ACCROISSEMENT DE LA LIGUE HELVÉTIQUE
L'annexion d'Appenzell ajoute un treizième Elat aux douze ligues de la Haute-Allemagne et clôt la Confédération des Treize Cantons, qui se maintiendra ainsi constituée jusqu'en 1798.
Les alliés perpétuels des Suisses (Eidgenossen, Zugewandte Ovte) s'accroissent de deux États nouveaux, Mulhouse et Rohtwyl, unis jusque-là aux ligues par un lien purement temporaire. Deux autres villes du voisinage, la cité impériale de Besançon et celle de Montbéliard, s'allient à certains cantons ; la première avec Berne, Fribourg et Soleure (24 déc. 1518), la seconde avec Soleure seulement.
La Confédération agrandie à l'ouest par l'occupation de Neuchàtel (1512), s'étendait encore de ce côté par la combourgeoisie de Genève avec Fribourg (1519).
Suisses de cœur, sous leurs princes français et germaniques, les Neuchâtelois avaient combattu dans les rangs des Confédérés à Saint-Jacques, à Grandson, à Dorneck, et s'y trouvent encore à Novare et à Marignan. Il eût été facile aux Suisses, pendant leur administration qui dura 19 ans, de faire de ce peuple leur allié perpétuel; mais ne se considérant que comme détenteurs du comté, et habitués k traiter en sujets les pays conquis, les Confédérés se bornèrent k gouverner le pays en attendant la restitution qui se fit en avril 1529, où la diète de Baden se laissa persuader par des raisons sonnantes de rendre le pays de Neuchàtel à la maison de Longueville appuyée par les ambassadeurs de François P'. Mais les quatre cantons alliés, Berne surtout, conservèrent un certain patronage sur les NeuchAtelois.
Genève, dont l'alliance de 1477 avec Berne et Fribourg avait été l'œuvre de Tévêque seul et de la peur, plutôt que de la sympathie, devenait maintenant l'alliée directe des Suisses appelés k protéger son indépendance dans ses luttes sans fin avec la maison de Savoie. Deux partis divisaient les citoyens de celte ville, les ^/gfweno;s(Eidgenossen) ou partisans des Suisses, les Ducaux ou Mamelus (Mameloucs). Le premier parti l'ayant emporté en Con*-^eY<7^n^ra/ ou assemblée de tous les citoyens, se mit sous la protection des Fribourgeois. L'aHiance jurée d'abord seulement par 74 (îenevois (7 janvier 1519) le fut ensuite par tout le peuple, le 6 février, sur la place du Molard, « ce Griitli genevois. » Mais l'alliance des deux villes avait mortellement offensé l'évêque- prince Jean-Louis et son puissant cousin et protecteur Charles III , duc de Savde (1504-1553). Charles essaya de rompre ce traité par la force et pénétra dans Genève avec une armée de 10,000 hommes. Aux cris de douleur des Eiguenots dont un grand nombre avait cherché asile k Fribourg, ce canton leva 5000 gars, et Fridolin Marti, l'envoyé fri-
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bourgeois, tint tête au duc, qui retira son armée. Les principaux chefs des Eiguenots étaient Bezanson Hugues et Philibert Berthelier. Le premier était un marchand de fourrures, élu en 1518 premier syndic de la ville, homme prudent, grave, énergique, surnommé le père de la patrie. Il était en grand crédit à Fribourg, où il avait acquis la seigneurie de Pi'irole, aux portes de la ville, et où Tavoyer le fit un jour asseoir à côté de lui dans une séance des 200> assemblés pour les affaires de Genève. Lé second, châtelain épiscopal de Peney, était regardé comme un mauvais homme par quelques-uns à cause de la dissipation de sa vie, mais n'en était pas moins un grand citoyen par son dévouement sans bornes à la cause de la liberté. Bien qu'il eût plus de cinquanl^ ans, il s'était mis à la tête de la jeunesse et, sous prétexte de partager ses plaisirs, il Tavait organisée en une compagnie politique et militaire sous le nom d'enfants de Genève et de confrérie de St-George, avec cette devise: <K Qui touche l'un, touche l'autre. » Au coup de sifflet bien connu de leur chef, les enfants de Genève et les confrères de St-George accouraient se ranger autour de lui sur le Molard. Proscrit déjà, en 1519, par le duc de Savoie, il avait trouvé a Fribourg, dont il avait été reçu bourgeois deux ans auparavant, une réception honorable. Mais ne pouvant vivre hors de sa patrie, il était rentré k Genève et continuait à faire une opposition audacieuse au parti savoyard. Souvent de^ rixes meurtrières éclataient dans les rues au cri de: à moi les enfants de Genève; au Rhône les Ducaux, les Mamelus. On distinguait les deux partis à la plume de coq que portaient au chapeau les Eiguenots et à la branche de houx qui décorait celui des Mamelus.
 côté de Hugues et de Berthelier, et combattant comme eux pour les libertés de Genève, se faisaient remarquer un gentilhomme, savoisien d'origine. François de Bonivard, prieur de S t- Victor, esprit fin, élégant autant que hardi et plein de naïveté malicieuse, peu économe de son bien, et passionné dans ses écrits comme dans sa vie; le syndic Pierre Lévrier, déjà incarcéré en 1507 pour avoir défendu contre le duc les libertés de la ville; Jean Pécolat, que sa qualité de commensal de Tévêque Jean de Savoie n'empêcha point de joindre pendant 15 ans ses efforts à ceux du parti national ; accusé d'avoir prédit la mort de Tévêque, il fut mis à la torture et fit, vaincu par la douleur, des aveux compromettants pour lui et pour Berthelier. Ses amis ne trouvèrent rien de mieux, pour le sauver, que d'en appeler à l'archevêque métropolitain de Vienne dont relevait Tévêque de Genève.
En même temps, le duc, parvenu à faire rompre par la diète suisse la combourgeoisie de Fribourg et Genève (17 mars 1519), rentrait