TENDANCES ANARCHIQUES
10 février 1491. A Lucerne, où le gouvernement s'était montré si peu ému du sort de Theilig, un mouvement populaire s'opérait pour le venger. Sous l'influence de deux agitateurs, Junteler et Wildhang, la commune décida de faire des pei'quisitions à Zurich pour savoir si quelques Lucernois n'avaient pas trempé dans sa condamnation. Le gouvernement était chargé de demander qu'on mit à la question Tami intime de Waldmann, le chancelier Ammann. Le même mouvement produisait aussi nn changement dans la constitution. La lettre jurée de 1489 défendit aux magistrats de faire la paix ou la guerre, de mettre un impôt ou de faire une acquisition de territoire sans la bour-
geoisie.
Toute la Confédération était en proie aux mêmes tiraillements et au même malaise.
Pour faire cesser cet état de choses, Schwyz proposa un remède qui était pire que le mal. Il voulait qu'on déclarât « dissoutes toutes les constitutions cantonales. » Le banneret bernois, Nicolas Zur-Kinden, {)ai'vint à faire rejeter en diète ce projet anarchique sous lequel se cachait l'inimitié des États campagnards pour les Etats-villes (1492). Des dispositions hostiles se trahirent encore dans les menées séparatistes du Gessenay qui cherchait, comme l'Entlibouch, à se rattacher aux vallées forestières. Berne sut, comme Lucerne, déjouer les plans secrets des Wnldslaetten. Ces derniers, Uri surtout, tourmentés par un esprit de jalousie et d'agrandissement, cherchaient a se dédommager de l'exiguité de leur territoire par toutes sortes d'expéditions aventureuses et contraires au droit des gens. La Diète fit entendre sans succès la voix de la justice. La Savoie fut indignement rançonnée par de nouvelles bandes de lix folle vie, à la tête desquelles les frères Wolleb, d'Uri, se signalaient par leur audace. Neuchâtel fut menacé d'une semblable visite, sous prétexte que le souverain de ce pays, Philippe de Hochberg, était partisan du feu duc de Bourgogne. Deux fois Berne et Soleure durent envoyer des troupes pour protéger ce pays allié et qui avait si bien mérité des Suisses dans les guerres contre la France et la Bourgogne (1492 <ît 97).
Des attentats analogues au droit des gens aliénèrent aussi aux Confédérés la ville de Constance. Les bourgeois de cette ville étaient grands amis des Confédérés et la question de les recevoir dans l'alliance perpétuelle au même titre que Schaffhouse, Rothwyl et Sainl-Gall fut posée à la diète de Schwyz (17 mai 1496). Sept cantons se montraient favorables à cette admission. Mais les mauvaises dispositions des Etats d'Uri, Zoug et Underwald qui, après avoir rançonné Constance et extor-