GENÈVE ALLIÉE DES SUISSES
dans cette dernière ville avec 8,000 hommes (5 avril) et y commettait toutes sortes d'excès qui eussent été suivis de plus grands maux encore, si Bezanson Hugues n'eût réussi par sa mâle éloquence à électriser les Fribourgeois et à provoquer la levée en masse de ce peuple allié. Mais Talliance entre Genève et Fribourg ayant été déclarée définitivement rompue par la diète de Zurich, en mai 1519, Tévêque Jean-Louis reste dans Genève et se décide à frapper un grand coup. Berthelier, dédaignant de fuir, est saisi tout à coup par les soldats ducaux, et exécuté comme traître, à 4 heures de raprès-midi, devant la prison même du château de l'île (24 août). « Ah! Messieurs de Genève! » s'écria le martyr, et sa tête roula sur le sol. Berthelier mourut comme il avait vécu, en homme intrépide. On trouva sur le mur de sa prison, écrit de sa main, ce verset de l'Écriture : « Je ne mourrai pas tout entier ; je « raconterai les louanges du Seigneur. »
Pendant que le magnanime Berthelier mourait pour sa patrie, les enfants de Genève et la confrérie de St-George s'enfermaient silencieux et mornes dans leurs demeures. « Plus de fierté, dit M. Vulliemin, plus « de résistance; la tête de Berthelier fut clouée à Champel, lieu ordinaire « des exécutions capitales. » Une foule de citoyens, avec Bezanson Hugues leur chef, n'échappèrent à la mort qu'en se réfugiant à Fribourg.
Bonivard, grâce à sa dignité sacerdotale, échappa à la mort, mais subit une première détention à Grolée, château du prince-évêque, sur le Rhône. Pendant plusieurs années une horrible tyrannie pesa sur la ville d'Arve et Rhône. Un noble magistrat épiscopal, Amé Lévrier, fils de l'ancien syndic, ayant osé dire dans le secret du conseil : « Notre souverain n'est pas le duc, mais l'évêque, » fut arrêté un samedi à l'heure de la messe et exécuté aux flambeaux sur la place du Ghàtel, à Bonne en Savoie, à quatre lieues de Genève (13 mars 1524). Sur l'échafaud. Lévrier se félicita de mourir pour sa patrie et répéta héroïquement deux vers latins composés a l'honneur de Berthelier*. Les Fribourgeois protestèrent énergiquemenl contre ces vengeances et en particulier contre l'exécution de Berthelier. « La mort de Berthelier est un meurtre, disaient-ils, nous maintiendrons le traité. » Mais la diète suisse reconnut que le duc et l'évêque avaient le droit de punir Berthelier. Fort de l'appui de la diète, et croyant avoir dompté les citoyens par les
' Quid mihi mors nocuit ? Yirtus post fata virescit !
« Je me ris des tourments, je me ris du bourreau, c La vertu, vil tyran, survit à l'échafaud. »
Pour M. Tabbé Magnin (Établissement de la Réforme à Genève) Berthelier n'est qu'un rebelle et un ennemi de sa patrie, partant digne de mort.