NOUVELLES GUERRES D*ITALIE
ne fut pas d'une longue durée. Excommunié, il se vit proscrit à son tour et mis en prison par les Fribourgeois. Il réussit k s'évader. Mais Tavoyer d'Arsent, chef du parti français dans ce canton, convaincu d'avoir favorisé son évasion, fut décapité à la suite d'une émeute populaire provoquée par le banneret Pierre Falk ou Faucon, clïef du parti romain à Fribourg (le 18 mars '15H).
Une nouvelle expédition eut lieu, en novembre, et donna lieu à quelques beaux faits d'armes, mais sans résultats positifs '. Sur ces entrefaites, une ligue s'étant formée contre la France entre l'empereur, l'Espagne, Venise, le pape et les Suisses, une troisième expédition eut lieu à la fin de mai 1512 et eut de tout autres conséquences. 20,000 Confédérés, conduits par Schinner et commandés par Ulric de Hohensax, Stapfer de Zurich, le banneret de Fribourg, Pierre Falk, et plusieurs autres vaillants capitaines, s'emparèrent en sept semaines de toute la Lombardie, rétablirent sur le trône ducal Maximilien, fils du prince trahi à Novare, et méritèrent le beau titre de libérateurs de Tilalie et de défemeurs de la liberté de V Église, que leur accorda avec de magnifiques récompenses le pape Jules II*. Pierre Falk reçut pour sa part, du duc de Milan, du pape ou de la ville de Pavie elle-même, une belle maison dans ses murs, avec une villa aux environs ^
Toutes les principales villes de la péninsule, Milan, Venise, Gênes, Pavie, Parme, Rome voulurent fêter par des ovations brillantes les invincibles guerriers des Alpes. Les bourgeois, dans leur enthousiasme, baisaient les mains des guerriers suisses et les régalaient de mets et de
* Les Fribourgeois Lauper, Hans Heid et Schneuwly traversèrent la Trcsa à la nage à la vuç de rarmce française. A Lodi, le même Hans Heid entra, bride abattue, dans la ville avec 12 cavaliers seulement, et mit en fuite la garnison française.
* La bulle expédiée à ce sujet et datée de Rome, le 22 juillet, porto la remarquable suscription que voici : « A nos chers iîls des douze cantons de la vieille et
< grande ligue de la haute Allemagne, protecteurs de la liberté de l'Église et nos
< alliés. » Les présents du pontife consistaient en une bannière, un chapeau ducal et une épée d'or. Un écrivain français, M. Jnbinal, a fait une description intéressante de ces précieux joyaux, conservés à Zurich, l'ancien Vorort helvétique. L'épée de Jules H, objet d'art admirable, a la poignée d'argent et la lame d'acier doré, de plus de cinq pieds, portant le nom du pape. La bannière est ornée de pierres Unes et de perles sous lesquelles brillent de riches broderies en soie, en fil d'or et d'argent représentant le couronnement de la Vierge. Rapport au ministre de V Instruction publique, 1832, p. 11.
* C'était en récompense de la valeur extraordinaire que les Fribourgeois avaient déployée à la prise de Pavie. L'un d'eux, Heimo/., avait le premier arboré son drapeau sur le rempart. Ils en revinrent avec plusieurs bannières conquises. Falk ' en rapporta huit ou neuf qu'il envoya en grand secret à sa femme Ënnelin Falkin {sic). Lettre de ce capitaine, datée d'Alexandrie (24 juillet 1512).
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vins délicieux. A Venise, le doge Lorédano alla au-devant du cardinal de Sion avec trois gondoles. Les prédicateurs, du haut des chaires, les comparaient « au peuple de Dieu. »
Mais un prix plus important était réservé à la valeur des Confédérés.
Le duc de Milan renonça en faveur des cantons à tous ses droits sur Bellinzona, Lugano, Locarno et les autres bailliages qui forment aujourd'hui le canton du Tessin et la Suisse italienne (septembre). Les Grisons obtinrent la restitution des pays de la Valteline et de Chiavenne, anciennes dépendances de l'évêché de Coire et que les Ligues avaient envahis à plusieurs reprises aux XIV"*® et XV™« siècles. Hercule de Cappol, Conrad de Planta et le bailli Conrad von Béli de Davos commandaient les troupes grisonnes qui prirent possession de la Valteline*.
En même temps qu'ils faisaient des conquêtes en Italie, les Confédérés s'emparaient également du petit comté de Thierstein et de celui plus important de Neuchâtel. L'occupation de ces deux contrées était motivée par le fait que Tun des comtes de Thierstein et le prince Henri d'Orléans-Longue ville, souverain de Neuchâtel par son mariage avec Jeanne de Hochberg, servaient dans l'armée de Louis XII. Soleure avait été chargé par la diète de mettre la main sur les deux châteaux appartenant aux Thierstein. Ce même canton, ainsi que Berne, Lucerne et Fribourg prirent possession de Neuchâtel, en juillet i512. Mais la jalousie des 8 autres États n'aurait pas permis qu'ils gardassent à eux seuls l'administration de ce pays. Neuchâtel devint une province sujette des 12 cantons suisses; et fut gouverné par des baillis élus à tour de rôle par les membres de la Ligue helvétique. A l'ouïe de ces événements Louis Xn avait jugé à propos de demander la paix par l'organe de quelques-uns des premiers du royaume, comme l'évêque de Marseille, le premier président de Bourgogne, le bailli de Troyes, et le fameux La Trémoille, prince de Talmont, l'un des meilleurs généraux de France. Mais la diète de Lucerne mettait pour condition première Tabandon de la Lombardie aux Suisses et exigeait, en outre, que le roi ne prit aucun Suisse a sa solde, sans l'assentiment de la diète (H février 1513). Le roi trouvant ces conditions inacceptables, la guerre recommença '.
Les Français, commandés par La Trémoille, et joints aux Vénitiens qui s'étaient détachés de la sainte-ligue, tentèrent de reconquérir la Lombardie. Mais la grande bataille de Novare brisa une seconde fois
^ Quadrio, Storià di Como, 1830. En 13S0, il y avait déjà en trois invasions de la Yalteline.
* Segesser, ddg, Absckiede, 683.