I^ntte des États-Tilles et des États-eampagnes. — Nicolas
de Fltte et la diète de Stans (1491).
L'affaire d'Am-Stalden avait ajouté de nouveaux ferments de discorde à ceux qui divisaient la Suisse. Lucerne traitant en ennemis les Waldstaetten, ceux-ci usèrent de représailles. Obwald refusa de laisser abaisser la dignité de son landamman, et de l'obliger à comparaître à Lucerne, où il avait été cité comme complice de la conjuration d'Am-Stalden. Adrien de Boubenberg lui-même se vit accusé de connivence par les Lucernois. Les cinq villes, de leur côté, renouvelèrent leur alliance particulière et tinrent des diètes séparées à Lucerne, Zurich et Zofingue.
De toutes parts se faisaient jour la défiance, le mécontentement et les menaces. Pour essayer de rétablir la concorde, on convoqua inutilement plusieurs diètes. Une dernière réunion, qui devait être décisive, fut fixée à Stanz. Elle s'ouvrit à la Noël de l'an 1481 et comptait dans son sein les hommes les plus influents et les plus célèbres de la Confédération. Zurich avait envoyé son héros, Hans Waldmann ; Berne, Tavoyer Guillaume de Diesbach; Lucerne, le vieil avoyer Gaspard de
^ Sege8ser, eidg, Ahschiede^ 677, et appendice, 929.
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Hertenstein; Soleure, son chancelier Jean de StaaI. Les deux Schilling de Lucerne, père et fils, Tun chancelier, l'autre prêtre et son substitut, tenaient la plume. Les questions à vider dans cette mémorable réunion étaient toujours celles des dépouilles bourguignonnes, des conquêtas de Berne et de Fribourg, de l'admission de cette dernière ville et de Soleure dans le corps helvétique. Mais bien loin de s'entendre, à peine les députés eurent-ils échangé quelques paroles, qu'ils en vinrent aux outrages. La diète allait se dissoudre et peut-être la patrie avec elle, lorsqu'un ermite majestueux, semblable aux prophètes dont il est parlé dans l'histoire du peuple d'Israël, intervint auprès de rassemblée fédérale, et, par ses nobles et patriotiques paroles, y rappela la paix et la fraternité.
Cet illustre vieillard était connu depuis plusieurs années dans les Waldstaetten sous le simple nom de « frère Nicolas (Brtidei^ Klaus). » Il n'avait pas toujours vécu dans la retraite. Né le 21 mars 1417 k Sachseln d'une honorable famille d'Obwald appelée de Flûe *, il avait d'abord cultivé les champs en simple laboureur, élevé une famille de dix enfants et servi la patrie comme magistrat et guerrier. Dans ces positions diverses, Nicolas s'était montré un modèle de loyauté, d'activité laborieuse, de simplicité gaie et sereine. Mais doué d'une âme eîithousiaste et contemplative, Nicolas de Flûe, comme autrefois les Amis de Dieu, avait éprouvé le besoin de se recueillir dans la solitude, mère des grandes pensées*. Du consentement de sa femme, il s'était retiré en 1467, à l'âge de 50 ans, dans la sauvage grotte du Ranft près de Sachseln, et y vivait tout entier à la prière et à la méditation des choses éternelles, sans oublier toutefois les siens ni la patrie. Tous ceux qui allaient visiter le solitaire dans sa cellule se sentaient émus à l'aspect de cet homme de Dieu et d'amour, à la figure vénérable et mélancolique, amaigri par les austérités, le rosaire à la main, les pieds nus, vêtu d'une bure grossière, dont la nourriture se composait de racines, et la couche, des planches nues de son ermitage'.
^ Flûe ou Fluh, en français de la Roche, et de Rupe en latin. La famiUe de Flûe a donné plusieurs landammans à PObwald.
' € J'ai longtemps cherché quelle serait la vertu qui me rapprocherait le plus € de Dieu et me rendrait le plus semblable à lui. J'ai cru que c'était l'arnoor. € L'amour, en effet, nous fait aimer Dieu ; mais la solitude nous fait aimer de « Dieu. > Telle était, selon ses biographes, la croyance du saint ermite (Voir les belles pages consacrées' à Nicolas de Flûe par M. Gelzer. Die zwei ersten Jtûvrhun^ derte der Schtfieizergeachichtej Basel, 1840, 208).
' « n est de haute taille, tout à fait brun, maigre et ridé, les cheveux gris, la « barbe longue d'un pouce, les yeux de moyenne grandeur, les dents blanches et