‹ Histoire de la confédération suisse (volume 4)Chapitre 46 sur 75 · EN VENANT DE STANZ · texte numérisé non relu

EN VENANT DE STANZ

Le bruit de sa sainteté s'était répandu dans la vallée, ainsi que dans tons les pays d'alentour, et le peuple y ajoutait des choses extraordinaires sur ses jeûnes surnaturels et les visions qui le frappaient dans sa retraite.

Frère Nicolas avait appris avec une profonde douleur les progrès croissants de la discorde parmi ses compatriotes. Lorsque le curé de Stanz, Henri Ira-Grund, son ami, vint lui raconter ce qui se passait à la dièle et lui peignit avec effroi les suites funestes de la séparation des Confédérés, le généreux ermite (ainsi le raconte la tradition) n'hésita pas « à se rendre auprès des chefs des villes et des campagnes qu'il avait « fait prévenir de son arrivée. Alors se plaçant au milieu d'eux, et « usant de l'ascendant que lui donnaient sur ces hommes de parti son « caractère élevé et sa mission divine, il leur tint ce langage : « Vous « êtes devenus forts par la puissance de vos bras réunis, et vous allez « maintenant vous diviser pour un vil butin? Ah! que le bruit de votre « déshonneur ne se répande pas dans les contrées voisines ! Vous, « villes, renoncez à des droits qui blessent d'anciens confédérés; vous, « campagnes, rappelez-vous les combats que Fribourg et Soleure ont « soutenus à vos côtés; recevez-les dans votre alliance. Mais, Confère dérés, n'étendez pas trop le cercle de votre alliance. Ne vous mêlez « pas des querelles étrangères. Gardez- vous de toute dissension. Loin « de vous la pensée d'accepter de l'or pour prix de la patrie. »

Que ces paroles aient été réellement prononcées à la diète par Nicolas de Flûe ou qu'elles aient simplement fait l'objet d'un message du curé Im-Grund, comme il paraît prouvé par la science, elles n'en produisirent pas moins une impression profonde sur les Confédérés. Au bout d'une heure, toutes les difficultés furent aplanies, le Sonderbund des villes fut dissous, Fribourg et Soleure admis dans la Confédération et le son des cloches annonça dans toute la Suisse le rétablissement de la concorde entre les États de la Ligue. Ce fut là l'œuvre du religieux pacificateur de la Suisse; œuvre admirée et bénie depuis trois siècles par tous les Confédérés, sans distinction d'opinion ni de croyance*. « S'il y

« bien alignées, le nez bien proportionné. Il parle peu, parait avoir la soixantaine. « Il a la t^étc découverte et une robe grise autour du corps. » Portrait tracé par un contemporain (Gesckichtfifreund de 1862).

* Un savant allemand, naturalisé Suisse, qui s'est fait un nom honorable dans notre littérature nationale par son Recueil des chants de l'ancienne Confédération {Eidg. Liederchronik, Berne, 1836), M. Rochholz, a entrepris dans un récent ouvrage de plus de 300 pages, intitulé : Die Légende von Brader Klaus von der Fîue (Sauerlânder, 1875), la triste tâche de démolir le grand ermite et de le dépouiller de sa triple auréole religieuse, morale et patriotique. Usant des procédés familiers à un criticisme outré et de ce qu'on est convenu d'appeler l'hyper-

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