INVASION EN FRANGE
« Le cardinal l*aime, écrivait Hédion à Zwingli, parce que tu es un « homme évangélique et que tu oses dire de dures vérités aux gens « timorés *. » Un ami de Luther, le réformateur Capiton, informait ce dernier que Schinner était tout disposé à lui ménager un asile*. Aussi certains prêtres violents ne se gênaient-ils pas pour le traiter, en compagnie d'Érasme, de coquin et de scélérat. Mais à l'exemple d'Érasme, dont il partageait les tendances de réforme modérée, Schinner n'hésita pas à se détacher du mouvement quand il le vit tourner à la séparation complète et aux tourmentes populaires.
8* SonlèTement populaire. — Invasion en France. — BataOle de Marignan et paix perpétuelle avec la France.
Le sang de 1,500 Confédérés fumait encore dans les champs de Novare, que déjà le parti français recommençait à s'agiter en Suisse. Parmi les partisans de Louis XII figurait le banneret bernois Hetzel. Son fils, Jean-Rodolphe, sans écouter ni les ordres de la diète, ni les supplications de son père, lève un corps de plusieurs cents hommes et les conduit au roi. Le départ de es condottiere (Reislaufer) fut le signal d'un soulèvement populaire très dangereux et qui éclata dans plusieurs cantons à la fois. On en voulait surtout aux distributeurs de l'argent de France, que dans son vert langage le peuple appelait des mangettrs (ïécus (Kronen-Fresser). Deux gouvernements , ceux de Zurich et de Soleure, en furent quittes pour la destitution de quelques-uns de leurs membres. Mais à Berne et à Lucerne, le sang de plusieurs conseillers coula sur l'échafaud. A Lucerne, Tavoyer Pétermann Fehr, l'homme le plus influent de son canton, avec Jacob Bramberg, expia dans de cruelles tortures le tort d'appartenir au parti français, et perdit ses honneurs qu'il recouvra néanmoins peu de temps après, en dépit de sa vénalité et au grand scandale de la diète de Zurich. Le banneret Hetzel, qui avait échappé aux mains des campagnards bernois, fut arrêté à Olten par ceux de Soleure, et mis à mort, après avoir subi las traitements les plus horribles. Deux autres mangeurs d'écus, les capitaines Michel Gla-
« dant de Zwingli. Mais je tiens de Jean Heer, qni a été son chantre, que c'est un « homme très modeste, très hahile, libéral jusqu'à la magnificence, probe et pieux.» Ce jugement, venant d'un homme comme Jean Heer, est bon à recueillir en présence de la lettre à Stampa, avec laquelle il offre une contradiction difficile à expliquer.
' Hédion à Zwingli. Lettre du 21 novembre 1519. Zwinglii EpistoUe^ Vn, 96.
« Walch, Luther8 Werke, XV, 83.
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ser et Antoine Wyder du Gessenay, eurent également la tète tranchée. La méfliation des Confédérés empêcha la révolte de s'étendre (juin-juillet). Mais les masses irritées ne rentrèrent dans^le devoir que lorsque les gouvernants eurent pris l'engagement de renoncer aux pensions particulières, de partager avec les communes l'argent des alliances et de maintenir les anciennes franchises.
L'esprit moqueur qui respire dans les chroniques populaires, et trouve à rire dans les plus graves événements, a baptisé cette émeute sanglante du nom de guerre des oignons (Zwiebeln-Krieg), parce que les campagnards ameutés autour de Lucerne, au nombre de 7000, s'amusèrent à dévaster les jardins et à manger les oignons des bourgeois de la capitale*.
Mais la haine contre la France n'était pas assouvie. Un plan d'invasion de ce royaume par l'empereur, l'Angleterre, l'Aragon et les Suisses réunis fut accueilli avec transporta la diète de Zurich (î^'août)'. Et pendant que les Anglais débarquaient à Calais et que les Aragonais envahissaient la Navarre, 16,000 Suisses joints à 14,000 impériaux marchèrent sur Dijon, les Suisses portant sur leurs habits des croix blanches avec des clefs de la même couleur pour les distinguer des Français qui portaient également des croix blanches. Le Vallais et Rothwyl, l'alliée lointaine des Suisses, qui était restée neutre dans la guerre de Souabe, avaient fourni leurs contingents à cette expédition. Mais arrivés devant Dijon, Jacques de Wattenwyl, avoyer de Berne, Schwarzmourer de Zoug et d'autres chefs suisses se laissèrent corrompre par La Trémoille, qui commandait pour le roi. Ils se retirèrent sur la promesse de 400,000 écus et de l'abandon aux Confédérés des châteaux-forts de Milan, Crémone, Asti, que leur fit c^ général et en garantie de laquelle il livra quatre otages (13 septembre). Le négociateur de la paix de Dijon , La Trémoille, abusait de la bonne foi des Suisses. De ces quatre otages, un seul avait quelque fortune et paya 40,000 écus pour sa rançon, au lieu des 400,000 qu'on attendait.
La mystification de Dijon irrita tellement l'armée et le peuple qu'on ne put les apaiser qu'en mettant sous les verrous quelques partisans de la France. Les ambassadeurs de Louis XII furent également jetés en prison. Les citoyens bernois se virent insultés dans les cantons où ils
^ Dans l'histoire de Zurich, une sédition du même genre, qui éclata après Marignan (lécembre 1515), porte le nom de guerre des gâteaux ou des rayons de miel, parce que les paysans des rives du lac prirent de préférence ces deux comestibles dans l'étalage des marchands, sans se piquer de les payer avec exactitude. Bluntschli, Gescfûchte der Bepublik Zunch, II 229.
* Segesser, eidg. Abschiede de 1500 à 1520, 730.