‹ Histoire de la confédération suisse (volume 4)Chapitre 61 sur 75 · HI8TOIRB 8UI8BB · texte numérisé non relu

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liages italiens conquis en 1512, sauf Bellinzona. Les autres cantons et les Grisons s'opposèrent heureusement à ce lâche et funeste abandon. Le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre cx)ntinuaient à soutenir énergiquement les ennemis de la France. L'ambassadeur d'Henri VIII, sir Richard Pace, revenu à Zurich, unissait ses efforts à ceux de l'envoyé impérial, le docteur Guillaume de Reichenbach. La défaite de Marignan avait fait baisser beaucoup le crédit du cardinal Schinner en Suisse et dans le Vallais surtout, où son ennemi Supersax avait reparu en vainqueur et levait la mazze contre ses partisans. Mais le cardinal n'en était que plus actif à la cour de Maximilien et auprès des rois d'Espagne et d'Angleterre et du pape, auxquels il promettait d'amener 20,000 Suisses, moyennant les subventions indispensables. L'entente eut lieu entre ces puissances et les cinq cantons, et les subsides promis furent déposés chez les banquiers d'Anvers et les Fugger d'Augsbourg. Le nombre des cantons en armes contre la France eût été bien plus considérable, si l'empereur eût tenu sa promesse de s'entendre avec les députés suisses et se fût rendu à Constance, à la prière de Schinner. Toutefois 15 à 20,000 Confédérés ne s'en trouvèrent pas moins réunis à Trente dans les premiers jours de mars 1516, où les chefs prêtèrent serment entre les mains du cardinal de Sion. Mais les partisans de la France enrôlaient aussi de leur côté, et l'on vit se reproduire le triste phénomène de Suisses combattant contre Suisses comme en 1500. Mais les premier^î, sous leurs vaillants chefs, Slapfer, GOldli, Salis, auraient bientôt repris tout le Milanais et fini également par enlever la ca[)itale sur leurs frères de l'armée française que commandait le fameux Albert de Slein, sans les incessantes tergiversations de l'empereur qui tantôt voulait, tantôt ne voulait plus guerroyer contre les Français, et qui mit le comble à ses défaillances en abandonnant tout à coup la partie. La conduite équivoque du pape Léon X, dont l'historien contemporain Guicciardini a dit, avec raison, qu'il gouvernait avec deux boussoles, les rettuds que subit le transport de l'or anglais et les rivalités de Schinner, Visconti et Pace, démoralisèrent les auxiliaires de la Ligue et firent échouer honteusement une expédition qui eût pu être glorieuse pour les Confédérés. 1,500 de ces derniers occupaient encore la forteresse de Milan, aux ordres de Henri Rahn qui s'était signalé par la prise de la bannière de Strasbourg à la bataille de Dorneck. Mais trahi par les Milanais, et craignant le triste sort de son père, le malheuieux duc Maximilien préféra se rendre a François I**" et alla finir ses jours en France, où il vécut d'une pension du roi jusqu'à sa mort en 1530.

Ces événements ne laissèrent pas d'exciter une certaine indignation en Suisse. Du haut de la chaire la conduite des mercenaires fut flétrie. « Les Confédérés, s'écria le brave curé soleurois de Kriegslaeiten, ont c trahi l'ancien duc de Milan et vendu le nouveau. » Le mauvais succès de la dernière campagne n'empêchait cependant pas les ennemis de la France d'eu méditer une nouvelle. Ils comptaient pour cela sur l'appui efficace du roi d'Angleterre et de Charles-Quint, qui avait succédé à Ferdinand le Catholique comme roi d'Espagne et des Pays-Bas. Le pape, Léon X, était entré dans la nouvelle coalition. L'ambassadeur impérial, Reichenbach, et le diplomate anglais, Richard Pace, avaient recommencé leur campagne auprès de la Diète*. Dévoué à l'empereur malgré tout, Schinner se rendit en son nom à Londres et à Bruxelles. Henri VIII et Wolsey lui firent un splendide accueil. L'éminence suisse dîna avec le premier ministre, eut une longue audience du roi au palais de Greenwich (le 18 octobre 1516) et repartit de Londres (le 29 octobre) avec une alliance signée en due forme et tout l'argent nécessaire à l'expédition^. Mais il était trop tard. Dans l'intervalle, les intrigues de la France, si bien servies par les roueries des souverains hostiles à François I«', avaient réussi à lui rallier tous les cantons. L'alliance française, préparée à Genève en octobre, sous la médiation du duc de Savoie, était signée à la diète de Fribourg, le 29 novembre, sous le titre de Traité de paix perpétuelle ' .

L'avoyer Peter Falk de Fribourg et l'amman Schwarzmourer de Zoug allèrent faire signer le traité au roi dans la cathédrale de Notre- Dame, à Paris. « Ces deux magistrats, dit Anshelm leur contemporain, ce remarquables à la fois par leur belle taille, la science, l'habileté et <( l'énergie, étaient d'anciens ennemis de la France ; mais ils avaient « complètement changé de politique sous l'influence du baume salutaire « des lys. » La réception des ambassadeurs suisses à la cour fut splendide: « le roi, sa mère, le duc d'Alençon, le Dauphin rivalisèrent de « caresses pendant tout le temps qu'ils passèrent à Paris, c'est-k-dire <( de Noël à Pâques; on les combla d'honneurs et de présents évalués à « 10,000 francs *. »

Le traité de Fribourg, quoique moins lucratif que celui de Galéra, assurait certainement des avantages considérables aux cantons, ainsi le paiement de 400,000 écus dus par le traité de Dijon, plus 300,000

» Segesser, eidg. Ahschiede de 1500 à 1520, 1000, 1013, 1018, 1022, 1025.

^ Gi^i (Wilhelm), Die Beziéhungen zxoischen der Schiceiz und Énglandy 270.

' Segf'sser, eldg. Ahschiede, appendice, 1406.

* Anshelm, Chronik, V, 265.

420 PAIX perpétuelle: de fribourg avec la frange.

pour l'expédition d'Italie au cas où l*on restituerait au roi une partie des bailliages italiens, cédés aux Suisses par Maximilien Sforza. François I®** assurait encore à chaque canton un subside annuel de 2,000 francs qui.fut porté à 3,000 par le traité subséquent. Les privilèges commerciaux des Suisses établis à Lyon étaient garantis. Les cantons, en revanche, s'engageaient à fournir au roi une levée de 6,000 hommes en temps de paix et de 16,000 en cas de guerre. Les Grisons, le Vallais, St-Gall, Mulhouse, étaient admis à participer au bénéfice de rallianre. Tel est le fameux traité de Fribourg, base de tous les traités conclus depuis lors avec lés successeurs de François I®' et qui, selon l'expression de Chateaubriand « ne laissait aux Suisses, que le stérile honneur de « verser leur sang pour la France sur les champs de bataille de l'Europe * . »

Cette dépendance de la Suisse a l'endroit de la France ne commencera cependant à proprement parler que cinq ans plus tard, où la paix perpétuelle se convertit en alliance offensive et défensive de douze cantons et de leurs alliés (les Grisons, Mulhouse, Rothwyl, Bienne) avec François ^^ à la diète deLucerne, le 5 mai 1521 *. Ce n'est qu'à partir de ce traité de Lucerne que les Confédérés échangent leur rôle d'arbitres de l'Italie et de la politique européenne, que leur avaient valu leur supériorité militaire et les grands desseins du cardinal de Sion, contre la position humiliante de champions et auxiliaires de la grandeur et du despotisme des rois de France. Pendant trois siècles, tous les champs de bataille de ces princes seront arrosés du sang de nos compatriotes: la libre et glorieuse terre des Winkelried et des Nicolas de Flûe semblera souvent s'être transformée en une colonie et une pépinière de soldais de la France.

La prépondérance de François P' fit aussi tomber Matthieu Schinner. Frappé de la mazze et proscrit de nouveau par six dixains du Haut- Vallais, le cardinal de Sion avait lancé derechef aussi Tanathème à Georjres Supersax et aux patriotes armés contre lui. Le dixain de Louëche, qui lui était resté fidèle, et les Bas-Vallaisans qui regardaient ceux du Haut comme des rebelles, avaient pris fait et cause pour le cardinal. Tenant tête à l'orage et la menace à la bouche : « Brigue, s'était écrié Schinner, « est le siège de la révolte, je le ferai démolir et raser. » Mais l'orage est plus fort que lui : ses partisans sont battus ou se soumettent ; Schinner, réduit à fuir pour la seconde ou troisième fois, se réfugie à Zurich (septembre 1518), où il cherche à se fixer et où il veut acheter une maison. Ce canton seul était toujours hostile à la France et suivait les

^ Chateaubriand, Études historiques. Edition Ladvocat, 1881, lY, 242.

' Ce traité est dans Strickler, eidg, Abschiede de 1521 à 1525, appendice, 1491.

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