‹ Histoire de la confédération suisse (volume 4)Chapitre 49 sur 75 · LE BOURGMESTRE WALDAIA.NN · texte numérisé non relu

LE BOURGMESTRE WALDAIA.NN

finit par lui promettre la punition des gouvernants coupables *. Un instant après, au milieu des imprécations de la multitude, Waldmann et ses adhérents furent conduits au Wellenberg; un gouvernement provisoire de soixante membres s'établit le même soir sous la présidence de Lazare Gœldli, le principal instigateur et le chef de la révolte.

Mais les insurgés de la campagne, campés au nombre de 8000 devant les portes de la ville, d'où ils se faisaient apporter du vin et des vivres, au compte du bourgmestre, demandaient la tête de ce magistrat.

Le 6 avril, Gœldli et les soixante nouveaux gouvernants se réunirent pour porter la sentence. Bien que composé en grande partie des ennemis de Waldmann, ce tribunal n'eût pas été unanime k prononcer la mort, si l'on n'eût aposté de faux témoins pour déclarer qu'une armée autrichienne s'avançait pour délivrer le bourgmestre déchu. Sous l'impression de ce faux bruit, l'infortuné Waldmann fut appliqué deux fois à la torture, mais bien que la question ne lui eût arraché aucun aveu, il n'en fut pas moins condamné à mort et exécuté devant les portes de la ville pour l'édification du peuple des campagnes (6 avril 1489). Sur réchafaud, Waldmann garda la plus noble constance. On croit que s'il eût parlé à la foule émue qui l'environnait, il eût obtenu sa grâce. Mais son confesseur, nommé Erhard, avait exigé en expiation de ses fautes qu'il reçût la mort sans faire son apologie. Il se contenta de prononcer quelques paroles : « Dieu te protège, ô Zurich ! ma cité bienaimée, et te préserve de tout mal ! » Il demanda aussi pardon aux assistants et les conjura de s'unir à lui pour dire à haute voix le Pater. « Dieu soit béni, dit-il, qu'il y ait tant d'hommes ici pour implorer Dieu avec moi ! » Sa dépouille sanglante reçut la sépulture au Frauraûnster.

A peine le drame sanglant était-il terminé que la nouvelle d'une intervention autrichienne fut démentie par ceux-là mêmes qui l'avaient répandue. Cela n'empêcha point la vengeance populaire de s'exercer encore sur plusieurs partisans de Waldmann, dont les têtes roulèrent sur réchafaud comme la sienne *. D'autres se dérobèrent par la fuite au supplice.

* € Qui voulez-vous ? » demanda au peuple d'une fenêtre de l'hôtel de ville < Tavoyer Seiler de Lucerne. — « Nous voulons Waldmann, Oehn, Binder, le « greffier Ammann et le geôlier de la prison Bleuler. » Rentrant alors: « C'est vous « qu'ils demandent, » dit Seiler au bourgmestre. Tranquille, Waldmann se remit « aux mains des Confédérés. Ses amis le suivirent, prisonniers comme lui. > Vullieniin, Histoire de la Confédération misse, I, 295.

- Le grand tribun octogénaire Wydmor, les tribuns Schurter, Oehn, Ulrich Ziegler. Parmi les partisans de Waldmann déposés comme conseillers et tribuns, fi purent des Keller, un Blun'schli, u j Werdmuller, un Wyss, le bourgmestre Rost et Gérold Edlibach, mais ces deux derniers recouvrèrent leurs emplois. Vôgeli, Viiterîandische Gcschichte, 216.

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Les passions de ia multitude une fois déchaînées, il est difficile de les -contenir. Le nouveau gouvernement, flétri dans lopinion sous le nom <le gouvernement cornu (Horn-Rath), à cause de son inhabileté, ne put parvenir à rétablir Tordre. Le sang coula de nouveau sur l'échafaud, et 4:ette fois ce fut le sang des ennemis du bourgmestre, celui de Hess ^nlre autres, l'assassin de Schneevogel, qu'on arracha de force de lasile ilu Fraumûnsler. La Confédération dut intervenir pour la troisième fois, ■et parvint enfin à conclure une convention entre la ville et la campagne, qui assurait à la première sa souveraineté sur le pays, à la seconde la liberté d'industrie, le choix de ses préposés et la faculté d'adresser des «représentations à l'autorité. L'ancienne constitution fut rétablie en 4498 avec les modifications qu'y avait faites le fameux bourgmestre. IVlais les campagnards ne songèrent point à se faire représenter eux- «nèmes au sein du Grand Conseil : « heureuse innovation qui, dit M. <x Bluntschli, eût épargné par la suite bien des maux à la république. 3» <Iette convention prit le nom de Compromis de Waldmann * (Waldmann's- S|jruch). On ne jugea pas à propos de soumettre la convention ou 4:onstitution de 1498 à la sanction de l'abbesse du Fraumûnster Tan- -cienne souveraine, comme on l'avait fait en 1336.

La chute de Waldmann fut suivie de près de celle du bourgmestre XJIric Varnbûhler , qu'un écrivain appelle le Thémistocle de Saint-Gall, •et qui s'était vaillamment comporté dans la guerre de Bourgogne. La \ieille querelle des bourgeois de Saint-Gall avec leur prince-abbé s'était ravivée avec une nouvelle force. Las d'une lutte de trente années, l'abbé UlricRœsch résolut de quitter cette ville remuante. H fit construire im cloître magnifique à Rorschach, qu'il avait choisi pour lieu de sa «'ésidence. Les bourgeois de Saint-Gall virent avec jalousie et colère les travaux et préparatifs qu'on faisait à Rorschach. Craignant de perdre la source de leur prospérité et de leurs richesses, ils se soulevèrent, ayant Yarnbûhler à leur tête. Les Appenzellois, mécontents du prince-abbé qui ^vait obtenu l'autorisation de racheter le Rheinthal par ses habiles manœuvres auprès de l'empereur Frédéric III, s'associèrent aux Saint- <îallois. Une bande tumultueuse, composée de bourgeois, de campa-

* Bluntschli, Gesch, der Bepublik Zurich, II, 80. Le compromis de Waldmann <st analysé en détail dans ce remarquable ouvrage. Voir aussi pour l'histoire de Waldmann la biographie qu'en a donnée Jean Henri Fûssli, l'ami de Jean de Mul- 1er. Le gouTernement de Zurich, pendant les trois siècles qui suivent la constitution revisée de 1498, se compose d'un Grand Conseil de 212 membres, d'un Petit Conseil composé de 24 conseillers proprement dits, et de 24 tribuns, à leur tête trois grands tribuns, d'un Conseil secret formé des deux bourgmestres et des trois grands tribuns.

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gnards et d'Appenzellois, démolit en un jour le palais de Rorschach (28 juillet 1489).

Le prince-abbé fit excommunier les rebelles par le pape et requit le secours des quatre cantons prolecteurs de Tabbaye, Zurich, Scliwyz, Claris et Lucerne (1490). Mais ceux-ci, travaillés par Varnbûhler, qui qualifiait Tabbé de pai'tisan de Waldmann, ne se pressaient pas d'agir. Les Saint-Gallois en profitèrent pour former une alliance perpétuelle avec Appenzell et vingt-cinq communes de la campagne. Varnbûhler se flattait d'attirer aussi la Thurgovie et de fonder ainsi un Étal indépendant, une confédération nouvelle dans la Suisse orientale.

Le bourgmestre de Saint-Gall avait pour second et auxiliaire de sa politique le rusé et violent landamman appenzellois, Hermann Schwendiner. Mais Tabbé Ulric Rœsch avait réussi à mettre dans ses iniérêts Waldmann de Zurich el Tavoyer Felir de Lucerne. Même après la chute du premier, le canton de Zurich agit sous cette influence et les quatre cantons prolecteurs prirent fait et cause pour Tabbé. A la nouvelle que ce dernier était assiégé dans son palais de Rorschach par les conjurés, les Confédérés, au nombre de 16,000, marchent au secours du prince-abbé. Les Appenzellois effrayés se renferment dans leurs montagnes (8 février 1490)'. La ville de Saint-Call, affaiblie par la désertion d'Appenzell, oppose une résistance inutile aux Confédérés ; elle dut oumr ses portes et subir les traités onéreux de Rorschach et Saint-Fiden. Ces traités lui laissaient ses droits de ville libre, mais Tobligeaient à payer 13,000 florins et faisaient du Rheinthal, enlevé aux Appenzellois, un bailliage sujet et commun des Suisses, comme la Thurgovie.

Quant à Varnbûhler, accusé de trahison, comme il arrive aux chefs malheureux, il avait élé obligé de fuir avant l'entrée des Confédérés. Il se réfugia à la cour impériale de Vienne, d'où il chercha en vain à se faire rendre ses biens confisqués par ses compatriotes. Le landamman Schw^endiner éprouva un sort analogue et fatigua, sans plus de succès, pendant vingt-cinq ans, le Karnmergericht ou tribunal de l'empire devant lequel il ne cessait de citer ses compatriotes *. La ville de Saint- Gall, comme celle de Zurich, après la mort de son bourgmestre, fut encore agitée pendant plusieurs années par des mouvements révolutionnaires. L'une de ces émeutes se termina par la condamnation de six des conjurés qui portèrent leurs têtes sur le billot; elle a reçu dans l'histoire de cette petite république le nom de fol jeudi (unsinniger Donnerslag),

* ZeUweger, Geschichte von ÂppeneeU, II, 196. — Henné (Anton), SchweizerchrofTÎk, I, 706. — Henue (Otto), Geschichte des Schweizervoïkes, I, 526. ' Segesser, eidg, Ahschiede de 1478 à 1498, 389 et suiv.

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