussent levée jusqu'alors les Suisses, rentra sans gloire dans ses foyers.
Ainsi fut rendu inutile l'héroïsme de Rysig ; ainsi le sang des nobles Kolin teignit vainement leur bannière sur le champ de bataille d Arbedo. Une paix mercantile, c'était la tout le fruit de vingt-quatre années d'efforts et de dix expéditions consécutives *. Dans tous les temps, les Suisses, nous avons déjà eu l'occasion d'en faire la remarque> ont eu bien plus à redouter les artifices de l'or des étrangers que leurs armées. Toutefois, la Levantine n'était pas perdue sans retour. Quatorze ans plus tard, Uri, profitant des embarras du duc, s'empara de nouveau de ce pays.
Pendant les dernières expéditions d'Italie, des événements graves :s'étaient passés dans l'Âppenzell. Le peuple des Rodes, cher aux confédérés par sa loyale coopération à leurs guerres extérieures, s'était rendu ■coupable dans son propre pays des excès les plus déplorables. Égarés par leur haine pour l'abbé de Saint-Gall, ces montagnards pratiquaient le vol à main armée, le meurtre et l'incendie dans tous les pays voisins, sans en excepter même le territoire de leurs amis de Saint-Gall. En dépit de tontes les défenses des empereurs et des remontrances des -confédérés, ils imposaient de force leur combourgeoisie aux sujets des seigneurs voisins. Mis une seconde fois au ban de l'empire et de l'église, ils n'en devinrent que plus intraitables et se mirent à fustiger et à tuer même les prêtres hostiles ou suspects. Une croisade, prêchée contre eux par révoque d'Augsbourg, n'eut aucun résultat. La diète de Lucerne rendit en vain une sentence équitable aux deux partis (mai 14âl). Les Appenzellois refusèrent de s'y soumettre et maltraitèrent ceux de leurs magistrats qui conseillaient la modération.
A la fin, cependant, un seigneur puissant et qui jusque-là était resté neutre, le comte Frédéric de Toggenbourg, résolut de briser leur fougue indomptable. Ce seigneur prévoyant et habile avait successivement -acheté l'alhance des trois États, de Zurich (1405), Schwyz (1417) et
^ Les négociations traînèrent en longueur et donnèrent lieu à plusieurs traités, •celui de Sion entre autres (26 janv. 1426), que fit échouer Popposition d'Obwald. Les traités définitifs de Belliuzona ne furent conclus que le 12 et le 21 juillet 1426.
* Segesser, eîdgenôssische Absekiede, de 1421 à 1477, 63, 61, 62 et suiv. appen-
fois.
ORIGINE DBS LIGUES GBtôOt^NES. . 303
€lam (1419). Rassuré du eôté des Suisses, il assemble autour de lui toutes les forces ennemies au nombre de 16,000 et s'avance contre les Appenzellois, Ceux-ci font bonne contenance. Mais une défaite près d'Hërisau, où Appenzell perdit 82 hommes, et Tintervention énergique des confédérés, réunis en diète à Baden, les contraignirent à accepter un accommodement sur les bases de la sentence de Lucerne. Les Appenzellois conservèrent leur liberté, mais avec l'obligation d'acquitter les redevances dues à l'abbé et de cesser leur propagande terroriste dans les contrées voisines (1429). Afin d'assurer l'ordre public et l'observation des traités, la Confédération subordonna le landamman indigène à un capitaine d'Underwald \
La paix de Baden fut suivie de celle de Constance où Appenzell fit droit aux réclamations du prince-abbé de Saint-Gall, et s'engagea k lui payer 2,000 livres. Mais comme ce prélat ne pouvait prendre son parti de la perte de l' Appenzell, il essaya encore d'intéresser le pape et l'empereur au recouvrement de ses droits. Ces démarches n'ayant eu aucun résultat, et les Appenzellois se montrant très-exacts h payer leurs redevances, l'abbé s'amadoua au point de solliciter lui-même de l'empereur la concession du droit de glaive (Blutbann) aux montagnards. Les confédérés, à leur tour, trouvant les Appenzellois mûrs pour la liberté, retirèrent le tuteur (ju'ils avaient donné à ce peuple sous le nom de capitaine, et Appenzell émancipé put signer en toute sécurité un traité d'alliance étroite avec la ville de Saint-Gall, devenue presque ville impériale, en 1415, où elle avait obtenu du roi Sigismond le droit de glaive et celui de frapper monnaie. La ville de Saint-Gall fit de nouveaux efforts pour être admise dans la Confédération ; mais ses démarches pour se faire recevoir par la diète demeurèrent sans succès pendant plusieurs années *.
s. lies trois lignes grisonnes* — I^a ligue Grise et celle de la maison-Dien, alliées des Suisses (1400 h i486).
Tandis que les confédérés, déviant de l'antique honneur et des mâles vertus de leurs pères, vendaient à prix d'argent ce que tant de héros avaient acquis au prix de leur sang, l'esprit de hberté faisait des progrès parmi les habitants des vallées de la Haute-Rhétie.
Au XIV"® siècle, sous le fameux Donat de Vaz, les Grisons avaient
* Zellweger. Geschichte des Appenzéllischm Voïkes^ 1, 46^1. Henné (Otto), Geschichte des Sckweizcr-Voîkea^ I, 390.
* Wartmann, Archiv.fur Sch. Geschichte f^XJl^:^Of ,; ^ !. -: ;,/ .; :: :,- ;*::.].: