Coi^nratlon d'Orgétorlx (de 61 à 58 av. J.-C
L'issue déplorable de l'expédition des Cimbres n'avait point éteint l'esprit d'émigration et d'aventures chez les Helvètes. Sous le toit du pâtre et du chasseur on s'entretenait chaque jour encore de la beauté du climat et de la fécondité du sol de l'Italie et de la Gaule.
Un chef ambitieux sut tirer habilement parti de ces dispositions de
* Partie de la Bavière, de TAutriche et de la Styrie.
' Jean de Muller avait placé le théâtre de la victoire de Diviko sur les bords du Léman et même près de Villeneuve (Pennelocus). Tite-Live dit simplement: Sur les frontières des Allobroges (in finibus Allobrogum), et Orose, autre écrivain latin, que l'action a eu lieu vers VOcéan (qu'on a transformé en Léman). Mais Mommsen a prouvé, à l'aide des meilleurs textes de Tite-Live. qu'au lieu d^ Allobroges il fallait
ses compatriotes. C'était Orgétorix ou plutôt OrcUirix*, dont le nom celtique sipiiRe chef des cent vallées. 10,000 vassaux et esclaves faisaient paître ses troupeaux et cultivaient ses terres. Il avait, en outre, une foule de clients et de débiteurs à ses ordres. Considéré chez les Helvètes, il ne jouissait pas d'un moindre crédit chez les chefs gaulois du voisinage. Il se lia avec plusieurs d'entre eux dans le but de s'emparer de la souveraineté de toute la Gaule. En même temps, il travaillait les principaux du peuple helvète pour les engager à émigrer avec lui et aller s'établir sur les bords de la Garonne dans la Gaule méridionale. « Quittons, disait-il, un sol ingrat à peine suffisant pour nourrir ses « habitants et leurs troupeaux, et qu'il nous faut disputer aux Ger- « mains. Si l'émigration précédente n'a pas réussi, c'est qu'elle « n'était pas générale. Partons en masse, personne ne pourra ré- « sister à nos armes et nous régnerons en maîtres sur toute la « Gaule'. »
Ces discours émurent tous les esprits. Une assemblée générale décida que l'émigration aurait lieu, et donna deux ans à la nation pour se préparer à dette grande entreprise. Pendant ce temps, on sème le blé nécessaire, on se procure les chariots et les bêtes de somme destinés au transport; on s'assure la coopération des Rauraques, des Boïes, des Tulinges et des Latobriges, sans négliger, cela va sans dire, le concours des tribus gauloises sur le territoire desquels doivent passer les émigrants.
Chargé de ces négociations, Orgétorix en profita pour s'allier plus étroitement aux chefs éduens et séquanes ; il donne sa fille en mariage à l'éduen Dumnorix, le plus grand ennemi de Rome dans ces contrées, et fait frapper des monnaies d'argent en l'honneur de cette alUance conclue sous les auspices des divinités gauloises '.
lire NiUohriges, près d'Agen, et que c'était en effet près de l'Océan que Diviko avait vaincu Cassius. Aussi est-ce dans ces mêmes contrées, dans le pays des Santons (Saintonge), que les Helvètes comptaient diriger leur seconde émigration, comme on le verra plus bas. Tous nos érudits, Keller et George de AVyss, Gisi, etc., sont d'accord sur ce point avec Mommsen. Mais le patriotisme local et le beau tableau de Gleyre ont popularisé l'opinion contraire vers laquelle semble incliner aussi M. Yulliemin (Histoire de la Confédération suisse, I, 19. Lausanne, 1875).
^ C'est le nom qu'il porte dans les monnaies de lui qu'on a trouvées en Gaule et dont nous parlons plus loin.
« César, I, 2.
^ Ces monnaies ont sur l'avers la figure de la déesse Artémis avec le nom des Éduens (Eduis) et sur le revers se trouve gravé le nom d'Orcitirix, avec un ours qui était le symbole de cette déesse et non un symbole naiiorud, un ours de Berne, comme le croit M. de la Saussaye. M. Mommsen a voulu attribuer ces monnaies à
Mais au moment où Orgétorix se croyait assuré du succès, ses menées sont découvertes. Ce chef audacieux est accusé de trahison et cité à comparaître. Craignant le sort qui lui était réservé, Orgétorix s'entoure de ses vassaux et brave les juges. La nation entière alors est appelée sous les armes, et Orgétorix sans doute n'eût pas échappé à la peine capitale, si on ne l'eût trouvé mort dans sa demeure.