PARTICIPATION DES SUISSES A L'ÉLECTION DE CHARLES V
inspirations de son nouveau curé, l'éloquent Zwingli, grand ami du cardinal, et un ardent champion de la politique romaine*. Secondé par cet homme influent et les magistrats zuricois, Schinner obtient le renouvellement de l'union autrichienne et un vote formel de la diète en faveur de Charles V d'Autriche, compétiteur, pour la couronne impériale, de François I®', le vainqueur de Marignan et l'allié perpétuel des Suisses. Il se rendit lui-même à Worms, de la part du roi d'Angleterre Henri VIII, et contribua personnellement à l'élection qui eut lieu le 28 juin 1519, en dépit du pape Léon X, successeur de Jules II, qui ne voulait pas de Charles V. Mais les Suisses, comme les princes-électeurs d'Allemagne, n'intervinrent pas gratuitement dans l'élection. La maison d'Aulriche dut donner 800 florins à chaque canton sans compter les pensions secrètes*. « Quand on parle à eux, disait Berghes, Tambassa- « deur de Charles V, il faut avoir de l'argent en mains comme si on « allait au marché. » François P'' n'avait pas non plus épargné les largesses, et son ambassadeur, Louis Dessoliers, avait parcouru divers cantons, mais sans succès. Les Fribourgeois eux-mêmes, nonobstant leur dévouement k la France, se bornèrent à promettre qu'ils resteraient neutres. De ce que les Suisses recevaient de l'argent de Charles V, il ne faudrait donc pas conclure qu'ils n'agissaient que sous l'empire de ce métal, car le roi de France en était, comme on sait, plus richement pourvu que son compétiteur. Un sentiment plus élevé que l'intérêt privé respire dans la lettre adressée par les cantons aux princes électeurs pour les détourner d'élire François ^^ Ils déclaraient que cette élection serait un déshonneur pour la nation allemande, pour la chrétienté tout entière, et que pour leur compte ils la verraient avec le plus grand déplaisir « attachés, disaient-ils, comme nous le sommes, au saint em- « pire dont nous avons reçu notre liberté la meifleure et dont nous « portons l'aigle dans nos armoiries '. » Au pape Léon X et au roi de France lui-même les Suisses écrivirent dans le même style, si différent de celui qu'ils employaient lors de la guerre de Souabe *.
' Gisi, Die Beziehunyen zwischen dsr Schweiz und England in (Jeu Jahren 1515 bis 1517, 270
' Correspoiulance officioUe de Berghes, ambassadeur du roi de Castille. Bocumenift pour V Histoire de France, bis. Le car àiwsil de Sion reçut en cette circonstance 1000 florins d'or du roi Henri VIII, dont il était le pensionnaire, comme il était celui du roi de Castille et du pape. « Il faut, écrivait Berghes au roi de Cas- « tille, Charles V, que vous ayez égard à ce qu'i est poure et qu'on lui a pris « tous ses biens. Je lui ai donné 1000 florins et sollicite les 1000 autres promis. •«C'est un léal persounage. Il y a pitié à son cas (Constance, 12 avril 1518). »
' Voir la lettre des Confédérés aux électeurs. Segesser, Abschiede de lôOO à 1520, 1150.
* Ibid., 1164.